img_pub
Rubriques

La coopération internationale: une question de vie ou de mort

LONDRES – L’incertitude générée par le vote récent du Royaume-Uni pour quitter l’Union européenne - qui a secoué les marchés mondiaux - fait les gros titres dans les journaux. Mais, alors que nous sommes sur le point de nous exposer à de nouvelles épreuves politiques, nous ne devons pas perdre de vue les défis auxquels nous sommes déjà confrontés, particulièrement les problèmes de santé mondiale, comme la résistance grandissante aux antimicrobiens (RAM), qui ne fait aucun cas des résultats économiques ou de la stabilité politique.

Le 11 août 2016 à 13h53

Telles qu’elles sont présentées, les estimations font état de 700.000 décès causés par des infections résistantes aux médicaments chaque année. D’ici 2050, ce chiffre pourrait monter en flèche à dix millions par an, à un coût total de PIB de 100.000 milliards de dollars.

Pour éviter cela, en mai, le comité d’examen sur la résistance aux antimicrobiens (Review on AMR) que je préside a publié sa stratégie pour combattre ce genre d’infections, élaborer des propositions qui assureraient la création des nouveaux antibiotiques nécessaires et employer les antibiotiques actuels plus efficacement pour les humains et les animaux d’élevage. Des dix grandes interventions que nous avons proposées, quatre sont particulièrement importantes:

·         Lancer une campagne internationale adaptée aux différentes régions, visant à sensibiliser les autorités aux dangers de la RAM.

·         Remédier aux carences du marché dans le développement de nouveaux antibiotiques, en instaurant des primes forfaitaires de commercialisation aux sociétés mettant au point de nouveaux médicaments efficaces, tout en assurant l’accessibilité mondialement.

·         Faire avancer l’innovation et améliorer l’emploi de technologies de diagnostic qui favorisent une utilisation plus efficace des antibiotiques.

·         Instaurer des cibles nationales, visant à réduire l’administration inutile d’antibiotiques aux animaux d’élevage et aux humains.

Notre rapport final étant publié, le comité d’examen continuera de plaider la cause d’une intervention internationale, directement auprès des dirigeants politiques. Ainsi, à titre de président du comité d’examen, j’ai présenté récemment nos recommandations à l’Assemblée mondiale de la santé à Genève et auprès des décideurs des Nations-Unies et des Etats-Unis à New York et à Washington.

Il ressort des discussions que les décideurs sont de plus en plus conscients des dangers posés par la RAM. Il y a à peine deux ans, le sujet des infections résistantes aux médicaments suscitait d’habitude des questions du genre "Qu’est-ce que la RAM?" ou "Pourquoi un ministre des Finances devrait-il se préoccuper de la crise de la santé?" Peu d’entre eux se rendaient compte de l’échelle et de la nature multidimensionnelle du problème et donc du besoin d’une démarche globale. Je me suis posé le même genre de questions lorsque le premier ministre britannique David Cameron m’a demandé de diriger le comité d’examen de la RAM.

La situation a considérablement changé depuis. Les décideurs de pays couvrant un large spectre de systèmes économiques et politiques se mobilisent pour lutter contre le problème de la RAM, certains Etats prenant déjà des mesures pour y remédier. Tout cela nous donne des raisons d’espérer que 2016 devienne l’année où les choses changent vraiment.

L’espoir est une chose, mais l’action en est une autre. Même si les réunions et les discours de haut niveau sur la RAM envoient le bon message, elles ne signifient rien si nous ne parvenons pas à convertir l’engouement actuel en interventions concrètes, à commencer par les réunions du G20 et de l’ONU en septembre prochain. Et même si mes plus récents exposés autorisent à penser que les chances sont excellentes d’en arriver à des accords pour ces deux assemblées, il est loin d’être certain qu’ils soient à la hauteur du problème.

Au G20, l’accord requis doit être centré sur le développement d’un mécanisme mondial pour relancer le marché de nouveaux antibiotiques qui soient abordables mondialement, accessibles et utilisés aussi efficacement que possible. À l’ONU, le but est de transformer le leitmotiv "d’accès et non d’excès" en une réalité, par un accord visant à réduire l’emploi inutile d’antibiotiques dans les élevages d’animaux et de mener une campagne mondiale de sensibilisation. Il est aussi essentiel d’accroître le financement de la recherche et du développement de nouveaux antibiotiques et diagnostics pour combattre la RAM.

Plus important encore, les accords doivent être contraignants. Les pays doivent fixer leurs propres objectifs, qui conviennent à leurs circonstances et besoins particuliers, mais il faut aussi y prévoir certaines dispositions pour s’assurer que tous participent. En premier lieu, les initiatives de lutte relatives à la RAM devraient être intégrées à des stratégies plus larges de développement économique, en particulier l’application des objectifs de développement durable de l’ONU.

De plus, les progrès doivent être jaugés, non seulement pour que les décideurs, les sociétés et les réseaux de santé rendent compte de leurs activités, mais aussi pour que d’autres puissent reproduire leurs succès. A cette fin, il faudra peut-être de nouveaux paramètres pour mesurer les incidences de la RAM. Même si tout cela semble bien technique (et ça l’est), la réalité est que les chercheurs de pointe de la RAM pensent que le fait de s’entendre sur des paramètres communs pourrait changer les façons dont les pays établissent individuellement leurs propres cibles, ce qui améliore notre capacité de suivre les progrès des prochaines années.

Finalement, pour tenir compte des priorités changeantes et des changements de personnel politique, il faut un promoteur permanent de la lutte contre la RAM. Par exemple, un envoyé de l’ONU sur la RAM pourrait être nommé, pour continuer à prôner à l’échelle internationale la nécessité de s’attaquer au problème et d’exiger des pays qu’ils rencontrent leurs objectifs. Sans un tel rappel constant de la nécessité de s’attaquer à la RAM, sans omettre non plus la transparence sur les progrès, le monde se laisserait distraire et manquerait rapidement l’occasion d’effectuer les changements nécessaires pour enrayer la hausse des infections résistantes aux médicaments.

Au cours des deux dernières années, les autorités publiques, le secteur privé et les organismes internationaux ont avancé à grands pas pour contrer la menace de la RAM. Mais les décisions vraiment difficiles doivent être prises maintenant. Si nous voulons empêcher la collision au ralenti de l’essor de la RAM, nos dirigeants doivent prendre des mesures d’évitement dès maintenant. Nous savons ce que nous avons à faire ; nous devons nous y mettre dès maintenant.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2016
Par
Le 11 août 2016 à 13h53

à lire aussi

L'embellie historique des barrages masque encore la fragilité des nappes
Eau

Article : L'embellie historique des barrages masque encore la fragilité des nappes

Avec 12,6 milliards de mètres cubes stockés au 19 juin 2026, soit un taux de remplissage de 74,43 %, les barrages marocains renouent avec des niveaux inégalés depuis août 2015. Une embellie portée par le bassin de l'Oum Errabiâ, mais qui ne doit pas masquer la vulnérabilité des nappes phréatiques, loin de leurs niveaux d'avant la sécheresse.

Maroc Ecosse. Steve Clarke: “Le Maroc ira loin, mais on leur a rendu la vie difficile”
Mondial2026

Article : Maroc Ecosse. Steve Clarke: “Le Maroc ira loin, mais on leur a rendu la vie difficile”

C'est Ouahbi qui le raconte: à la fin du match, il a salué le coach écossais à qui il a dit qu'il avait une bonne équipe qui aura un bon parcours. En conférence de presse après-match, le sélectionneur écossais a estimé que le Maroc irait loin et qu'il pouvait atteindre le dernier carré.

Mohamed Ouahbi: contre Haiti, nous serons encore meilleurs
Mondial2026

Article : Mohamed Ouahbi: contre Haiti, nous serons encore meilleurs

Une victoire courte, mais une équipe qui grandit. Après le succès face à l'Écosse, le sélectionneur national Mohamed Ouahbi a parlé avec la sérénité d'un homme qui voit exactement où il va.

Agadir : un investissement de 12 MDH pour une usine spécialisée dans l’automatisation industrielle
BUSINESS

Article : Agadir : un investissement de 12 MDH pour une usine spécialisée dans l’automatisation industrielle

Un projet industriel dédié aux systèmes d’automatisation et aux technologies embarquées est en cours de déploiement dans la commune de Drarga, près d’Agadir. Portée par l’entrepreneur Iliass Joudat, l’initiative prévoit un investissement de 12 millions de dirhams et la création de plusieurs dizaines d’emplois.

Coupe du monde 2026. Le Maroc s’offre une courte mais précieuse victoire sur l’Écosse (1-0)
Mondial2026

Article : Coupe du monde 2026. Le Maroc s’offre une courte mais précieuse victoire sur l’Écosse (1-0)

Malgré quelques frayeurs, l’équipe nationale a quasiment assuré sa qualification pour le second tour du Mondial 2026 après avoir conservé son but d’avance sur la Tartan Army, ce vendredi 19 juin à Boston. Les Lions de l’Atlas occupaient la deuxième place du groupe C, avec le même nombre de points que le Brésil qui est en tête après sa victoire par trois buts à zéro contre Haiti.

Autorisation des cliniques privées : le secteur dénonce le blocage de dizaines de dossiers par le ministère de tutelle
Santé

Article : Autorisation des cliniques privées : le secteur dénonce le blocage de dizaines de dossiers par le ministère de tutelle

Les cliniques privées dénoncent le blocage de dizaines de dossiers d'autorisation d'exploitation, "malgré leur passage par l'ensemble des étapes réglementaires". Le ministère n’avait pas encore réagi à ces accusations au moment de la publication de cet article.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité