Baisse des exportations de Renault Maroc, faut-il s’inquiéter ?
A fin avril, le chiffre d’affaires à l’export de la construction automobile a reculé de 6,8%, selon l’Office des changes. Contacté par Médias24, Renault Maroc confirme un ralentissement des ventes dans certains marchés internationaux. Si la baisse se confirme, elle risque de porter un coup aux ambitions du Maroc pour ce secteur.
Selon les indicateurs des échanges extérieurs à fin avril de l’Office des changes, les exportations du secteur automobile ont stagné à 27 milliards de DH par rapport à la même période en 2018.
Si l’activité câblage se porte toujours bien (+6%), la construction automobile enregistre un recul de 6,8%, à 12,4 milliards de DH.
Contacté par Médias24, le groupe Renault confirme que "certains marchés automobiles internationaux ont enregistré un ralentissement de la croissance. Nos exportations varient en fonction de l’évolution de la demande commerciale de nos 74 pays destinataires".
Aucune précision n’est donnée sur l’évolution des ventes à l’export en unités. Le groupe ne se prononce pas non plus sur la tendance qu’il prévoit sur toute l’année. Mais compte tenu des prévisions mondiales de sa maison mère le groupe Renault France, rien ne pousse à l’optimisme.
Dans sa communication financière du 1er trimestre 2019, le constructeur automobile annonce une baisse de 5,6% de ses ventes dans un marché mondial qui décroît de 7,2%. Sur toute l’année 2019, il anticipe un repli de 1,6% du marché mondial. S’il parvient à faire mieux que le marché, une stagnation des ventes est espérée.
En 2018 aussi les ventes du constructeur étaient en baisse : -1,2% à périmètre constant (hors nouvelles marques acquises à l’international), dans un marché quasi stable cette fois (-0,3%).
Le Maroc a échappé en 2018 à cette conjoncture mondiale morose. Ses exportations de voitures avaient augmenté de 7,7%, à 358.779 unités, pour un chiffre d’affaires de 34,8 milliards de DH selon l’Office des changes (+10%).
La situation semble avoir changé, en tous les cas pendant les premiers mois de 2019, et le secteur a été rattrapé par le ralentissement mondial. Si la tendance se confirme, la baisse des exportations risque de porter un coup aux ambitions du Maroc.
1 million de véhicules à l'horizon 2022 ?
Le groupe Renault a une capacité de production de 420.000 véhicules par an (340.000 à Tanger et 80.000 à Casablanca). En 2018, 402.000 véhicules ont été produits, dont 358.779 ont été exportés et le reste a été écoulé sur le marché national.
Somaca travaille sur le doublement de sa capacité de production à l’horizon 2022. Ce qui portera la capacité globale du groupe à 500.000 véhicules par an. Ceci sans parler de l’usine PSA à Kénitra qui démarre avec une capacité de 100.000 véhicules qu’elle compte doubler à partir de 2020, et qui devrait être inaugurée prochainement selon nos sources.
Si la conjoncture mondiale ne se redresse pas, il sera difficile pour ces usines de tourner à plein régime, la capacité d’absorption du marché marocain étant limitée (160.000 unités par an dont déjà 44% pour le groupe Renault).
Surtout, cela affectera tout l’écosystème d’équipementiers qui dépendent des constructeurs. Plus de 200 équipementiers sont installés et 50 usines d’équipementiers de rang 1 sont en cours de construction.
Enfin, cela impactera la balance commerciale du Maroc, le secteur automobile étant devenu le premier secteur exportateur, devant celui des phosphates. Et éloignera le pays de son ambition de fabriquer plus d’un million de véhicules à l'horizon 2022 et de réaliser plus de 100 milliards de DH de chiffre d’affaires à l’export.
Notons que l’agence de notation internationale S&P a révisé à la baisse ses prévisions pour le secteur automobile en 2019 et s’attend à un ralentissement dans les principaux marchés du monde. Nouvelles normes en Europe, ralentissement de la croissance et guerre commerciale pour la Chine, montée des taux d’intérêt et des droits de douane aux Etats-Unis… Seuls des pays émergents comme la Russie, l’Inde et le Brésil se portent toujours bien.
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