Carburants : Lahcen Daoudi dans l’impasse
Lahcen Daoudi était l'invité de l'émission Confidences de presse, sur 2M, dimanche 3 mars où il était question, entre autres, de débattre du plafonnement des marges des distributeurs de carburants. Un passage qui a clairement démontré que le ministre est dans l'impasse.
Lors de cette émission, Lahcen Daoudi n’a pas été convaincant sur le dossier des carburants.
Des questions esquivées, des réponses ambiguës, parfois incohérentes démontrent que ce dossier a été mal géré depuis la libéralisation jusqu'à aujourd’hui.
Voici les réponses les plus déconcertantes du ministre des Affaires générales et de la Gouvernance à ce sujet:
« Après la libéralisation, la concurrence entre les opérateurs devait pousser vers la baisse des prix. C’est la logique économique. Or, c’est le contraire qui s’est passé. La marge bénéficiaire de certains opérateurs a atteint jusqu’à 2,13 DH/ le litre. Alors que cette marge était de 0,65 DH pour le gasoil et 0,75 DH pour l’essence, partagée entre les distributeurs et les stations-service », avoue le ministre qui faisait partie du gouvernement qui a mis en place la réforme ayant conduit à de tels excès.
« Il est logique que les entreprises gagnent de l’argent mais pas qu’elles vident les poches des citoyens. L’idée du plafonnement est de fixer un niveau de marge maximale qui ne peut être dépassé par les opérateurs. La concurrence se fera en dessous de ce plafond », rappelle encore une fois le ministre.
Interpellé sur les raisons qui ont poussé le gouvernement à attendre autant de temps avant de plafonner les marges, Lahcen Daoudi justifie cela par l’absence du Conseil de la concurrence qui était gelé pendant plusieurs années.
« L’article 4 de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence exige l’avis du Conseil de la concurrence qui n’était pas opérationnel. Dès que le nouveau président a été nommé, je lui ai envoyé un courrier comme premier pas vers le plafonnement ».
Or, l’absence du Conseil de la concurrence n’a pas empêché le gouvernement d’opérer la libéralisation d’un secteur aussi stratégique, ni de donner le feu vert à des fusions et des concentrations d’entreprises, alors que la loi exige également l’avis du conseil dans ce domaine.
Le plafonnement n’est plus la solution
La réponse du Conseil de la concurrence n’a pas été en faveur de la stratégie du gouvernement qui pendant des mois limitait le débat dans ce secteur à cette question du plafonnement.
Le conseil a clairement désapprouvé l’application de l’article 4 de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence dans ce contexte car elle ne respecte pas les dispositions de cette législation.
Et quand bien même le gouvernement voudrait l’appliquer, vu que l’avis du conseil est consultatif, cette mesure ne serait ni un choix suffisant ni judicieux, du point de vue économique, concurrentiel et en termes de justice sociale.
En clair, le plafonnement n’est pas une solution.
« Je n’ai jamais dit que le plafonnement est LA solution. J’ai toujours dit qu’il est temporaire pour négocier », répond Lahcen Daoudi dans le cadre de l’émission sans pour autant expliquer ce que pourrait être la solution.
Vidéos et articles de presse attestent pour autant que toutes les déclarations de Lahcen Daoudi durant ces derniers mois tournent autour du plafonnement sans autres mesures à l’horizon.
Le plafonnement est tantôt utilisé comme menace pour contraindre les opérateurs à appliquer les baisses et maintenir des marges raisonnables, tantôt présenté comme une mesure que le gouvernement appliquera avec ou sans l’aval des opérateurs.
Cela dit, la question que tout le monde pose actuellement est de savoir si le plafonnement sera appliqué, comme promis, avant la fin du mois de mars.
« Nous espérons le faire à cette date. Mais l’avis du Conseil de la concurrence a changé les choses. Il est difficile pour le gouvernement de ne pas prendre en considération son avis qui porte sur l’aspect juridique de l’utilisation de l’article 4. Donc au lieu de faire un plafonnement unilatéral et pour agir dans le cadre de la loi, on a ouvert un débat avec les entreprises pour aller vers l’application d’un plafonnement concerté », répond le ministre.
Quid du prix final ?
Au-delà de la problématique de la marge, ce qui préoccupe réellement le citoyen c’est le prix final du litre de gasoil. Que ce dernier atteigne des proportions élevées.
« Si vous plafonnez les marges et que le cours du pétrole explose à 120 dollars par exemple, les opérateurs seront obligés d’augmenter les prix. Que compte faire le gouvernement à ce moment ? ». La question est posée par notre confrère Mehdi Michbal lors de l’émission.
Une question directe que le ministre esquive.
« Vous me posez des questions du genre si demain le ciel vous tombe dessus. Il est impossible que le baril atteigne les 120 dollars. S’il atteint ce prix il faut le trouver d’abord pour l’acheter », avance Daoudi.
Le ministre explique qu’il est impossible que le baril atteigne les 120 dollars car un tel niveau de prix ne pourrait s’expliquer que par la rareté du produit, ce qui ne se justifie pas sur le marché actuel puisque l’offre de pétrole est abondante. Or, le prix du baril était supérieur à 100 dollars en 2014, juste avant la libéralisation des prix au Maroc. En 2008, il avait même dépassé les 140 dollars à cause de la crise financière mondiale.
Une libéralisation mal préparée ?
« C’est facile de le dire aujourd’hui. Si je ne suivais pas le dossier à l’époque j’aurais dit la même chose », avance le ministre qui réfute l’idée selon laquelle la libéralisation du secteur des hydrocarbures a été mal préparée.
>> Lire aussi : Carburants: un marché non concurrentiel et oligopolistique
Les mêmes arguments reviennent sans cesse: un coût de la compensation dépassant les 50 MMDH, un déficit budgétaire record, gel des investissements, difficultés à emprunter à l’étranger …. Une situation qui a poussé le gouvernement à agir.
Soit. Mais qu’est-ce qui a empêché le gouvernement de mettre en place des mesures d’accompagnement au moment de la libéralisation comme le suivi des prix par exemple ?
« Les produits libéralisés sortent du viseur du gouvernement. Nous n’étions pas obligés de suivre les prix au jour le jour car le prix est libéralisé », répond le ministre.
« Je ne vais pas suivre le prix de la tomate et de la pomme de terre tous les jours et mettre en place une série statistique. C’est la même chose pour les carburants. On ne pouvait avoir la série statistique que lorsqu’on a mis en place l’application Mahatati », ajoute-t-il.
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