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ECONOMIE

Banque de projets d'import-substitution : un projet sur deux est refusé (MHE)

C’est ce qu’a révélé le ministre de l’Industrie lors d'une rencontre avec la CGEM. Pour lui, sur deux projets, un passe ; ce qui représente un taux de réussite exceptionnel. Les projets d’import-substitution validés jusque-là couvrent déjà 20,4 milliards d’importations soit 60% de l’objectif fixé en septembre dernier.

Banque de projets d'import-substitution : un projet sur deux est refusé (MHE)
M.M.
Le 17 février 2021 à 18h44 | Modifié 11 avril 2021 à 2h50

La politique d’import-substitution lancée par le ministre de l’Industrie semble prendre. Lancée en septembre, la banque de projets, principal outil de cette politique, est en phase de réaliser ses objectifs initiaux.

En septembre, lors du lancement de cette banque de projets, dans une dizaine de secteurs, qui visent à substituer une partie de ce que le Maroc importe en production locale, le ministre visait un objectif de substitution de 34 milliards de dirhams d’importations.

Dans une rencontre organisée hier par la CGEM, Moulay Hafid Elalamy a révélé que les projets validés jusque-là, dont certains sont déjà opérationnels, permettent déjà de couvrir 20,4 milliards de dirhams d’importations. Et vont même atteindre un chiffre de 14 milliards de dirhams à l’export contre un objectif initial d’au moins 17 milliards de dirhams.

Ce qui pousse le ministre à dire que le premier objectif des 34 milliards de substitution sera atteint dans les prochaines semaines. Et un nouvel objectif, avec de nouveaux projets, sera lancé pour atteindre un nouveau stade dans cette politique d’encouragement de la production nationale et de limitation des importations.

Mais l’histoire de cette banque de projets n’est pas toute rose. Puisque le ministre a révélé que tous les dossiers présentés ne passent pas forcément. Selon lui, sur 480 dossiers étudiés, 200 ont été validés par la « war room » qui statue sur les dossiers d’investissements.

Un taux de rejet qui a fait réagir certains intervenants de la rencontre qui ont interrogé le ministre sur les raisons de ces refus, et si finalement ces projets n’étaient destinés qu’à des acteurs qui ont pignon sur rue.

MHE : « Accompagner des projets qui ne vont pas réussir est un crime »

Réponse du ministre : « On n’accepte que des projets qui ont un sens. Si vous vous présentez avec un faux projet, je ne peux pas vous accompagner, ce serait un crime. Ce n’est pas parce qu’un projet est présenté qu’on doit l’accompagner. Il faut que le projet soit viable. Sur 480 projets présentés, 200 réussissent, c’est exceptionnel. C’est un taux de 50% de réussite ».

Certains intervenants se sont dit choqués par ces propos. Ce que MHE assume. « Je voulais justement choquer. Pour montrer que le Maroc a changé. Nous avons vécu par le passé des expériences désastreuses, et ces erreurs, on ne va plus les refaire », lance-t-il, tout en tempérant son discours qui paraît fortement inspiré de la théorie « des premiers de cordée ».

« Souvent, les projets ne sont pas refusés, mais retravaillés avec le porteur du projet ou réorientés vers d’autres niches. Mais parfois, les projets sont abandonnés. Et ces gens nous remercient parce qu’ils étaient sur le point d’engager leur épargne dans des projets qui présentent des failles », explique MHE.

Le ministre parle ainsi « d’un accompagnement sérieux et responsable ». « Et notre responsabilité, c’est de dire aux gens de faire attention quand ils présentent des projets non viables, de leur dire d’aller revoir leur copie. Cela leur permet de se rendre compte des failles de leurs projets et de redémarrer sur de nouvelles bases, de revoir leur business plan et d'éviter ainsi des échecs », souligne le ministre.

Pour répondre justement à ce souci de présentation de dossier « non bancables », le ministre a déclaré que son département a lancé il y a 48 heures un projet d’accompagnement dit "Tatwir Satrtup". « Ce projet est né pour accompagner les entrepreneurs dans toutes les étapes de leurs projets, mais aussi de réparer les projets en pré-incubation avant leur présentation », explique-t-il.

Benchaâboun : « Quand on demande le soutien de l’Etat, il y a des règles à respecter »

Présent à la même rencontre, le ministre des Finances Mohamed Benchaâboun rejoint son collègue à l’Industrie dans son raisonnement. En rappelant les grands principes qui guident l’acte d’investir au Maroc.

« Il y a de grands principes qu’il faut rappeler : l’acte d’investir est libre au Maroc. Il n’y a pas de contraintes, à part dans les secteurs régulés et qui sont très limités : banques, assurances, télécoms et audiovisuel. Mais à part cela, les gens sont libres d’investir, avec une liberté des prix et de la concurrence », explique le ministre.

Le cadre général posé, l’argentier du Royaume souligne par ailleurs que cette liberté totale d’entreprendre s’arrête « quand on demande l’accompagnement de l’Etat ou un soutien des finances publiques ». 

« Quand on demande de l’argent à l’Etat, il y a des règles qui ont pour finalité que l'accompagnement soit efficace. Que ça réponde à une vision de politique publique et de bonne gestion des deniers publics », a-t-il affirmé. « Mais tant qu’on ne demande rien à l’Etat, l’investissement est libre », ajoute-t-il.

Et la politique d’import-substitution, via son outil de la banque de projets, sollicite énormément le soutien et les finances publiques, il faut le dire.

En plus de l'accompagnement, les investisseurs qui s’inscrivent dans cette démarche bénéficient d'un arsenal de mesures de soutien, de subventions et d'aides en ayant recours à l'ensemble des programmes mis en place par l'Etat.

En termes de subventions, les investisseurs potentiels peuvent bénéficier par exemple de :

Subventions à l’investissement matériel et immatériel, pouvant aller jusqu’à 30% du montant d’investissement HT à travers le Fonds de Développement Industriel et d’Investissements.

Soutien à l’investissement de croissance et technologique pouvant atteindre 30% du projet d’investissement, pour les TPE ayant réalisé un CA HT inférieur ou égal à 10 MDH, au terme du dernier exercice clos, dans le cadre du programme ISTITMAR PME ou TPE de Maroc PME.

Prise en charge partielle de certaines dépenses comme l'acquisition du foncier potentiel (limite de 20% du coût du terrain), l'infrastructure externe (limite de 5% du montant d'investissement ou 10% pour le secteur de filature, tissage, ennoblissement) et à la formation (limite de 20% du coût de formation). Et ce, via le Fonds de Promotion des Investissements.

Aide à l’investissement sous forme d’une contribution de 10% au coût d’acquisition des biens d’équipement neufs, plafonné à 20 MDH, pour les projets, dont le montant d’investissement en biens d’équipement est supérieur à 2,5 MDH, hors droits d’importation et taxes. Une aide qui passe via le Fonds de Développement Énergétique.

Prime de 20% à l’investissement matériel, dédiée aux projets relevant du textile amont pour les projets d’extension, l’investissement en ITMO doit être au moins de 20 MDH. (Fonds de Finissage, Impression, Teinture). 

Idem pour les financements où l’Etat se porte garant à travers le programme « MEZZANINE PME » et « GREEN INVEST » de la CCG. Sans parler des avantages fiscaux comme l’exonération totale du droit d’importation des biens d’équipement, matériels et outillages nécessaires à la réalisation du projet d’investissement dont le montant est supérieur à 200 millions de dirhams. 

>> Lire aussi : Import-substitution. Voici pourquoi le gouvernement ne doit pas faire marche arrière

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M.M.
Le 17 février 2021 à 18h44

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