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IA : L’arabe marocain au service de la vulgarisation des sciences

La diffusion des connaissances ne peut plus se limiter aux cercles restreints des langues académiques. Elle doit s’enraciner dans la langue de la proximité pour transformer le savoir en un levier de progrès véritablement partagé. L'intelligence artificielle, lorsqu'elle est pensée à travers le prisme de l'arabe marocain, représente bien plus qu'une simple prouesse technologique : elle devient le moteur d'une inclusion cognitive citoyenne.

Le 1 mai 2026 à 10h00

Il serait réducteur de penser que l’arabe marocain reste une préoccupation purement locale portée par quelques pionniers ou start-up marocaines. En réalité, il bénéficie d’une reconnaissance internationale, mobilisant l’expertise de centres universitaires prestigieux tels que Harvard University, ainsi que des travaux publiés sur arXiv, la Darija Open Dataset (DODa), l’un des plus importants jeux de données open source pour la traduction darija-anglais, ou encore des institutions comme le MIT, l’Université du Maryland, l’EPFL, Columbia University, Carnegie Mellon University, l’Inalco, l’Université de Malte, l’Université de Grenade et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), entre autres.

L’arabe marocain, loin d’être cantonné aux espaces ruraux, irrigue l’ensemble du corps social marocain. On observe aujourd’hui une porosité croissante des frontières géographiques : d’un côté, des familles quittent les campagnes pour les centres urbains afin d’offrir à leurs enfants davantage de confort, un meilleur accès aux soins, aux études supérieures ou de nouvelles opportunités d’emploi ; de l’autre, des citadins s’installent durablement en milieu rural, portés par des projets d’investissement, d’agrotourisme ou par une quête de retour aux sources.

Dans ce mouvement, l’arabe marocain demeure l’un des principaux dénominateurs communs, un vecteur naturel de communication qui accompagne les citoyens dans leur compréhension des enjeux du quotidien, qu’il s’agisse de santé, de bien-être ou de technologie, là où les langues dites classiques peuvent parfois créer une distance pour une partie de la population.

Entre-temps, on compte des dizaines de milliers de tutoriels en arabe marocain dans les sciences sur les réseaux sociaux. Au-delà des mathématiques ou de la médecine, on observe une montée en puissance de la langue dans des domaines techniques pointus :

1- Développement web et programmation : des chaînes YouTube (comme GeekBladi) vulgarisent JavaScript ou Python, en conservant la syntaxe technique en anglais mais en expliquant la logique en arabe marocain.
2- Économie et éducation financière : des podcasts décryptent les mécanismes de l’inflation ou du marché boursier marocain.
3- Ingénierie et électricité : des tutoriels pratiques portent sur le câblage industriel ou l’énergie solaire.
4- Agronomie : des contenus techniques abordent l’irrigation, la gestion de l’eau et des sols à destination des agriculteurs.

Pour que l’intelligence artificielle puisse jouer ce rôle de médiateur, elle doit dépasser une approche superficielle de la traduction. Maîtriser l’arabe marocain ne consiste pas seulement à aligner des mots : cette langue, largement utilisée, n’est pas toujours pleinement structurée sur le plan sémantique et lexical dans ses usages formalisés.

L’expérience montre que l’arabe marocain repose sur quatre strates principales que la machine doit apprendre à distinguer et à mobiliser avec agilité. Il y a d’abord l’argot, évolutif et métaphorique, qu’il faut comprendre pour ne pas exclure les jeunes générations ; le registre familier, marqué par l’affect et l’immédiateté, qui constitue la porte d’entrée naturelle de l’utilisateur ; le registre médian, ou "langue blanche", épuré des particularismes trop locaux, qui sert de pivot pour l’explication technique, notamment en santé ou en sciences ; et enfin le registre soutenu, plus riche et structuré, qui confère à la machine une dimension d’autorité et de clarté dans la transmission du savoir.

Sans cette hiérarchisation, l’IA risque de rester enfermée dans une pauvreté linguistique qui limite sa pertinence et sa crédibilité.

La codification actuelle de l’arabe marocain présente encore d’importantes limites : hallucinations fréquentes, contresens grammaticaux, ambiguïtés sémantiques, erreurs syntaxiques, perte de nuances pragmatiques, incohérences discursives et faible prise en compte du contexte implicite. Par souci de neutralité, je ne citerai pas ici les modèles d’IA concernés. Certains systèmes, adoptant une posture plus “conversationnelle”, vont jusqu’à demander poliment : "donne-moi plus de contexte…".

Si l’ensemble des systèmes d’IA fait face à ces difficultés, ces limites dessinent en réalité les contours des progrès à venir. Cette phase initiale n’est qu’une étape de transition qui, avec l’enrichissement des corpus, permettra aux modèles de restituer avec davantage de fidélité la richesse et les nuances de l’arabe marocain.

Pour gagner en maturité, l’IA doit s’appuyer sur un socle de données suffisamment dense. L’idée d’un seuil qualitatif peut être posée : un corpus de 500.000 mots constitue un minimum, tandis qu’un volume dépassant le million de mots permet d’approcher une interaction plus naturelle et plus fine. Cette exigence de rigueur, illustrée par la production de corpus conséquents, place la barre à un niveau où la technologie peut mieux capter la complexité de l’expression humaine. Dans ce cadre, l’apport des auteurs, poètes, dramaturges et créateurs devient central. La machine a besoin de la richesse du langage humain pour dépasser le simple traitement de données, dans une synergie entre ingénierie technologique et création littéraire.

Dans cette évolution, l’interface vocale constitue une première étape, permettant d’amorcer le dialogue tout en affinant les spécificités phonologiques de la langue. Elle offre une immersion immédiate, tout en préparant la structuration nécessaire à une codification écrite plus stable. À terme, le passage à l’écrit pourrait s’appuyer sur une double notation : le terme en arabe marocain, accompagné entre parenthèses ou entre guillemets de son équivalent en graphie latine, afin de faciliter la compréhension et la diffusion. Cette approche s’inspire de pratiques déjà observées dans d’autres langues, notamment le chinois, où l’intégration de termes étrangers permet de préserver la précision des concepts.

En définitive, porter les sciences vers l’arabe marocain par le biais de l’IA est une démarche de progrès partagé qui transforme chaque smartphone en un laboratoire ou une clinique de poche. C’est faire de la technologie un pont entre les besoins concrets, les exigences de la vie courante et les savoirs, assurant que la connaissance circule sans entrave pour devenir un véritable levier d’épanouissement pour toutes et tous.

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Le 1 mai 2026 à 10h00

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