Le secteur aéronautique, un choix stratégique pour le Maroc
Le secteur aéronautique est placé parmi les métiers mondiaux du Maroc dans le Plan national de l’émergence industrielle (2009-2015). Pourquoi ce secteur est-il si important ? Au-delà de ses retombées économiques, le secteur est susceptible de générer des externalités sur le plan stratégique, humain et même marketing. Voici dix raisons à pour continuer à miser sur le secteur aéronautique en vue d’un développement économique au Maroc.
Sur le plan stratégique
L’aéronautique est une industrie à vocation technologique, elle relève de l’économie du savoir et de l’immatériel. Les firmes multinationales (FMN) qui s’installent au Maroc dotent le pays de compétences dans un métier mondial. Ainsi, en parallèle avec l’encouragement des FMN à occuper les plateformes industrielles intégrées (P2I) qui leurs sont dédiées, le Maroc doit mettre en place une infrastructure au niveau de la formation, de la technologie et de la gouvernance afin de développer une capacité d’absorption(Tijani, 2012) et remonter la filière pour devenir, à terme, un producteur aéronautique à part entière. Il pourra ainsi intégrer le réseau des fournisseurs mondiaux.
C’est un secteur qui représente des perspectives d’expansion. Il se développe en termes de nombre d’entreprises et aussi en termes d’enrichissement des tâches. Le chiffre d’affaires (1,2 MMDH) progresse de 20% annuellement sur les trois dernières années.
Actuellement, l’industrie compte 106 entreprises, spécialisées dans la conception, la production et l’assemblage des structures, des pièces de motorisation et des systèmes embarqués, qui emploient 11.000 salariés, assurant ainsi 5% des exportations du Maroc.Selon le président du GIMAS, l’objectif est de densifier la base aéronautique, enrichir l’offre et intégrer plus de valeur ajoutée, être plus fabricant et producteur de systèmes que de pièces élémentaires.
C’est une opportunité majeure pour les entreprises marocaines d’accéder à une plate-forme de connaissances nouvelles. Les FMN fournissent un cadre idéal pour le transfert de connaissancesdans un domaine non traditionnel pour le Royaume.La théorie de l’apprentissage organisationnel (Argyris et Shön, 1978 ; Koenig, 1994 ; Lane et Lubatkin, 1998) démontre la possibilité d’acquérir et d’exploiter des compétences techniques ou capacités technologiquesd’origine extérieure avec l’assistance d’un partenaire, ce processus se fait selon une approche endogène et cumulatif.
Sur le plan économique
Le modèle économique de Joseph Schumpeter stipule que la croissance économique est générée par l’introduction endogène des produits et/ou processus d’innovation. Le terme « endogène » se réfère aux innovations qui résultent des investissements dans la recherche & développement réalisés par des entreprises -généralement des firmes étrangères- à la recherche du profit.
Ces investissements font accumuler un capital humain et technologique qui créera, à son tour, des effets d’externalités positives dont profitera l’économie toute entière ; dans le cas du Maroc, les « écosystèmes » de l’aéronautique sont extrêmement riches. L’industrie électronique, métallique et métallurgique, chimique, etc. sont susceptibles de bénéficier de l’installation des FMN opérant dans l’aéronautique au Maroc. Il est à signaler que l’existence des externalités positives induites par la présence des IDE au Maroc est vérifiée par Bouoiyour (2005), même si ces externalités sont faibles et dépendent de certaines conditions.
Le Plan d’accélération industrielle (PAI ; 2014-2020 ) présenté le 2 avril 2014, à Casablanca, par Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie devant le Roi Mohammed VI est en fait, une continuité du Plan national de l’émergence industrielle. Parmi les objectifs du PAI : faire monter le PIB industriel de 14 à 23 %et créer 500.000 emplois industriels, le rythme de croissance du secteur (presque 20% annuellement) est susceptible de contribuer (avec l’industrie automobile) à la concrétisation de ces objectifs.
Le secteur viendra enrichir l’offre exportable peu diversifiée et peu élastique en valorisant le panier des exportations marocaines, en intégrant un produit à forte valeur ajoutée. Malgré le risque de la dépendance de la conjoncture mondiale, les marchés internationaux représentant une opportunité en termes du volume d’échange. Rappelons que la dynamique de croissance de l’économie marocaine est tirée essentiellement par la demande intérieure.
Sur le plan humain
Les enjeux futurs du secteur obligent les parties concernées -à savoir l’Etat et les professionnels- à considérer la compétence comme une arme déterminante dans la course concurrentielle (le Maroc est en concurrence avec le Mexique, l’Europe de l’Est et la Tunisie). Les efforts de l’Etat dans ce sens sont excellents, avec par exemple l’ouverture de l’IMA (Institut des métiers de l’aéronautique : première école de formation sectorielle au Maroc) et de l’Ismala (Institut spécialisé dans les métiers de l'aéronautique et de la logistique aéroportuaire). En outre, la création des filières dédiées à l’industrie dans des écoles d’ingénieurs, notamment à l’Ecole Mohammedia d'Ingénieurs. Ces établissements constituent un atout pour le secteur, dans la mesure où ils permettent de capitaliser le savoir-faire obtenu jusqu'à présent et d’intégrer plus de valeur ajoutée.
Le développement du secteur dépend particulièrement de la compétence technologique et d’une collaboration étroite entre les partenaires de la chaine de valeur. Les exigences en termes de qualité, de précision et de délais de fabrication sont donc élevées. Ceci constitue un défi pour la qualification de la main d’œuvre marocaine et la mise à niveau des pratiques de gestion des ressources humaines dans les entreprises locales.
Sur le plan symbolique
L’insertion du Maroc dans l’économie du savoir et de l’immatériel implique l’orientation des investissements vers des activités combinant des éléments du secteur secondaire et tertiaire en introduisant plus de technologie et d’innovation. La connaissance est la base du développement économique ; cela peut être rapidement vérifié avec un simple regard sur le modèle économique des pays du sud-est asiatique. Dans ce sens, l’aéronautique offre au Maroc l’éventualité de se faire une place parmi les économies du savoir et de l’immatériel.
Finalement, la construction d’un avion reste une des plus belles inventions que le cerveau humain soit arrivé à réaliser, une contribution du Maroc à cet exploit génial aura sans doute des conséquences positives sur l’image symbolique du pays et aura un impact sur le positionnement de son économie. L’aéronautique porte les stigmates du développement !
Références
-Argyris, C. etSchon, D. (1987), « Organizational Learning: a Theory of Action Perspective », Reading, Mass: Addison-Wesley.
-Koenig, G. (1994), « L’apprentissage organisationnel: repérage des lieux », Revue Française de Gestion, Janvier-Fevrier.
-Lane, J. etLubatkin, M. (1998), « Relative Absorptive Capacity and Interorganizational Learning », Strategic Management Journal, Vol. 19, n° 5, May, p. 461-477.
-Tijani, O. (2012), « La capacité d’absorption et le transfert des connaissances: rôle de la GRH dans les filiales des FMN du secteur aéronautique au Maroc », Business Management Review, Vol.2 (2), Juillet-Août-Septembre.
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