Venezuela: des pro-Maduro envahissent le Parlement
Des partisans du président vénézuélien Nicolas Maduro ont blessé mercredi cinq députés, dont trois avaient la tête en sang, après avoir pénétré violemment dans l'enceinte du Parlement, unique institution du pays contrôlée par l'opposition.
Près d'une centaine de personnes, certaines cagoulées, portant des bâtons et vêtues de rouge - la couleur du parti socialiste au pouvoir -, ont forcé le portail d'entrée du bâtiment et pénétré dans les jardins et les couloirs. Au moins trois étaient armées selon des témoignages de journalistes.
Elles ont lancé des pétards et grenades assourdissantes, provoquant le chaos et la panique, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Au milieu d'une épaisse fumée, les partisans du gouvernement ont alors agressé des députés d'opposition, obligeant les reporters à arrêter de filmer et photographier puis à quitter les lieux.
L'incident est survenu alors que le Venezuela traverse sa pire crise économique et politique depuis des décennies, secoué par une vague de manifestations demandant le départ du président Maduro et qui a fait 91 morts en trois mois.
Le président a nié toute implication : "Je condamne absolument ces faits. Je ne vais être complice d'aucune violence", a-t-il déclaré, affirmant avoir ordonné une enquête.
Julio Borges, président de l'Assemblée où l'opposition de centre droit est majoritaire depuis début 2016, a annoncé sur Twitter que "l'attaque" avait fait cinq blessés parmi les députés.
Le député Américo de Grazia "a eu des convulsions" et a été transporté à l'hôpital, a indiqué son collègue Juan Guaido, affirmant que les agresseurs avaient "des pierres, des bâtons et des couteaux".
Au moins deux employés du Parlement ont été blessés, selon plusieurs députés.
- Cérémonie improvisée -
M. Borges a attribué cette irruption à des "colectivos", des groupes de civils pro-gouvernement et, selon l'opposition, armés par l'exécutif.
"Cela fait tout aussi mal que de voir à quel point le pays court chaque jour à sa perte", a commenté le député Armando Armas, avant de monter à bord d'une ambulance, la tête couverte de bandages ensanglantés.
"Nous n'allons pas nous laisser intimider par ces actes de violence. Ici personne ne se rend face à cette dictature", a lancé le vice-président du Parlement, Freddy Guevara.
Les faits se sont produits au moment où le président vénézuélien assistait à un défilé militaire dans un autre endroit de Caracas, à l'occasion du 206e anniversaire de l'indépendance du Venezuela.
Plus tôt dans la matinée, avant l'arrivée des députés, le gouvernement avait improvisé une cérémonie dans l'hémicycle à l'occasion de cet anniversaire. Un épisode qui avait déjà fait monter la tension et suscité l'indignation de l'opposition.
Pendant que l'armée gardait le bâtiment du Parlement, le vice-président Tareck El Aissami, accompagné du ministre de la Défense et chef des armées Vladimir Padrino Lopez et de militants chavistes, avait prononcé un discours de 15 minutes.
"Ici, nous avons un président digne qui ne se rendra jamais et qui ne permettra pas non plus que le Venezuela soit colonisé par une puissance étrangère", avait déclaré M. El Aissami.
Le président Maduro, qui dénonce des projets visant à le renverser avec le soutien de Washington, a récemment lancé un projet d'assemblée Constituante, dont les membres seront élus le 30 juillet.
Selon le vice-président, changer la Constitution permettra d'"assurer définitivement l'indépendance" du Venezuela. Pour l'opposition, c'est une manoeuvre pour s'accrocher au pouvoir.
- "Phase terminale" -
"C'est un gouvernement en phase terminale, soutenu par les baïonnettes et les décisions de la Cour suprême", qui annule systématiquement tous les votes du Parlement depuis qu'il a basculé dans l'opposition, a affirmé le député et ex-président du Parlement Henry Ramos Allup.
Même s'il bénéficie du soutien de l'armée, M. Maduro est sous pression, critiqué jusque dans son propre camp par la procureure générale Luisa Ortega, dont la Cour suprême pourrait bientôt prononcer la destitution.
Dans ce contexte tendu, un pilote d'hélicoptère accusé de tentative de coup d'Etat a appelé dans une nouvelle vidéo à poursuivre les manifestations contre le pouvoir.
Activement recherché, Oscar Pérez, un drapeau vénézuélien déployé derrière lui, y affirme : "le moment de nous réveiller est venu (...) restons fermement mobilisés dans la rue".
Le 27 juin, ce policier pilotait un hélicoptère qui, selon le gouvernement, a lancé quatre grenades sur la Cour suprême, sans faire de victime. Une version des faits mise en doute par l'opposition et des analystes, qui suspectent un coup monté de l'exécutif.