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États-Unis : les déboires de John Bolton

Ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton est de nouveau au centre de l'actualité, entre les poursuites judiciaires engagées aux États-Unis pour sa gestion de documents classifiés et ses positions géopolitiques controversées, notamment son soutien aux intérêts de l'Algérie dans le dossier du Sahara marocain.

Le 6 juillet 2026 à 11h01

On croyait la page John Bolton définitivement tournée et oubliée, mais le voilà qui se rappelle, encore une fois, à notre mémoire. Bolton, ancien conseiller de sécurité du président Trump et son représentant permanent à l’ONU, a joué un rôle négatif à l’époque pour défendre les intérêts de l’Algérie sur le dossier saharien.

Il préconisait, urbi et orbi, l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans nos provinces du sud, sur la base du recensement aléatoire laissé par la colonisation espagnole. Au tribunal, devant ses juges, Bolton a plaidé sans rechigner, coupable pour la conservation de documents d’Etat hautement secrets et sensibles, relatifs à la défense nationale américaine.

Pourtant en octobre dernier, Bolton a été inculpé officiellement de dix-huit chefs d’accusation pour divulgation et rétention de documents, mettant ainsi en danger la sécurité de l’Etat. Bien qu’il ait plaidé pour sa non-culpabilité face à ces accusations retenues contre lui, il a donc fini par accepter un accord de reconnaissance d’une seule accusation.

Ce mea culpa tardif pourrait alléger sa peine carcérale qui peut aller jusqu’à cinq années d’emprisonnement. Il sera par contre contraint du paiement d’une amende pénale qui peut excéder deux millions de dollars, et du renoncement définitif à sa pension de retraite d’ancien fonctionnaire.

Alors qu’il était déchu de toutes ses responsabilités dans l’administration Trump, Bolton avait critiqué sévèrement la reconnaissance par Washington de la marocanité du Sahara en décembre 2020. Il réitérait à intervalles réguliers ses positions alignées totalement sur les positions algériennes pour contrer non seulement le Maroc mais aussi son propre pays.

Dans ses différentes interventions, il accusait ouvertement le Maroc d’entraver les résolutions onusiennes. Il qualifiait la défense de notre intégrité territoriale que la colonisation a fait subir au royaume, de politiques expansionnistes qui perturbent les équilibres régionaux en Afrique du Nord. En Algérie, ses positions trouvaient toujours un large écho dans les médias, puisqu’il la qualifiait de partenaire stratégique des Etats-Unis et d'un acteur important dans la stabilisation de la région.

Il va sans dire qu’auprès de son propre parti, les Républicains ne partageaient pas du tout son enthousiasme à l’égard de l’Algérie, pays aligné sur la Russie et prônant, au contraire, des politiques contre les intérêts américains au Moyen-Orient comme en Afrique.

Ses positions hostiles au Maroc étaient donc en total décalage avec la politique de son pays, et la dynamique géopolitique que connait le dossier saharien sur le plan international. Après son départ de l’administration Trump, puis l’annonce par Washington de la reconnaissance de la marocanité du Sahara, Bolton a doublé ses attaques et ses diatribes contre le Maroc.

Son extrémisme sur les grands sujets de l’heure dépassait, et de loin, le dossier de notre intégrité territoriale. Face à la Chine, il préconise d’armer massivement Taiwan, et contre la Russie il propose de renforcer les sanctions économiques.

Pour les régimes communistes du Venezuela et de Cuba, il suggère tout simplement le changement de régime, "regime-change".

Concernant la Corée du Nord, il conçoit la même politique que contre Kadhafi : pousser Pyongyang à rendre les armes et à capituler avant toute négociation. Sur le dossier iranien, il soutenait la sortie de son pays de l’accord sur le nucléaire, et l’arrêt des négociations avec Téhéran, comme avec les Talibans de l’Afghanistan.

Selon des médias américains, Bolton avait en réalité mené, en arrière-plan, des actions pour torpiller la politique extérieure du pays. À l’égard des rencontres de Trump avec Kim Jong-un, il a freiné toute ouverture pour apaiser les tensions entre les deux Corées.

De même au Moyen-Orient, il avait œuvré inlassablement pour la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël en 2017, et poussé à la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan en 2019. Très proche du Premier ministre israélien, il partage avec ce dernier sa ligne dure à l’égard de ses voisins arabes, et se positionne lui-aussi contre l’établissement d’un Etat palestinien indépendant.

C’est certainement cet extrémisme, aussi bien dans la conception que dans la gestion de ces grands dossiers, qui a poussé Trump à l’éjecter de l’exécutif. Ils ne s’entendaient sur presque rien, et ceci se reflétait sur la politique extérieure américaine.

Même après son départ, Bolton ne ratait aucune occasion pour accuser Trump de tous les maux qui handicapent, selon lui, son pays, critiquant pêle-mêle sa politique intérieure comme extérieure. Il mettra ce désir de revanche dans la publication d’un livre devenu célèbre intitulé "The Room Where It Happened".

Il y décrit un Trump comme un président malavisé, fasciné par les autocrates, et obsédé durant son premier mandat de sa propre réélection, au risque de mettre en danger les Etats-Unis, écrit-il.

J’ai du mal à trouver une seule raison valable chez Trump durant toute la durée de mes fonctions, qui n’ait pas été guidée par un calcul en vue de sa réélection, pouvait-on lire. Il l’a accusé dans son écrit de confondre ses propres intérêts politiques et l’intérêt national des Etats-Unis. Et il étaye ses accusations par le comportement de Trump lors de ses périples à l’étranger, comme lors de sa visite en Chine en 2019.

Bolton révèle que Trump a plaidé devant le président chinois pour que Jinping l’aide à gagner les prochaines élections en augmentant ses achats agricoles pour que son électorat rural vote massivement pour lui aux prochaines élections.

Bolton révèle également des détails croustillants sur son président, beaucoup plus pour le dénigrer que pour l’encenser. Il le décrit obnubilé par des détails futiles que par la stratégie de long terme.

En plein sommet avec le président nord-coréen, il rapporte que le secrétaire d’Etat Mike Pompeo lui glisse une note dans laquelle est écrit que Trump ne raconte à son homologue Kim Jong-un que des bêtises inutiles. J’ai failli, ce jour-là, faire un arrêt cardiaque, ajoute Bolton. Lors d’un autre échange avec John Kelly, alors secrétaire général de la Maison Blanche, celui-ci s’inquiète devant Bolton de ce qui arriverait aux Etats-Unis sous Trump, si par malheur une autre attaque comme celle du 11 septembre se reproduisait dans le pays.

Ainsi, après avoir servi Trump lors de son premier mandat, Bolton est devenu son pire ennemi et l’un de ses critiques les plus virulents du président. Même ses anciens collègues républicains n’appréciaient plus ses sorties hasardeuses.

L’ancienne secrétaire à la Justice Pam Bondi disait à son égard que quiconque abuse de son pouvoir et met en péril la sécurité nationale devra rendre des comptes, et que personne n’est au-dessus des lois.

Quant au chef du FBI Kash Patel il dira à son propos, que son département ne reculera devant rien pour traduire en justice toute personne qui menace la sécurité nationale du pays. Pour Trump, qui ne cherchait plus à s’épancher sur le cas Bolton, il dira tout simplement que Bolton est une mauvaise personne et un mauvais gars.

Dans son ascension politique, Bolton doit beaucoup à son mentor, l’ancien secrétaire d’Etat James Baker, qui a été derrière sa promotion politique sous Reagan, puis sous Bush père et fils. Il l’a accompagné quand Baker fut nommé envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU au Sahara marocain entre 1997 et 2004.

Pendant sept ans, tous les deux cherchaient au grand jour à favoriser les intérêts algériens dans la région, et à imposer leurs vues sur ce dossier au détriment du Royaume. De cet échec, Bolton tira une grande amertume et une frustration personnelle contre le Maroc qui l’accompagnent depuis. Quand il est revenu en force, après l’élection de Trump en 2017, il avait tenté en vain d’imposer à la nouvelle administration américaine sa vision figée de partition de notre territoire, mais sans grand succès.

Son éviction du gouvernement Trump a été un soulagement pour tous, Américains et Marocains confondus. Sauf pour la justice de son pays qui le poursuit encore de graves chefs d’accusation relatifs à la diffusion d’informations sensibles et classifiées, et qui ont sérieusement mis en danger la sécurité de son propre pays.

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Le 6 juillet 2026 à 11h01

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