Émirats-OPEP. Un divorce à l’amiable
Les Émirats arabes unis ont créé récemment la surprise, en annonçant leur retrait de l’OPEP, posant ainsi un grand défi à cette alliance pétrolière menée par l’Arabie saoudite, et à son extension OPEP+ qui compte un autre grand producteur, la Russie.
Cette initiative, somme toute souveraine, est d’abord une décision politique pour repositionner le pays au sein du paysage énergétique mondial, en dehors de toute contrainte institutionnelle ou régionale. Les responsables émiratis ont déclaré qu’une telle position n’est dirigée contre personne, faisant certainement allusion aux rumeurs de mésentente avec le voisin saoudien.
Ce n’est pas la première fois qu’un pays membre quitte cette organisation depuis sa création en 1960 en Irak. Le Qatar, dans un autre contexte de tensions géopolitiques avec Riyad, l’avait quitté en 2019, en raison de son rapprochement avec l’Iran. Doha avait mis en avant comme excuse sa décision de renoncer à l’exploitation du pétrole, et son désir de renouer avec l’exploitation du gaz.
L’Indonésie s’en était elle aussi retirée en 2008, puis l'avait réintégré en janvier 2016, avant de la quitter en décembre de la même année pour des motifs économiques, mais aussi politiques. De même, l’Équateur l'avait quittée en 1996, pour la réintégrer en 2016, ou alors l’Angola qui avait déserté l’organisation en décembre 2023.
Chaque pays y adhère de sa propre volonté et la quitte pour des raisons politiques ou économiques.
Avant la création de l’OPEP, les États producteurs de cette énergie, devenue avec le temps stratégique, dépendaient en réalité des compagnies pétrolières occidentales qui leur imposaient des prix de référence souvent fixes. Les cinq principaux pays producteurs de pétrole de l’époque qu’étaient l'Arabie saoudite, l'Iran, l'Irak, le Koweït et le Venezuela, avaient alors décidé de se regrouper de manière à pouvoir influer sur les cours du pétrole. Devenus maîtres de leurs productions après sa nationalisation, ils ont pu agir collectivement sur les courts du baril de pétrole pour réguler le marché, tout en augmentant leurs revenus des ventes.
Ainsi, cette organisation est devenue partie prenante dans l’échiquier mondial, et un acteur clé du marché pétrolier et de l’économie mondiale. Ses décisions et les politiques communes adoptées dans ce domaine, influencent directement les prix du pétrole et, conséquemment, les revenus des pays exportateurs. L’organisation avait érigé comme principe de protéger les intérêts économiques de ses membres en maintenant un équilibre entre l’offre pétrolière et la demande sur le marché mondial.
Avant l’annonce du retrait des Émirats le 28 avril dernier, et lors d’une session du Gulf Influencers Forum tenu aux Émirats, le conseiller du président des Émirats avait critiqué la réponse des pays arabes et ceux du Golfe après les attaques que son pays avait subies de la part de l’Iran. Selon lui, les pays du Golfe se sont soutenus mutuellement sur le plan logistique, mais sur les plans politique et militaire leur position a été la plus faible de toute leur histoire. Puis de préciser : "Je m’attendais à cette position de faiblesse de la part de la Ligue arabe, et cela ne me surprend pas, mais je ne m’y attendais pas des pays du Golfe, et cela me surprend.
Après la décision de quitter l’OPEP, le ministre émirati de l’Énergie a, pour sa part, déclaré que le fait de quitter l’organisation offrirait à son pays une certaine souplesse, puisqu’il n’aurait aucune obligation envers ce groupe. Il a ajouté que son gouvernement n’avait consulté aucun pays, y compris l’Arabie saoudite, pour prendre cette initiative. Mais plusieurs observateurs de la région s’accordent à penser que la relation entre ces deux pays est aujourd’hui marquée par une rivalité stratégique, malgré un passé d’alliance bilatérale solide.
Pendant longtemps, les Émirats et l’Arabie saoudite ont été considéré comme un duo indissociable dans le Golfe. Ils partageaient des objectifs communs en matière de sécurité, de prospérité et de stabilité régionale. Ils ont entretenu des liens familiaux, religieux, culturels et économiques solides qui paraissaient inébranlables.
On se rappelle des sommets bilatéraux, des visites régulières entre les familles royales pour coordonner leurs politiques économiques ou sécuritaires. Cependant, ces dernières années, des divergences sont apparues sur des sujets régionaux comme la guerre au Yémen ou au Soudan pour ne citer que ces deux conflits.
D’une manière générale, l’Arabie saoudite semble privilégier la stabilité étatique dans son approche des questions régionales. Elle reproche aux dirigeants des Émirats d’agir diamétralement à l’opposé, et d’adopter des approches directes et opérationnelles en soutenant des acteurs non étatiques pour étendre leur influence comme au Soudan et en Libye.
L’incident du port Al-Moukalla au Yémen à la fin de l’année dernière est un exemple de cette mésentente stratégique. Les forces saoudiennes ont visé en ce temps les intérêts émiratis, reprochant à Abu Dhabi de soutenir d’un côté les Houtis, et de l’autre d’appuyer les séparatistes qui inquiètent Riyad.
Cette rivalité entre ces deux pays s’étend également à d’autres fronts comme le Soudan, où l’Arabie saoudite apporte son soutien aux Forces armées soudanaises FAS, alors qu’Abu Dhabi table sur les Forces de soutien rapide FSR pour conquérir le pouvoir.
Les deux pays poursuivent également des objectifs divergents sur d’autres champs de bataille comme dans la Corne d’Afrique, ou en Libye. Leurs approches géostratégiques, diamétralement antinomiques et contradictoires, n’aident pas à rapprocher les visions des deux pays qui s’opposent sur plusieurs sujets internationaux, au sein des organisations internationales comme de l’OPEP.
Cette compétition reflète un duel de leadership régional, et elle est aussi un combat d’égo entre les dirigeants émiratis et Saoudiens. Chaque pays revendique en fait un rôle central dans le Moyen-Orient et à l’international. Leur mésentente, qu’on tente de minimiser pour ne pas envenimer davantage leurs liens économiques et familiaux, a déjà eu des répercussions sur la stabilité régionale et sur leur solidarité face à l’agression iranienne.
Les relations entre les deux pays sont maintenant plus compétitives que jamais. Elles oscillent entre coopération et rivalité, en fonction des dossiers et des ambitions des uns et des autres.
Les confrontations entre Émirats et Arabie saoudite au Yémen ou au Soudan illustrent comment ces alliés historiques sont devenus des rivaux régionaux, tout en maintenant un partenariat minimal sur les enjeux communs. La brusque sortie des Émirats de l’enceinte OPEP, dont Riyad est le leader avec une production dépassant les 11 millions de barils par jour, marque la fin d’un bloc pétrolier unifié. Elle est le symbole de l’émergence d’une compétition frontale cette fois-ci entre ces puissances régionales devenues plus autonomes que par le passé.
Le pétrole, dont les pays du Moyen Orient sont les plus grands producteurs, demeure une matière première essentielle à l’économie mondiale, et il le restera pour de longues années encore. Il a permis aux pays du Golfe de se développer rapidement et de devenir riches et même très riches. Il est devenu un levier de puissance régionale même pour des petits pays disposant de superficies et de populations restreintes.
Au-delà du pétrole, ces pays disposant désormais de moyens financiers colossaux, élargissent forcément leurs visions stratégiques en s’intéressant à d’autres secteurs névralgiques. À investir dans d’autres pays et continents, dans les ports, les chaînes logistiques, les routes maritimes, les industries de raffinage, et bien d’autres secteurs rentables.
En quittant l’OPEP, les Émirats ont donc choisi de prendre le large, pour ne plus être l’otage d’une organisation qui bride leurs ambitions. Abu Dhabi a investi massivement dans le domaine pétrolier pour porter sa production à 7 millions barils/jour à l’horizon 2027, au moment où l’Arabie saoudite en produit 11. Pour atteindre cet objectif, ils ne veulent plus rester prisonniers des réglementations de l’OPEP, dirigée de facto par le voisin saoudien qui leur dicte ses volontés.
Pour les Émirats, ce système rigide de quotas préfixés, est déconnecté des réalités des marchés aujourd’hui. Depuis 2024 déjà, ils ne prenaient plus la peine d’envoyer des délégations de premier rang aux sommets de l’OPEP. La décision qu’ils viennent de prendre de quitter ce cartel est un désir d’émancipation non seulement de cette organisation, mais aussi de l’emprise du grand voisin.
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