Anouar Benazzouz : « ADM a besoin de l'appui de l'Etat pour honorer ses dettes »

Selon le directeur général d'ADM, le chiffre d'affaires chutera de 44% en 2020 par rapport au budget initial. A cause de l'état d'urgence sanitaire et de la pandémie, ses revenus se limiteront à 1,8 milliard de DH en 2020 alors que rien que le service de la dette s'élève à 3,6 milliards.

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Anouar Benazzouz : « ADM a besoin de l'appui de l'Etat pour honorer ses dettes »

Le 26 juin 2020 à 11:39

Modifié le 26 juin 2020 à 18:55

Medias24 : Comment qualifieriez-vous l'impact de la crise sanitaire sur votre activité ?

Anouar Bennazouz : Après la déclaration de l’état d’urgence sanitaire qui a imposé un confinement de toute la population et la restriction de la circulation entre les villes du Royaume, l’entrée en vigueur de ces mesures a eu un impact direct sur l’état du trafic au niveau de l’ensemble du réseau autoroutier national.

Cette situation a occasionné une baisse de la fréquentation de plus de 80% et par conséquent, une baisse équivalente de la recette de péage.

Compte tenu des variables et des inconnues de cette crise sanitaire, le comité directeur qui s’est réuni quotidiennement en comité de crise s’est attelé à mettre en place une stratégie de gestion de la crise, déclinée en mesures à mettre en œuvre immédiatement.

-Quelles sont les mesures de cette stratégie ?

La stratégie mise en place a eu pour objectif principaux :

- La protection des usagers et de l’ensemble des RH d'ADM et celles de son écosystème.

- La continuité du service public aux standards de sécurité à l’adresse des usagers contraints de se déplacer en cette période.

- La continuité d’un certain nombre de travaux de maintenance et de chantiers d’infrastructure complexes en cette période de faible trafic.

- La préservation de l’écosystème marocain en ces circonstances exceptionnelles et le maintien d’une activité minimale en régime réduit.

- L’optimisation de la trésorerie nécessaire, décalage des charges et disponibilité d'une liquidité minimale indispensable durant cette période pour atteindre les objectifs précités.

-La Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation a estimé, depuis le début de l'état d'urgence, la perte mensuelle d'ADM à 180 millions de dirhams, soit 540 MDH en 3 mois. Confirmez-vous ces chiffres et prévoyez-vous l'arrêt des pertes en juillet ?

Ce qui est important structurellement pour ADM n’est pas la perte du chiffre d’affaires, mais surtout l’engagement à honorer le service de la dette qui pèse lourdement sur la trésorerie annuelle.

Sachant que le service de la dette constitue la sortie de cash la plus importante (3,6 milliards de DH pour 2020 et 3,1 milliards de DH pour 2021). ADM reste structurellement fragilisée par ce dernier.

A ce propos, ADM a d’ailleurs entrepris plusieurs actions pour la restructuration de la dette, afin de la lisser sur des maturités à très long terme afin de réduire les intérêts annuels à payer.

Ainsi et vu l’impact de la crise, ADM a besoin du soutien crucial de l’Etat pour honorer ses engagements sur le service de dette.

-Justement, ADM avait une dette de 39 MMDH en 2018, soit 1,5 fois ses fonds propres. Avec la crise, y-a-t-il un risque d'explosion de la dette ?

Le niveau d’endettement d’ADM est resté maitrisé à un niveau de 39 MMDH.

ADM travaille étroitement avec l’Etat pour limiter l’impact de la crise sanitaire sur l’endettement afin de le contenir dans son niveau actuel.

Tout dépendra donc de la reprise du trafic sur le réseau, qui va sûrement prendre plusieurs mois avant le retour à la normale, et bien évidemment de la reprise réelle de l’activité économique.

-Vos prévisions financières pour 2020 ont dû être corrigées à la baisse, quel était le CA prévisionnel avant la crise et le chiffre ajusté post-crise ?

ADM estime une perte annuelle du chiffre d’affaire de 1,4 MMDH hors taxes versus un budget annuel initial de 3,2 MMDH.

En d’autres termes, le chiffre d'affaires HT post-crise 2020 sera donc de 1,8 MMDH au lieu de 3,2 MMDH pré-crise contre 3,1 MM HT en 2019.

-Avez-vous récupéré le crédit de TVA de 4,3 MMDH que l'Etat devait vous rembourser depuis 2018 ? Si non, avez-vous une visibilité ?

Le crédit de TVA d’ADM a été réduit à 3,8 MMDH, soit une récupération moyenne de 300 millions de DH annuellement.

ADM travaille toujours avec l’Etat pour trouver une solution définitive pour éponger la totalité du crédit de TVA.

-Quels ont été les projets gelés à cause de la crise ?

-L’ensemble des projets lancés ont été maintenus et finalisés, même durant le confinement.

Par contre, nous avons opéré une réadaptation du planning de lancement des nouveaux projets programmés en fonction de la situation de crise mais aucun projet n’a été annulé.

-Où en sont les projets de doublement et triplement de la voie comme à Casa-Berrechid et sur la rocade de Casablanca ?

-Les projets lancés du triplement des autoroutes de contournement de Casablanca et de Casablanca Berrechid sont à hauteur de 30% d’état d’avancement, en phase avec la planification initiale et ce malgré la crise grâce à la mobilisation d'ADM et de son écosystème.

-Y aura-t-il des licenciements ?

-Tous les moyens ont été maintenus et de nouvelles mesures ont été mises en place pour permettre au personnel de travailler dans de bonnes conditions :

- L’aménagement des conditions de travail pour limiter les déplacements (télétravail, pratiques de réunions virtuelles, équipements nécessaires, etc.).

- L’instauration d’un système de rotation des équipes contraintes d’assurer une présence physique pour les collaborateurs qui ne peuvent pas performer leurs tâches à distance.

- L’incitation du personnel à consommer les reliquats de congé (antérieurs à 2020 et/ou de l’année en cours).

- Le report du paiement de la prime de rendement.

- Le report des recrutements et des promotions en ligne avec les orientations gouvernementales.

-Comment se présente la reprise et à quand le retour à une activité normale ?

-Encore une fois, cela reste tributaire de la reprise du trafic et de l’activité économique et bien entendu de l’état sanitaire dans notre pays.

Le retour à la normale prendra donc plusieurs mois mais ce qui est sûr, c'est que ce ne sera pas en 2020.

Anouar Benazzouz : « ADM a besoin de l'appui de l'Etat pour honorer ses dettes »

Le 26 juin 2020 à11:39

Modifié le 26 juin 2020 à 18:55

Selon le directeur général d'ADM, le chiffre d'affaires chutera de 44% en 2020 par rapport au budget initial. A cause de l'état d'urgence sanitaire et de la pandémie, ses revenus se limiteront à 1,8 milliard de DH en 2020 alors que rien que le service de la dette s'élève à 3,6 milliards.

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Medias24 : Comment qualifieriez-vous l'impact de la crise sanitaire sur votre activité ?

Anouar Bennazouz : Après la déclaration de l’état d’urgence sanitaire qui a imposé un confinement de toute la population et la restriction de la circulation entre les villes du Royaume, l’entrée en vigueur de ces mesures a eu un impact direct sur l’état du trafic au niveau de l’ensemble du réseau autoroutier national.

Cette situation a occasionné une baisse de la fréquentation de plus de 80% et par conséquent, une baisse équivalente de la recette de péage.

Compte tenu des variables et des inconnues de cette crise sanitaire, le comité directeur qui s’est réuni quotidiennement en comité de crise s’est attelé à mettre en place une stratégie de gestion de la crise, déclinée en mesures à mettre en œuvre immédiatement.

-Quelles sont les mesures de cette stratégie ?

La stratégie mise en place a eu pour objectif principaux :

- La protection des usagers et de l’ensemble des RH d'ADM et celles de son écosystème.

- La continuité du service public aux standards de sécurité à l’adresse des usagers contraints de se déplacer en cette période.

- La continuité d’un certain nombre de travaux de maintenance et de chantiers d’infrastructure complexes en cette période de faible trafic.

- La préservation de l’écosystème marocain en ces circonstances exceptionnelles et le maintien d’une activité minimale en régime réduit.

- L’optimisation de la trésorerie nécessaire, décalage des charges et disponibilité d'une liquidité minimale indispensable durant cette période pour atteindre les objectifs précités.

-La Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation a estimé, depuis le début de l'état d'urgence, la perte mensuelle d'ADM à 180 millions de dirhams, soit 540 MDH en 3 mois. Confirmez-vous ces chiffres et prévoyez-vous l'arrêt des pertes en juillet ?

Ce qui est important structurellement pour ADM n’est pas la perte du chiffre d’affaires, mais surtout l’engagement à honorer le service de la dette qui pèse lourdement sur la trésorerie annuelle.

Sachant que le service de la dette constitue la sortie de cash la plus importante (3,6 milliards de DH pour 2020 et 3,1 milliards de DH pour 2021). ADM reste structurellement fragilisée par ce dernier.

A ce propos, ADM a d’ailleurs entrepris plusieurs actions pour la restructuration de la dette, afin de la lisser sur des maturités à très long terme afin de réduire les intérêts annuels à payer.

Ainsi et vu l’impact de la crise, ADM a besoin du soutien crucial de l’Etat pour honorer ses engagements sur le service de dette.

-Justement, ADM avait une dette de 39 MMDH en 2018, soit 1,5 fois ses fonds propres. Avec la crise, y-a-t-il un risque d'explosion de la dette ?

Le niveau d’endettement d’ADM est resté maitrisé à un niveau de 39 MMDH.

ADM travaille étroitement avec l’Etat pour limiter l’impact de la crise sanitaire sur l’endettement afin de le contenir dans son niveau actuel.

Tout dépendra donc de la reprise du trafic sur le réseau, qui va sûrement prendre plusieurs mois avant le retour à la normale, et bien évidemment de la reprise réelle de l’activité économique.

-Vos prévisions financières pour 2020 ont dû être corrigées à la baisse, quel était le CA prévisionnel avant la crise et le chiffre ajusté post-crise ?

ADM estime une perte annuelle du chiffre d’affaire de 1,4 MMDH hors taxes versus un budget annuel initial de 3,2 MMDH.

En d’autres termes, le chiffre d'affaires HT post-crise 2020 sera donc de 1,8 MMDH au lieu de 3,2 MMDH pré-crise contre 3,1 MM HT en 2019.

-Avez-vous récupéré le crédit de TVA de 4,3 MMDH que l'Etat devait vous rembourser depuis 2018 ? Si non, avez-vous une visibilité ?

Le crédit de TVA d’ADM a été réduit à 3,8 MMDH, soit une récupération moyenne de 300 millions de DH annuellement.

ADM travaille toujours avec l’Etat pour trouver une solution définitive pour éponger la totalité du crédit de TVA.

-Quels ont été les projets gelés à cause de la crise ?

-L’ensemble des projets lancés ont été maintenus et finalisés, même durant le confinement.

Par contre, nous avons opéré une réadaptation du planning de lancement des nouveaux projets programmés en fonction de la situation de crise mais aucun projet n’a été annulé.

-Où en sont les projets de doublement et triplement de la voie comme à Casa-Berrechid et sur la rocade de Casablanca ?

-Les projets lancés du triplement des autoroutes de contournement de Casablanca et de Casablanca Berrechid sont à hauteur de 30% d’état d’avancement, en phase avec la planification initiale et ce malgré la crise grâce à la mobilisation d'ADM et de son écosystème.

-Y aura-t-il des licenciements ?

-Tous les moyens ont été maintenus et de nouvelles mesures ont été mises en place pour permettre au personnel de travailler dans de bonnes conditions :

- L’aménagement des conditions de travail pour limiter les déplacements (télétravail, pratiques de réunions virtuelles, équipements nécessaires, etc.).

- L’instauration d’un système de rotation des équipes contraintes d’assurer une présence physique pour les collaborateurs qui ne peuvent pas performer leurs tâches à distance.

- L’incitation du personnel à consommer les reliquats de congé (antérieurs à 2020 et/ou de l’année en cours).

- Le report du paiement de la prime de rendement.

- Le report des recrutements et des promotions en ligne avec les orientations gouvernementales.

-Comment se présente la reprise et à quand le retour à une activité normale ?

-Encore une fois, cela reste tributaire de la reprise du trafic et de l’activité économique et bien entendu de l’état sanitaire dans notre pays.

Le retour à la normale prendra donc plusieurs mois mais ce qui est sûr, c'est que ce ne sera pas en 2020.

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