Feuilles d’Afrique. La Tunisie face au spectre du défaut de paiement
La Tunisie traverse une période mouvementée entre des incertitudes sur la fiabilité économique, des doutes sur l’incapacité d’honorer les engagements financiers et un bras de fer avec le FMI. Un avenir peu radieux en perspective.
Le président Kaïss Saïed reste intransigeant devant les exigences du FMI en matière de réformes à adopter à court terme notamment le gel des salaires, la pression sur les budgets des secteurs sociaux, réforme de la gouvernance des entreprises publiques…etc. Jusqu’à quelles limites peut-il tenir ?
Incompréhensible bras de fer
L’économie tunisienne est en mauvaise passe. Le ratio de la dette par rapport au PIB est passé de 41% en 2010 à 110% à fin 2022 et pourrait atteindre 120% à fin 2023 si les prêts en cours de négociation se concrétisent.
Justement, la Tunisie négocie avec le FMI un prêt de 1,9 milliard de dollars depuis six mois sans succès. Les conditions de l’institution de Bretton Woods ne passent pas et Tunis les qualifie d’atteinte à la souverainté nationale et ignore royalement les conseils de la Commission européenne, premier partenaire du pays !
Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI reste droit dans ses bottes : « le Fonds attend d’entendre les autorités tunisiennes sur leurs priorités et concernant leur politique monétaire ». Le ton est donné. En d’autres termes, il y a lieu de savoir que faire. Contracter des prêts pour débloquer la machine économique et relancer la croissance, auquel cas il faut absolument concéder les réformes demandées ? Ou assumer la responsabilité d’un risque de défaut de paiement avec toutes les conséquences fâcheuses qui suivront ?
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, au moment où les autorités tunisiennes commencent à envisager de recourir au Club de Paris pour lever des fonds et surseoir au FMI, l’agence de notation américaine Moody’s vient de dégrader la note souveraine à long terme de la Tunisie de B3 à Caa1 et le maintien de perspective négative. Dans ces conditions, sortir sur le marché international pour emprunter auprès des bailleurs de fonds ne serait pas une partie du plaisir.
Tunis est obligée de se plier aux conditions de solvabilité exigées par les institutions financières internationales, car elle est dans un besoin urgent de disposer de fonds en devises et ce pour deux raisons majeures. Un, s’acquitter du service de la dette et éviter une situation de défaut de paiement qui bloquerait le pays. Deux, procéder d’urgence à l’achat de biens de premières nécessités qui commencent à manquer dans les étalages afin de désamorcer une fronde sociale montante.
Que faire ?
A l’origine de la situation actuelle, le FMI n’a pas la main blanche. Car il avait fait preuve de générosité démesurée au lendemain de la révolution des jasmins pour des raisons d’encouragement de la démocratisation du pays, et avait fait fi du contrôle de l’utilisation des fonds par les gouvernements successifs depuis 2012. Aujourd’hui, la situation est grave et les partenaires de la Tunisie s’inquiètent.
Le secrétaire d’État US Antony Blinken déclarait il y a quelques semaines que « la chose la plus importante est de trouver un accord avec le FMI car il y a un risque que l’économie s’éffondre ». au même moment, Josep Borell, le chef de la diplomatie européenne, est plus radical : « La Tunisie pourrait s’éffondrer ce qui peut provoquer des flux migratoires vers l’Union Européenne et d’entrainer une instabilité dans la région ».
La Tunisie devrait faire face à cette situation avec beaucoup de pragmatisme et loin du populisme. Le pays a réellement besoin de réformes économiques tout en soutenant le pouvoir d’achat.
Le premier chantier sur lequel il y a lieu de s’atteler sans délai, c’est la bonne gouvernance et la gestion des marchés publics. Ensuite, atténuer la pression sur la liquidité intérieure et enfin favoriser les conditions de mobilisation des ressources extérieures. Sur ce dernier point, le retour à la table de négociation avec le FMI est la solution la plus fiable à moyen et long termes. Car, envisager, dans ces conditions, des financements à court terme auprès d’organismes privés au prix de taux élevés rien que pour débloquer la situation serait une solution suicidaire car ce serait seulement une bulle qui éclaterait tôt ou tard, alors que le pays a besoin de solutions structurelles quoique douloureuses. C’est le prix à payer de ces années d’égarement en matière de gouvernance. Les Tunisiens doivent s’attendre à des jours difficiles mais inévitables. La tergiversation du gouvernement ne fait que retarder cette amère réalité !
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