Le Moyen-Orient et le retour de l’histoire
Il y a plus de 20 ans, Francis Fukuyama avait annoncé que le monde était parvenu à la fin de son histoire. Le réveil de la Chine, les attaques du 11 septembre, la guerre en Irak, la crise financière, le Printemps arabe,... démentent le triomphe de la démocratie libérale.
BERLIN – En fait, on pourrait dire que l’Histoire a bouclé la boucle en l’espace d’un quart de siècle, depuis la chute du communisme en Europe en 1989 jusqu’au renouveau de la confrontation entre la Russie et l’Occident. Mais c’est au Moyen Orient que l’Histoire est quotidiennement à l’œuvre, avec les conséquences les plus dramatiques. L’ancien Moyen-Orient, formé sur les restes de l’Empire Ottoman après la première guerre mondiale, est clairement en plein effondrement – une situation qui découle principalement des actions des Etats-Unis dans cette région particulièrement prône aux conflits.
Le péché originel des Etats-Unis fut son invasion militaire de l’Irak en 2003 sous la présidence de George W. Bush. Les "néoconservateurs" au pouvoir à l’époque ont ignoré la nécessité de combler le vide du pouvoir en Irak et dans la région après la chute de Saddam Hussein. Le retrait rapide et prématuré des troupes américaines décidé par le président Barack Obama fut la seconde erreur américaine.
Le retrait de l’Amérique, qui a pour ainsi dire coïncidé avec l’éclatement du Printemps arabe et l’éruption de la guerre civile syrienne, et sa constante passivité dans son rôle de force de l’ordre régionale, menacent aujourd’hui d’entrainer la désintégration de l’Irak, avec la montée en puissance de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) en Irak et en Syrie, y compris sa reprise de la deuxième ville du pays, Mossoul. En effet, dans la mesure où l’EIIL contrôle une grande part de la région au nord-ouest de Bagdad, la frontière entre l’Irak et la Syrie a pratiquement cessé d’exister. Il se pourrait bien que nombre des frontières de leurs voisins soient elles aussi redessinées par la force. Un désastre humanitaire déjà majeur pourrait prendre des proportions d’autant plus graves.
Dans l’hypothèse où l’EIIL parviendrait à établir une forme d’entité étatique dans ces régions d’Irak et de Syrie, la désintégration de la région s’opérerait beaucoup plus rapidement, les Etats-Unis perdraient leur "guerre globale contre la terreur", et la paix mondiale en serait sérieusement menacée. Mais même en l’absence d’un état terroriste dirigé par l’EIIL, la situation reste extrêmement instable parce que la guerre civile syrienne s’avère extrêmement contagieuse. En fait, le terme de "guerre civile" n’est pas approprié, parce les événements dans la région sont depuis longtemps liés à une lutte de domination entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, nourrie par les frictions de longue date entre l’Islam sunnite majoritaire et sa minorité shiite.
Les grandes erreurs des Etats-Unis
Les Kurdes constituent une autre source d’instabilité dans l’héritage ottoman. Répartis dans différents pays du Moyen-Orient – l’Iran, l’Iraq, la Syrie, et la Turquie – les Kurdes luttent pour leur propre état depuis des décennies. Néanmoins, ils ont montré une grande retenue dans le nord de l’Irak depuis la chute de Saddam, se contentant de forger l’autonomie de leur province tant sur le point économique que politique – au point qu’elle est effectivement devenue indépendante, sauf dans son nom, avec une armée forte et expérimentée dans la milice Peshmerga.
L’avancée de l’EIIL et la prise de Mossoul ont d’un coup résolu toutes les disputes territoriales entre le gouvernement central et le gouvernement régional kurde, en faveur de ce dernier, particulièrement en ce qui concerne la ville de Kirkuk. A la suite du retrait de l’armée irakienne, les Peshmergas ont rapidement repris le contrôle de la ville, et dans le même temps, des vastes réserves de gaz et de pétrole au nord Kurdistan. Et les voisins iraniens et turcs, ainsi que les Etats-Unis, vont rapidement avoir besoin de ce soutien peshmerga dans leur lutte contre l’EIIL. Une opportunité inattendue vient de s’ouvrir pour les Kurdes, qui leur permettrait d’obtenir leur pleine indépendance, même si la nécessité d’entretenir de bonnes relations tant avec la Turquie qu’avec l’Iran pour se garantir un accès aux marchés globaux modèrera leurs ambitions politiques.
De plus, avec l’invasion de l’Irak, les Etats-Unis ont ouvert la porte à une hégémonie régionale de l’Iran et initié un basculement dramatique dans leurs propres alliances régionales, dont les effets à long terme – y compris les négociations sur le nucléaire avec le gouvernement irakien – sont désormais visibles. Les deux côtés luttent contre les mêmes djihadistes, qui sont soutenus par les alliés supposés de l’Amérique, les états sunnites du Golfe. Les Etats-Unis et l’Iran restent opposés à toute coopération officielle, mais la machine est en marche, et les discussions bilatérales directes sont désormais courantes.
Un autre élément déterminant pour l’avenir de la région est de savoir si la Jordanie, qui joue une fonction essentielle dans l’équilibre de la région, sortira indemne de ces évolutions géopolitiques. Dans le cas où elle n’y parviendrait pas, tout l’équilibre des pouvoirs dans le traditionnel conflit israélo-palestinien pourrait s’effondrer, avec des conséquences potentiellement majeures, même s’il est difficile d’en évaluer l’ampleur en amont.
Pour l’Europe, les développements au Moyen-Orient posent deux risques importants : le retour des combattants djihadistes qui pourraient ramener avec eux la terreur, et le débordement de leurs idées extrémistes susceptibles se répandre dans une partie des Balkans. Dans l’intérêt de leur propre sécurité, l’Union Européenne et ses états membres devront concentrer une attention bien plus précise sur l’Europe du sud-est qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent.
Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats
© Project Syndicate 1995–2014
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