img_pub
Rubriques

Les leçons d’Alep appellent à la lucidité

NEW YORK – La chute d’Alep, reprise par les forces loyales au président syrien Bachar Al-Assad, ne marque ni la fin du prologue ni le début de l’épilogue d’une guerre civile qui dure déjà depuis cinq ans et demi et qui est aussi un conflit régional, voire mondial, par forces interposées. La prochaine grande bataille se livrera dans la province d’Idlib. Quand? C’est la seule chose qu’on ne sait pas. Après, la guerre continuera de couver en différentes parties de ce qui demeurera un pays divisé.

Le 28 décembre 2016 à 16h20

Il est temps, pourtant, de faire le point sur ce qui a été appris et de s’y arrêter, pour autant qu’il soit possible d’apprendre. Peu de choses, dans l’histoire, sont inévitables et ce qui s’est passé en Syrie est le résultat de ce que des Etats, des groupes, des personnes ont choisi de faire – ou de ne pas faire. L’inaction fut aussi lourde de conséquences que l’action.

Cela ne fut jamais plus clair que lorsque les Etats-Unis décidèrent de ne pas mettre à exécution leur menaces de représailles contre le gouvernement d’Assad après qu’il eut recouru aux armes chimiques. Car c’était non seulement rejeter la possibilité d’inverser la dynamique du conflit, mais aussi de faire regretter à un Etat l’utilisation d’armes de destruction massive. C’est après tout la coercition qui garantit à la dissuasion son efficacité ultérieure.

Pour tirer des leçons supplémentaires, il faut remonter aux manifestations pacifiques de l’année 2011, qui, après avoir été réprimées dans le sang, conduisirent le président des Etats-Unis Barack Obama et d’autres à exiger le départ d’Assad. Là non plus, ni l’action, ni les moyens ne vinrent appuyer l’ambition rhétorique. Lorsqu’un tel écart apparaît entre les moyens et la fin, il n’est presque jamais de politique qui vaille.

Moins encore lorsque le but affiché est de changer le régime en place et que ce dernier ne représente qu’une minorité, fût-elle importante, au sein d’une population divisée: ce type de situation conduit alors à des conflits où le gagnant prend tout – et où rien n’est laissé au perdant. Il ne faut donc pas s’étonner si ceux qui ont le plus à perdre s’engagent dans la lutte avec la dernière ténacité.

Les spécialistes des relations internationales ont consacré beaucoup d’encre aux limites du recours à la force armée. Mais la Syrie a montré qu’il pouvait être décisif – surtout lorsqu’il est massif et qu’il fait peu de cas du nombre de civils tués ou déplacés. La Russie, l’Iran et le gouvernement d’Assad ont ensemble démontré ce que l’usage à grande échelle et souvent indiscriminé de la force militaire pouvait accomplir.

Et le conflit syrien a fait une autre victime: l’idée de "communauté internationale". En réalité, il n’existe pour ainsi dire pas de communauté globale de pensée et d’action. La Syrie, avec plus de 500.000 morts et dix millions de personnes déplacées, met à nu la doctrine tant prônée de la "responsabilité de protéger" (R2P).

Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations-Unies en 2005 (notamment pour répondre au génocide perpétré dix ans plus tôt au Rwanda), la R2P se fonde sur l’obligation dans laquelle se trouve chaque Etat de protéger ses citoyens contre les atteintes à leur personne physique. Lorsqu’un Etat particulier est incapable de s’y soumettre ou le refuse, les Etats tiers, conformément à la R2P, doivent intervenir pour protéger les personnes menacées.

S’il est un Etat qui n’a pas rempli la norme R2P, c’est bien la Syrie. Mais l’intervention internationale qui en est résultée n’a pas été conçue pour protéger des vies innocentes, ni pour circonscrire un pouvoir d’Etat dévoyé. Au contraire. Son but était de garantir la domination de ce pouvoir. Et elle a réussi.

La communauté internationale n’a guère fait mieux lorsqu’elle a dû répondre à la grave crise des réfugiés déclenchée par la guerre. Le fait que de nombreux pays n’aient pas voulu ouvrir leurs frontières aux demandeurs d’asile qui se pressaient à leurs portes souligne une évidence: la meilleure politique concernant les réfugiés est celle qui évite à des hommes, des femmes et des enfants innocents de devenir des réfugiés dans leur propre pays.

Les initiatives diplomatiques n’ont pas eu beaucoup d’influence sur le sort d’Alep et de ses habitants; elles n’ont pas non plus été capables de mettre un terme à la guerre. Si talentueux et sincères que puissent être les diplomates, la diplomatie ne peut jamais que refléter les réalités du terrain. Elle ne les crée pas. Les futures tentatives diplomatiques de faire cesser le combat ou de ménager une issue politique ne réussiront que dans la mesure où l’équilibre et les tendances des forces militaires le permettront.

Le gouvernement d’Assad restera en place et contrôlera non pas tout le pays, mais une bonne part de celui-ci. Des groupes terroristes, d’autres groupes rebelles moins radicaux, des forces par procuration comme le Hezbollah, l’armée turque, les forces kurdes syriennes, et d’autres encore se disputeront les régions restantes. Les pays tiers, comme les Etats-Unis, auraient tout intérêt à accepter dans un avenir immédiat cette réalité et à concentrer leur énergie sur les zones libérées de l’emprise de l’État islamique, sur la protection de leurs populations civiles, le développement de liens politiques et militaires avec les groupes non terroristes et la conclusion de cessez-le-feu locaux pour empêcher que le cas d’Alep ne se répète.

L’objectif d’une transition vers un nouveau gouvernement, plus représentatif, doit être maintenu. Mais c’est une proposition de long terme. La leçon de ces cinq années et demie doit être prise au sérieux: s’engager en Syrie avec une volonté et des moyens limités ne saurait se faire qu’au service d’objectifs limités, si l’on veut pouvoir y faire le moindre bien.

Traduction François Boisivon

© Project Syndicate 1995–2016 

Par Rédaction Medias24
Le 28 décembre 2016 à 16h20

à lire aussi

Coupe du monde 2026. Le Maroc s’offre une courte mais précieuse victoire sur l’Écosse (1-0)
Mondial2026

Article : Coupe du monde 2026. Le Maroc s’offre une courte mais précieuse victoire sur l’Écosse (1-0)

Malgré quelques frayeurs, l’équipe nationale a quasiment assuré sa qualification pour le second tour du Mondial 2026 après avoir conservé son but d’avance sur la Tartan Army, ce vendredi 19 juin à Boston. Les Lions de l’Atlas occupaient provisoirement la tête du groupe C, à l’issue du match contre l’Ecosse, en attendant la rencontre entre le Brésil et Haïti.

Autorisation des cliniques privées : le secteur dénonce le blocage de dizaines de dossiers par le ministère de tutelle
Santé

Article : Autorisation des cliniques privées : le secteur dénonce le blocage de dizaines de dossiers par le ministère de tutelle

Les cliniques privées dénoncent le blocage de dizaines de dossiers d'autorisation d'exploitation, "malgré leur passage par l'ensemble des étapes réglementaires". Le ministère n’avait pas encore réagi à ces accusations au moment de la publication de cet article.

La CDG lance un appel d'offres pour confier 15 MMDH d'actifs du RCAR au marché
Actus

Article : La CDG lance un appel d'offres pour confier 15 MMDH d'actifs du RCAR au marché

La Caisse de dépôt et de gestion lance l'appel d'offres destiné à sélectionner les sociétés de gestion qui se partageront une enveloppe de 15 milliards de dirhams d'actifs du Régime collectif d'allocation de retraite. Cette opération concrétise le projet d'ouverture au marché dévoilé fin 2025. Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 31 juillet 2026.

Aéroport Mohammed V : 144 MDH pour l’ingénierie du futur terminal
Quoi de neuf

Article : Aéroport Mohammed V : 144 MDH pour l’ingénierie du futur terminal

L’Office national des aéroports prévoit de mobiliser près de 144 millions de DH pour une mission d’ingénierie et d’assistance technique liée à la construction de la nouvelle zone terminale de l’aéroport Mohammed V de Casablanca.

Prévisions météorologiques pour le samedi 20 juin
Quoi de neuf

Article : Prévisions météorologiques pour le samedi 20 juin

Voici les prévisions pour le samedi 20 juin, établies par la Direction générale de la météorologie : - Temps chaud sur le Sud-est, l’Est et […]

Temps chaud et averses orageuses ce week-end et en début de semaine prochaine
Les prévisions à moyenne échéance

Article : Temps chaud et averses orageuses ce week-end et en début de semaine prochaine

Un temps relativement chaud est attendu dans plusieurs régions du Royaume au cours des prochains jours, notamment sur le Sud-Est, l’Oriental, les plaines intérieures et les provinces du Sud. Des averses orageuses localisées concerneront également certaines zones de l’Atlas et de l’Oriental, tandis que les températures poursuivront leur hausse au début de la semaine prochaine.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité