Petrobras évite de chiffrer ses pertes dues à la corruption, son bénéfice chute
Plongé dans un vaste scandale de corruption, le géant pétrolier brésilien Petrobras n'a pas chiffré mercredi - contrairement aux attentes du marché - le montant des préjudices subis en raison de l'affaire et a annoncé une chute de 9,07% de son bénéfice net au troisième trimestre 2014.
La plus grande entreprise et principal investisseur du pays a dévoilé mercredi à l'aube les résultats préliminaires du troisième trimestre 2014, par rapport à la même période de 2013, mais sans audit externe et sans inclure le montant des préjudices financiers qui résultent des détournements de fonds, pots-de-vins et surfacturation de travaux qui impliquent également les principales entreprises de construction brésiliennes.
"Le groupe réalise qu'il sera nécessaire de procéder à des ajustements de ses comptes pour introduire des modifications de la valeur de ses actifs fixes affectés par les contrats frauduleux passés (...)", indique Petrobras dans son communiqué.
Petrobras considère qu'il est "impossible" de calculer de "façon correcte, complète et définitive" les dépréciations d'actifs subies en raison du scandale de corruption qui a révélé en mars dernier l'existence d'un cartel d'entreprises de construction qui versait des dessous-de-table à certains directeurs pour obtenir de juteux contrats.
Le bénéfice de Petrobras qui a atteint 3,087 milliards de réais (environ 1,2 milliard de dollars) au 3e trimestre, en chute de 9,07%, est par ailleurs inférieur de 38% à celui du 2e trimestre 2014.
Après que l'annonce des résultats de l'entreprise publique eurent été reportés à deux reprises, Petrobras a voulu vis-à-vis du marché et de ses actionnaires dévoiler des résultats coûte que coûte, même incomplets.
La compagnie attribue ce mauvais résultat à la détérioration de la production et de l'exploitation du pétrole dans la période, à la dévaluation du réal face au dollar et à la suspension des travaux pour la construction de deux raffineries.
Le marché attendait en fait plus le montant du préjudice subi par Petrobras que le bénéfice trimestriel. Pour les opérateurs du marché, la dépréciation d'actifs varierait entre 10 et 20 milliards de dollars.
La réaction du marché été immédiate : peu après l'ouverture de la Bourse de Sao Paulo, à 12H40 GMT, l'action Petrobras chutait lourdement de 8,75%.
- Appel de Rousseff -
Trente neuf personnes au total, entrepreneurs de construction et ex-responsables du groupe pétrolier, sont soupçonnées d'être impliquées dans ce scandale, découvert en mars 2014.
Selon la police, les malversations au sein de Petrobras s'élèvent à près de quatre milliards de dollars en 10 ans.
Aucun acte d'accusation n'a encore été prononcé mais l'on soupçonne l'implication de plusieurs hommes politiques, certains proches de la présidente Dilma Rousseff.
Mardi, à la veille de la publication des résultats, Mme Rousseff a plaidé en faveur de Petrobras et des entreprises impliquées dans les malversations.
"Nous devons fermer la porte à la corruption. Mais nous ne pouvons absolument pas fermer la porte à la croissance, au progrès et à l'emploi", a clamé la chef de l'Etat lors de la première réunion ministérielle de son second mandat entamé le 1er janvier.
Sans critiquer l'action de la justice, Mme Rousseff a fait remarquer que la lutte contre la corruption "ne peut pas être synonyme de destruction des entreprises privées" qui sont "essentielles" pour l’économie brésilienne, dont la croissance en 2014 devrait être proche de zéro selon les experts. Elle a demandé que les sanctions visent les directeurs corrompus et non pas les entreprises.