Premier geste des Farc avec la libération de deux soldats en Colombie
La guérilla des Farc a relâché deux jeunes soldats mardi en Colombie, un premier geste avant la libération d'un général, également promise par la rébellion marxiste, pour relancer le processus de paix suspendu par les autorités.
Ces militaires professionnels de 23 et 24 ans ont été relâchés dans la matinée dans une zone rurale de la province d'Arauca près du Venezuela, où ils avaient été enlevés par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) le 9 novembre dernier lors de combats.
Remis à une mission humanitaire sous l'égide du Comité international de la Croix Rouge (CICR), ils ont été transférés en toute discrétion, après un rapide examen médical, en hélicoptère à l'aéroport voisin de la localité de Tame, et pris en charge par l'armée colombienne qui avait interrompu ses activités dans la région.
"Nous sommes heureux que ces deux personnes puissent retourner bientôt dans leur foyer où les attendent leurs familles", a déclaré Christoph Harmisch, chef de la délégation du CICR en Colombie, soulignant que l'organisme international avait agi "comme intermédiaire neutre et impartial".
Le ministre de l'Intérieur, Juan Fernando Cristo, a salué une "très bonne nouvelle pour le pays", dans un message sur Twitter.
A Carmen de Bolivar, la ville d'un des soldats libérés, ses proches ont laissé éclater leur joie après l'annonce de l'issue heureuse. "Heureux ! On veut le voir ici", s'est exclamé Nelson Rivera, oncle d'un des militaires, entre rires et larmes, sous l'objectif des caméras des télévisions nationales.
La remise en liberté des soldats constitue le premier pas vers une reprise des négociations, en cours depuis plus de deux ans à La Havane, afin de résoudre le plus vieux conflit d'Amérique latine, qui a fait 220.000 morts et 5,3 millions de déplacés en un demi-siècle, selon des chiffres officiels.
Les autorités exigent encore la libération très attendue du général Ruben Alzate et de ses accompagnateurs, un caporal et une conseillère de l'armée, enlevés le 16 novembre dans la province du Choco sur la côte Pacifique, lors d'une mission d'inspection d'un programme énergétique.
- 'un geste très important' -
Sitôt les soldats libérés en Colombie, la délégation des Farc à Cuba a réclamé à l'armée régulière colombienne de "suspendre immédiatement" ses opérations dans cette région, afin que leur remise en liberté se déroule "sans contre-temps".
Rappelant avoir "rempli les engagements pour cette "première étape", la guérilla a assuré qu'elle allait désormais "concentrer ses efforts pour la libération" du général.
La capture de cet officier expérimenté de 55 ans, appréhendé en civil et sans escorte dans des conditions restées floues, a bouleversé le pays et conduit le président Juan Manuel Santos à suspendre le dialogue de paix.
"La décision de ne pas négocier avec la vie des personnes détenues est un geste très important de paix qui renforce le processus", a expliqué à l'AFP Jorge Restrepo, directeur du Cerac, centre d'études spécialisé dans le conflit.
Toutefois, l'expert admet que toute atteinte à la santé d'un des prisonniers des Farc peut menacer le dialogue. "La tension restera maximale jusqu'à ce que les libérations soient effectives", estime-t-il.
La remise en liberté du plus haut gradé jamais détenu par les Farc s'annonce plus compliquée dans cette région pauvre et difficile d'accès, recouverte de forêt et de cours d'eau.
Les Farc ont reproché à plusieurs reprises au gouvernement de "mettre en danger" cette libération, en dénonçant des "débarquements de troupes", des "bombardements" et des "survols aériens".
L'armée doit par ailleurs faire face dans le Choco à la seconde guérilla colombienne, l'Armée de libération nationale (ELN), qui décrété une interdiction de circuler mardi et mercredi, une démonstration de force habituelle dans cette région où opèrent de nombreux groupes armés.
Fondées dans les années 60 dans la foulée d'une insurrection paysanne, les Farc et l'ELN sont les dernières guérillas d'extrême gauche encore en activité avec respectivement 8.000 et 2.500 combattants, essentiellement repliés dans les régions rurales de Colombie.