Pr. Zoubair Cherkaoui
Global Director of Innovation chez Huntsman CorporationDu garage à la multinationale : le chaînon manquant de l'industrie marocaine
Cette tribune est la deuxième, d'une série de quatre, consacrée au développement industriel marocain par la technologie et la spécialisation. Ces tribunes ont pour fil conducteur ce que le Maroc industriel pourrait faire, ce qui l'en empêche, et où se loge vraiment le problème. La première publication expliquait comment la chimie de formulation, qui concentre plusieurs milliards de dollars importés chaque année, et techniquement accessible à des PME locales sérieuses, est pourtant absente de toute stratégie industrielle nationale. Cette deuxième pose la question suivante : même si des entrepreneurs marocains décidaient demain de formuler ces produits localement, dans quel tissu industriel le feraient-ils ?
Les grandes économies industrielles ne se distinguent pas uniquement par la taille de leurs usines. Leur véritable différence réside dans une infrastructure discrète mais stratégique : un tissu dense de PME spécialisées qui transforment des problèmes techniques concrets en savoir-faire cumulatif. C'est cette couche intermédiaire qui construit la profondeur technologique d'un pays, et qui manque encore structurellement au Maroc.
Succès réel, profondeur incomplète
Ce que les chiffres ne montrent pas
Le Maroc a connu une transformation industrielle réelle et visible : des plateformes automobiles parmi les plus compétitives du bassin méditerranéen, une base aéronautique en développement, des infrastructures modernisées. Ces réussites méritent d'être reconnues. Mais elles invitent à une distinction que le débat public pose rarement, entre présence industrielle et maîtrise technologique.
Accueillir une usine d'assemblage, c'est créer des emplois, développer des compétences opérationnelles et intégrer des standards de qualité internationaux. Ce sont des acquis réels. La question est différente : dans quelle mesure cette présence transfère-t-elle la capacité à formuler, à concevoir, à innover sur le produit lui-même ? C'est ce transfert-là, plus profond et plus lent, qui conditionne la souveraineté industrielle à long terme.
Intégration industrielle vs souveraineté technologique
Cette distinction est fondamentale. Assembler un produit conçu ailleurs n'est pas maîtriser la technologie qui le rend possible. Une économie peut croître industriellement tout en continuant à importer l'essentiel de sa profondeur technologique. Et tant que cette profondeur reste importée, la croissance reste fragile, dépendante, incapable de produire la valeur patrimoniale que génère la maîtrise réelle.
Hermann Simon, dans ses travaux sur les chaînes de valeur industrielles [1], a nommé ce phénomène avec précision. Les entreprises qui dominent durablement leurs marchés ne sont pas celles qui produisent le produit final visible. Ce sont celles qui maîtrisent les composants invisibles qui rendent ces produits possibles : les adhésifs, les revêtements, les additifs, les catalyseurs. Qui contrôle ces couches intermédiaires contrôle la chaîne de valeur.
La chimie de spécialité n'est pas un secteur parmi d'autres dans cette équation : c'est l'infrastructure technologique silencieuse qui conditionne la performance de presque toutes les autres industries, de l'automobile aux batteries, du traitement de l'eau à l'aéronautique. Qui maîtrise la formulation conditionne la chaîne. Qui ne la maîtrise pas en dépend.
Les hidden champions : le modèle que le Maroc n'a pas encore construit
2 700 entreprises que personne ne connaît
Dans "Hidden Champions of the 21st Century", Hermann Simon documente un phénomène remarquable : il existe dans le monde environ 2 700 entreprises qui détiennent des positions de leader mondial absolu sur des niches techniques très étroites, et dont presque personne n'a jamais entendu parler [1]. Simon les appelle les hidden champions. Leur chiffre d'affaires est généralement inférieur à 5 milliards d'euros. Leur niche est souvent si précise qu'elle semble minuscule. Mais leur part de marché mondiale dépasse 50, 60, voire 70%.
Fait remarquable : 48% de ces champions cachés sont allemands, autrichiens ou suisses, des pays dont la culture industrielle valorise ce que Simon appelle la stratégie de profondeur plutôt que la stratégie de volume. Là où la stratégie de volume cherche à vendre beaucoup à beaucoup de clients, la stratégie de profondeur cherche à être irremplaçable sur un problème précis, pour un client précis, mieux que quiconque dans le monde.
Trois caractéristiques communes
Simon identifie trois caractéristiques partagées par tous ces champions. Une orientation client d'une intensité rare : ils connaissent chaque client, visitent chaque chantier, comprennent chaque problème avant de formuler chaque solution. Une innovation continue et concentrée sur la niche : ils ne cherchent pas à diversifier, ils approfondissent. Et une internationalisation précoce et agressive : ils adressent le marché mondial sur leur niche dès que la technologie est validée localement.
Les marges sont élevées. La fidélité client est quasi totale. La position est quasi impossible à attaquer par la concurrence prix. C'est le Mittelstand marocain qui manque : pas les grandes usines, pas les champions nationaux, mais des centaines de PME invisibles, chacune irremplaçable sur sa niche.
La valeur financière de la spécialisation
La stratégie de profondeur décrite par Simon a une traduction financière que les marchés mesurent objectivement. Les entreprises de chimie de commodité sont valorisées entre 3 et 8 fois leur EBITDA selon leur positionnement. Les entreprises de spécialité atteignent 10 à 20 fois, selon la profondeur de leur niche et les barrières à l'entrée [3]. Une PME marocaine générant 10 millions de dirhams d'EBITDA sur une niche de spécialité bien défendue vaut structurellement 50 à 100% de plus que la même PME positionnée sur la commodité.
Même dirigeant, même équipe, même chiffre d'affaires : valeur patrimoniale nettement supérieure. Ce n'est pas un détail comptable. C'est l'argument économique fondamental en faveur de la spécialisation : la profondeur vaut plus que le volume. Une PME marocaine qui devient, sur une niche précise, la référence incontestable pour ses clients au Maroc d'abord puis en Afrique, construit un actif structurellement défendable.
Les géants ne naissent pas géants. Ils naissent utiles, et ils le restent en devenant irremplaçables.
Kaspar Winkler : un hidden champion avant l'heure
En 1910, Kaspar Winkler fonde à Zurich une petite entreprise de chimie appliquée avec un imperméabilisant pour mortier baptisé Sika. Les premières années sont très difficiles. Le basculement intervient en 1918 : les Chemins de fer fédéraux suisses testent sa solution pour étanchéifier les tunnels du Gothard. Sika elle-même décrit ce contrat comme le tournant [2].
Winkler a appliqué instinctivement les trois principes de Simon : orientation client extrême, il connaissait les tunnels suisses, leur humidité, leur béton, leurs contraintes ; innovation concentrée sur la niche, imperméabiliser mieux que quiconque ; internationalisation précoce, une fois la technologie validée en Suisse, adresser le monde avec la même logique de profondeur. Résultat aujourd'hui : 11 milliards de francs suisses de chiffre d'affaires dans 103 pays, valorisée 31 milliards de dollars en bourse, soit 17 fois son EBITDA [3].
Le système suisse n'a pas offert à Winkler une subvention. Il lui a offert quelque chose de plus précieux : un premier client capable d'assumer un risque technologique raisonnable, et la liberté d'un entrepreneur qui prend lui-même le risque de sa conviction. C'est cette combinaison, initiative privée et premier client structurant, qui transforme une PME fragile en trajectoire de hidden champion.
Winkler avait le talent. Il avait aussi le système. C'est le système qui manque encore au Maroc, pas le talent. Face à ce diagnostic, une objection légitime se présente : et Miloud Chaabi ?
Chaabi et Winkler : deux contextes, deux stratégies, une même légitimité
Miloud Chaabi est une fierté nationale incontestable. Simon nous donne le cadre analytique non pas pour opposer son modèle à celui de Winkler, mais pour comprendre pourquoi les deux répondent à des contextes historiques différents et sont chacun admirables dans le leur. Chaabi a appliqué une stratégie de volume dans un contexte d'expansion historique : l'urbanisation rapide, les besoins massifs en construction, les privatisations des années 1990. Winkler a appliqué une stratégie de profondeur dans un contexte de marché mature où seule la maîtrise technique permettait de se différencier. Les deux modèles sont légitimes.
La différence pertinente n'est pas de valeur, c'est de reproductibilité. Les fenêtres historiques du type de celles qu'a saisies Chaabi ne sont pas infiniment disponibles. Les niches technologiques, elles, sont disponibles par centaines simultanément. Le Maroc peut produire un Chaabi par génération. Il peut produire mille hidden champions par décennie, si le système le permet.
La question n'est pas de choisir entre les deux modèles. C'est de créer les conditions pour que les deux coexistent, et que le second se multiplie là où le premier ne peut plus s'étendre.
Pourquoi le système bloque : hiérarchie des causes
Le problème marocain n'est pas l'absence d'entrepreneurs. Celui que l'on appelle le moul lkarrousa, celui qui pousse sa charrette, en est la démonstration quotidienne. Sans capital, sans réseau, sans filet, il prend son destin en main. Cette énergie entrepreneuriale est réelle, massive et sous-estimée. Mais entre cet élan et la création d'un hidden champion marocain, il y a un fossé de conditions, pas un fossé de talent.
Simon note que les hidden champions se développent dans des écosystèmes où trois éléments coexistent : un premier client exigeant qui prend le risque de l'essai, un accès au financement long terme, et une culture qui valorise la maîtrise technique profonde. Le Maroc manque des trois simultanément.
Le verrou principal : le premier client
Le système exige souvent des PME qu'elles aient déjà réussi avant de leur permettre d'essayer. C'est un cercle vicieux de qualification dont il est très difficile de sortir sans mécanisme délibéré de premier accès au marché. Une PME qui ne peut pas entrer dans la boucle ne peut pas démontrer sa valeur, ne peut donc pas être financée, ne peut pas certifier ses produits, reste invisible.
Les verrous financiers et institutionnels
Les banques financent les actifs tangibles, pas les formulations ni les certifications. Les zones industrielles sont pensées pour la production en série, pas pour l'expérimentation. Les capacités de certification locale restent insuffisantes pour les besoins des PME de spécialité, malgré le rôle réel d'institutions comme le LPEE.
Les verrous structurels de fond
La fiscalité défavorable à l'investissement productif, le fossé université-industrie, et les délais de paiement qui fragilisent les PME innovantes avant qu'elles puissent démontrer leur valeur : ces verrous sont réels mais plus lents à corriger. Ils n'en constituent pas moins un environnement qui rend difficile de tenir le temps long qu'exige la construction d'une niche technologique.
La perception du risque : le verrou invisible
Choisir un grand fournisseur international ne comporte quasiment aucun risque de carrière pour l'acheteur. Choisir une PME locale innovante crée une exposition personnelle forte. Cette asymétrie génère mécaniquement un biais en faveur des solutions importées, même lorsque des alternatives locales existent. Le problème touche autant les grands groupes privés que la commande publique.
Ce biais est documenté dans les cahiers des prescriptions spéciales des marchés publics. Malgré le décret n° 2-22-431 du 8 mars 2023 et la circulaire de préférence nationale de 2020 [6], des CPS accessibles sur le portail officiel continuent de spécifier des produits ou des standards compatibles avec un nombre très restreint de fournisseurs étrangers [7]. L'ingénieur reconduit ce qu'il connaît parce qu'aucun référentiel national de produits locaux certifiés ne lui offre d'alternative. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est l'absence d'un outil qui n'a jamais été construit.
Chaque acheteur industriel qui choisit un produit marocain à qualité équivalente ne fait pas un geste patriotique. Il fait un choix rationnel qui maintient des salaires d'ingénieurs au Maroc, des marges dans l'économie nationale, des compétences qui s'accumulent plutôt que de s'évaporer. La confiance se construit précédent par précédent, exactement comme les hidden champions ont construit leur réputation.
Ce qu'il faudrait construire : le modèle marocain
Ce que l'État a à y gagner
Simon conclut Hidden Champions par une observation essentielle : les pays qui ont le plus de champions cachés ne sont pas ceux qui ont eu les meilleures politiques industrielles formelles. Ce sont ceux qui ont su créer les conditions pour que des individus compétents puissent tenir assez longtemps pour avoir raison [4]. La meilleure politique industrielle n'est pas celle qui planifie depuis le haut. C'est celle qui libère l'initiative, protège l'entrepreneur du risque de ruine, et lui offre son premier marché.
En jouant le rôle de premier client structurant, l'État obtient trois avantages concrets : une solution mieux adaptée à ses conditions réelles que le produit standardisé importé, un prix compétitif parce que la structure de coûts d'une PME marocaine est fondamentalement plus légère que celle d'un fournisseur étranger, et une valeur ajoutée qui reste dans l'économie nationale. Ce n'est pas de l'altruisme industriel. C'est de la rationalité économique bien comprise.
Les deux leviers prioritaires
Réformer la commande publique pour qu'elle joue le rôle de premier client structurant : tester des produits locaux nouveaux, raccourcir les délais de paiement, renouveler si la qualité est au rendez-vous, et construire un référentiel national de produits locaux certifiés. Sans ce référentiel, la préférence nationale reste un vœu pieux.
Adapter les instruments de financement aux actifs immatériels : formulations, essais, certifications, savoir-faire. Pas uniquement aux murs et aux machines.
Les leviers complémentaires
La réforme du cadre juridique de l'insolvabilité commerciale, pour que l'échec entrepreneurial cesse d'être une disqualification. La création de plateformes d'expérimentation mutualisées où des PME partageraient services communs, propriété intellectuelle, juridique, certifications, marketing, tout en conservant leur agilité. Et la valorisation institutionnelle des premiers succès : le précédent vaut plus que n'importe quelle annonce.
Ce modèle repose in fine sur une condition que ni la politique industrielle ni le financement ne peuvent substituer : l'existence de fondateurs prêts à prendre le risque. L'entrepreneuriat industriel de spécialité n'est pas un choix de confort. C'est cinq à dix ans d'incertitude avant d'atteindre la maturité. Ce risque doit être valorisé socialement. Une société qui célèbre l'entrepreneur qui réussit mais stigmatise celui qui échoue ne produira pas de hidden champions. Elle produira des gestionnaires prudents.
Le modèle marocain : inspiré de Simon, taillé pour l'Afrique
Ce modèle est d'abord le nôtre, ancré dans la réalité industrielle marocaine, même s'il s'appuie sur le cadre analytique que Simon a documenté pour d'autres contextes. Un hidden champion marocain n'a pas besoin d'être top 3 mondial dès le départ. Il doit détenir une barrière technologique réelle, un procédé, une formulation, un savoir-faire non trivialisable, et être capable de survivre sans protection permanente de la commande publique.
La trajectoire réaliste est régionale avant d'être mondiale : Maroc, Afrique du Nord, Afrique francophone, Afrique subsaharienne. L'adaptation aux conditions régionales construit une barrière à l'entrée que les fournisseurs européens ne peuvent pas répliquer. Une fois la niche maîtrisée régionalement, la technologie devient exportable globalement. Winkler a commencé par les tunnels suisses. Le Winkler marocain commencera par les stations de dessalement du Souss.
Le profil du fondateur est central. Le profil manquant est le fondateur hybride : techniquement profond sur un problème concret, eau, matériaux, énergie, agriculture, maintenance industrielle, et commercialement capable de transformer cette profondeur en proposition de valeur. Il pense produit, pas projet. Il résiste au temps long. Et il a un rapport sain à l'échec : il apprend par itération. C'est ce profil que la troisième tribune de cette série cherchera à documenter.
Le hidden champion marocain n'est pas une copie du modèle allemand. C'est une mécanique à construire : une PME à barrière technologique réelle, qui commence par dominer une niche régionale africaine, qui survit sans rente publique permanente, et dont le fondateur est un techno-praticien capable de tenir dix ans sur un problème que personne d'autre ne résout mieux que lui.
Un pays ne construit pas ce tissu par voie d'injonction officielle. Il le construit en créant, une par une, les conditions qui permettent à ses fondateurs de tenir assez longtemps pour avoir raison.
Conclusion
Kaspar Winkler n'inaugurait pas une gigafactory en 1910. Il imperméabilisait un tunnel avec un mortier formulé dans son atelier, pour un client public qui avait accepté de lui faire confiance, et avec la conviction d'un entrepreneur qui avait décidé de prendre le risque de sa compétence. Ce geste modeste a fondé ce qu'on appellerait aujourd'hui un hidden champion.
Le Maroc a les ingénieurs, les marchés, les filières industrielles et la position géographique pour que cette trajectoire se répète sur des dizaines de niches. Ce qu'il lui manque, c'est la conviction collective que la souveraineté industrielle naît de milliers de monopoles techniques microscopiques, chacun défendu par un fondateur qui a eu le temps, les outils et le premier client pour transformer sa compétence en position durable.
Un pays ne devient pas industriellement souverain en accumulant de grandes usines. Il le devient quand ses PME spécialisées, armées de leur technologie et soutenues par un système qui leur laisse le temps d'avoir raison, deviennent une par une indispensables à leurs clients.
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Références
[1] Hermann Simon, Hidden Champions of the 21st Century : Success Strategies of Unknown World Market Leaders, Springer, 2009. Environ 2 700 hidden champions mondiaux, dont 48% dans les pays germanophones.
[2] Sika AG, Corporate History, sika.com/history : « After very difficult first years, the breakthrough came when the Swiss Federal Railways ran successful trials using Sika to waterproof the tunnels of the Gotthard section. »
[3] Sika AG, Résultats annuels 2024 : CA 11,76 Md CHF (~130 Md MAD), EBITDA 2,27 Md CHF, marge 19,3 %. Market cap ~31 Md USD, multiple ~17x EBITDA (mai 2025). EV/EBITDA chimie spécialité : 10-20x, commodité : 3-8x. Source : KPMG et PwC, Specialty Chemicals M&A Outlook 2024.
[4] Hermann Simon, Hidden Champions, op. cit., chapitre 11 : les pays à forte densité de hidden champions ont en commun des conditions permettant à des individus compétents de tenir sur une niche sur le long terme, indépendamment des politiques industrielles formelles.
[5] Commission Spéciale sur le Modèle de Développement (CSMD), Le Nouveau Modèle de Développement, Rapport Général, Rabat, 2021.
[6] Décret n° 2-22-431 du 8 mars 2023 relatif aux marchés publics, article 5. Circulaire du Chef du Gouvernement n° 15/2020 du 10 septembre 2020 relative à la préférence nationale.
[7] CPS n° DCT/TAO/54-15, Province de Taounate, APDN. Accessible sur marchespublics.gov.ma.
[8] Délais de paiement PME : rapport CGEM 2023. Haut-Commissariat au Plan, Enquête nationale sur les entreprises, 2023.
La chimie de formulation : l’angle mort de l’industrialisation marocaine
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