Syrie: Al-Qaïda contrôle la majorité de la ville d'Idleb
Les combattants d'Al-Qaïda et leurs alliés contrôlaient samedi la majorité d'Idleb, la grande ville du nord-ouest de Syrie où les forces du régime ont dû reculer après de violents combats de rue, selon une ONG.
Une source de sécurité syrienne a reconnu à l'AFP que des "groupes terroristes se sont infiltrés dans les périphéries" de la ville et que les combats se poursuivaient pour les repousser.
Si Idleb est capturée, elle serait la deuxième capitale provinciale, après Raqa (nord), à échapper aux mains du régime de Bachar al-Assad en guerre contre les rebelles depuis plus de quatre ans.
Depuis le début mardi de l'offensive de la coalition rebelle menée par Al-Nosra pour s'emparer d'Idleb, plus de 130 combattants des deux bords ont été tués, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, "appuyé par Ahrar al-Cham et d'autres groupes rebelles islamistes, contrôle désormais la plupart des quartiers d'Idleb, à l'exception des bâtiments gouvernementaux et militaires", a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.
Les combattants de la coalition rebelle, qui se fait appeler "L'Armée de la conquête", sont entrés jeudi soir à Idleb. Depuis "les forces du régime reculent et se retranchent actuellement dans leurs casernes", a dit M. Abdel Rahmane.
"Des combats de rue ont eu lieu toute la nuit et se poursuivent jusqu'à ce matin", a-t-il précisé, faisant état d'"un grand nombre d'insurgés" impliqués dans l'assaut.
Un grand nombre d'habitants ont pris la fuite mais beaucoup d'autres restent dans la ville, a poursuivi le chef de l'OSDH, sans pouvoir préciser de chiffres.
La ville comptait près de 200.000 habitants avant le début du conflit en mars 2011, mais des milliers de déplacés par les combats étaient venus s'y installer.
Frontalière de la Turquie, la province d'Idleb est en grande partie sous le contrôle du Front Al-Nosra. Le régime y contrôle totalement encore les deux grandes villes de Jisr al-Choughour et Ariha, quelques petites localités, l'aéroport militaire d'Abou Douhour ainsi que cinq bases militaires.
La chaîne du Front Al-Nosra a posté samedi des vidéos sur YouTube, dont l'AFP ne peut confirmer l'authenticité, montrant des combattants déchirant et piétinant un poster du président Assad dans une rue qu'elle affirme être à Idleb.
Une autre vidéo diffusée, sous le titre "Retour des moujahidine à leurs maisons à Idleb", montre également des combattants et des civils s'étreignant et exprimant leur joie, l'un d'eux se prosternant sur un trottoir aux cris glorifiant Dieu et le prophète Mahomet.
"Grâce à Dieu et aux révolutionnaires, voici ma maison, je ne suis pas retourné ici depuis quatre ans. C'est notre quartier, c'est notre terre, si Dieu le veut, on va instaurer l'islam", s'exclame devant la caméra l'un des combattants.
En novembre, le Front Al-Nosra, qui combat à la fois le régime et ses rivaux rebelles, avait chassé plusieurs groupes rebelles modérés de la province.
A l'instar de son rival jihadiste, le groupe Etat islamique (EI) qui a proclamé son "califat" à cheval sur la Syrie et l'Irak, Al-Nosra entend fonder son propre "émirat" en Syrie selon des analystes.
Al-Nosra a rapidement progressé malgré les barils d'explosifs largués par l'armée de l'air syrienne, principal atout du régime dans sa guerre contre les rebelles.