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Les sept puissances hors de saison

BERLIN – Le dernier sommet du G-7, dans le splendide décor alpestre de Garmisch-Partenkirchen en Allemagne, est bel et bien terminé. Ce n'est plus le G-8, suite à la suspension de la Russie : ce forum se compose à nouveau exclusivement de puissances occidentales traditionnelles. À une époque où l'émergence de grandes puissances économiques, densément peuplées comme le Brésil, la Chine, l'Inde et l'Indonésie viennent contester la domination occidentale, de nombreuses personnes estiment que le système international actuel doit être réformé.  

Le 24 juin 2015 à 13h00

En fait, l'émergence d'un nouvel ordre du monde est presque certaine et très proche. La forme qu'elle va prendre sera déterminée par deux phénomènes principaux : la globalisation et la numérisation.

La mondialisation permet à des économies qui ne sont pas encore entièrement industrialisées de récolter les fruits de l'industrialisation et de s'intégrer dans les marchés mondiaux : une tendance qui a redéfini la division mondiale du travail et qui a transformé les chaînes de valeur. La révolution des technologies numériques de communication a favorisé ce changement.

Bien sûr, l'impact de la numérisation s'étend au-delà l'économie. Elle a renversé de nombreuses barrières culturelles en fournissant aux citoyens ordinaires, même dans les régions reculées, l'accès à des informations et à des idées provenant du monde entier. Comme le développement économique rendu possible par la mondialisation continue à faire augmenter les revenus, cette intégration culturelle va sans doute conduire à une participation politique plus étendue, en particulier parmi une classe moyenne plus grande et de plus en plus exigeante. Cette tendance complique déjà les efforts de surveillance et de contrôle interne public.

Toutefois, en termes d'équilibre économique mondial du pouvoir, l'impact de la mondialisation et de la numérisation reste difficile à prévoir. Bien que ces tendances aient sans aucun doute stimulé l'essor économique de certains pays en développement, l'Occident, en particulier les États-Unis, conserve une avance dans le domaine technologique et de l'innovation. En effet, l'avance technologique de l'Amérique (ainsi que ses énormes capitaux et sa culture d'entreprise dynamique, dont la Silicon Valley est l'exemple typique), pourrait finalement renforcer sa position mondiale.

Mais avec les principales économies émergentes, comme la Chine et l'Inde qui travaillent dur pour stimuler l'innovation et qui profitent toujours du rattrapage technologique, il est également possible que la mondialisation et la numérisation continues engendrent une « désoccidentalisation » constante de l'ordre international. L'avenir nous dira si ces pays sauront modifier les relations avec les puissances en place.

Les vides de puissance

Même si les États-Unis (et dans une certaine mesure l'Europe occidentale), conservent un avantage concurrentiel, ils ont de faibles chances de conserver le type de contrôle géopolitique mondial acquis depuis la Seconde Guerre mondiale, en particulier depuis que l'effondrement de l'Union soviétique les ont laissés comme unique superpuissance mondiale. En fait, même si les États-Unis conservent leur suprématie dans les domaines militaire, politique, économique, technologique et culturel, leur hégémonie mondiale semble déjà leur avoir échappé.

La réalité est que la suprématie géopolitique mondiale de l'Amérique n'aura pas duré bien longtemps. Après s'être fait déborder dans une série de guerres impossibles à gagner contre des adversaires beaucoup plus faibles (et pourtant irrépressibles), les États-Unis ont été contraints de se retourner vers l'intérieur. Les vides de puissance qu'ils ont laissés derrière eux ont produit des crises régionales (notamment au Moyen-Orient, en Ukraine et dans les mers du Sud et de l'Est de la Chine) et ont contribué à une évolution de plus en plus marquée vers l'instabilité et le désordre.

La question est maintenant de savoir ce qui va remplacer la Pax Americana. Une possibilité est un retour au genre d'ordre décentralisé qui existait avant la Révolution industrielle. À cette époque, la Chine et l'Inde étaient les principales économies du monde, un statut qu'elles vont retrouver au XXIe siècle. À ce moment-là, elles pourraient bien rejoindre les puissances traditionnelles (les États-Unis et l'Europe, ainsi que la Russie), pour créer une sorte de « pentarchie » ressemblant au système européen d'équilibre des pouvoirs du XIXe siècle.

Qui sera le prochain leadership mondial ?

Mais l'on peut avoir de sérieux doutes quant à la capacité de la plupart de ces pays à assumer un rôle de leadership mondial. Alors que l'Union européenne fait face à des défis et à une crise sans précédent, il est impossible de prévoir son avenir. L'avenir de la Russie est encore plus incertain : jusqu'ici, elle n'a pas pu se débarrasser des fantômes de son empire perdu, ni encore moins à enrayer la détérioration de sa société et de son économie. L'Inde a le potentiel pour jouer un rôle important sur la scène internationale, mais il lui reste un long chemin à parcourir avant d'être assez stable et prospère.

Il ne reste donc plus que les États-Unis et la Chine. De nombreuses personnes prédisent l'émergence d'un nouvel ordre mondial bipolaire, ou même d'une nouvelle Guerre froide, dans laquelle la Chine remplacerait l'Union soviétique comme rival de l'Amérique. Mais cela aussi semble peu probable pour cette excellente raison que, dans le monde interconnecté actuel, les États-Unis et la Chine ne peuvent pas se permettre d'entrer en conflit et en concurrence pour mettre en péril leurs intérêts communs.

À l'heure actuelle, la Chine finance la dette publique de l'Amérique et en un sens, subventionne son autorité mondiale. Et la Chine n'aurait pas pu atteindre la croissance économique rapide et la modernisation sans accès aux marchés américains. Autrement dit, les États-Unis et la Chine dépendent l'un de l'autre. Cela va beaucoup aider à atténuer les risques que produit inévitablement l'apparition d'une nouvelle puissance mondiale.

Dans ce contexte, il semble probable que le nouvel ordre mondial va ressembler à l'ordre bipolaire de la Guerre froide, mais seulement en surface. Plus profondément, il se caractérisera par un engagement et par des arrangements réciproques au nom d'intérêts communs.

Le G-7 représente un ordre moribond. Il est temps de se préparer au G-2.

© Project Syndicate 1995–2015

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Le 24 juin 2015 à 13h00

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