Maraichage: appel au calme après un accord entre gouvernement et légumiers bretons
Le gouvernement a promis mercredi des aides dès la semaine prochaine aux légumiers bretons, les plus en difficulté face à l'effondrement des prix, suscitant aussitôt un appel au calme lancé par les représentants des producteurs.
"Dès la semaine prochaine ces exploitations seront aidées", "on mettra les moyens nécessaires pour régler les problèmes", a assuré le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll à l'issue d'une réunion de plus d'un heure et demi avec des représentants des producteurs.
Aucune "enveloppe prédéfinie" n'est dégagée, a-t-il toutefois indiqué.
Face à l'exaspération et à la colère qui monte dans les campagnes, Jean-François Jacob, patron de la Sica de Saint-Pol de Léon (premier groupement français de producteurs de légumes) s'exprimant au nom des représentants des légumiers bretons a lancé un appel au calme: "Nous avons des solutions, je suis rassuré", a-t-il dit.
"Oui, a-t-il reconnu, nous avons peur que ça s'embrase dans les campagnes, il y a de la détresse. Mais nous avons un dispositif pour les aides, il faut que tout le monde garde son calme", a-t-il ajouté. Tout en prévenant que les légumiers seront "vigilants dans les jours qui viennent" sur la mise en oeuvre de ces mesures.
Dans le détail, les solutions mises sur la table par Stéphane Le Foll sont de trois niveaux et devront être étendues à l'ensemble de la filière fruits et légumes, partout sur le territoire, a précisé le ministre, qui en recevra les représentants vendredi, avant un nouveau rendez-vous européen lundi à Milan.
Stéphane Le Foll entend d'abord demander à la Commission européenne "d'étendre la liste des produits éligibles" aux aides de soutien face à l'embargo russe, afin d'intégrer, entre autres, les productions bretonnes comme chou-fleur, artichaut et brocoli qui en étaient exclus. Il souhaite également des mesures de soutien au marché comme des retraits de marchandises ou la recherche de nouveaux clients pour désengorger le marché et juguler la chute des cours.
Ces propositions seront présentées au Conseil des ministres européens de l'agriculture qui se tient en Italie le 30 septembre.
Localement et "à court terme", les préfets de région devront évaluer la situation des exploitations "les plus en difficulté" afin de les aider "dès la semaine prochaine", sous forme de soutiens à la trésorerie mais aussi prises en charge de cotisations sociales, remboursements et exonérations de taxe sur le foncier non bâti.
- La colère, d'est en ouest -
Enfin, le ministre a promis qu'à moyen-terme ses services se donneront "les moyens" de rendre les contrôles "à la fois efficaces et acceptables" alors que les agriculteurs se disent étranglés par les contraintes réglementaires et environnementales, sources de friction et de tensions.
Ce sont les légumiers bretons qui ont poussé le premier cri de colère avec l'incendie la semaine dernière du centre des impôts et de la mutualité agricole à Morlaix (Finistère).
Mais depuis, les actions se multiplient, d'ouest en est dans le pays, la dernière en date, pendant que les représentants des producteurs se trouvaient à Paris au ministère: une cinquantaine de légumiers, des représentants d'éleveurs et du secteur horticole ont déversé mercredi matin des choux-fleurs devant la préfecture des Côtes-d'Armor à Saint-Brieuc et accroché des banderoles "Le Foll = paroles, place aux actes".
Dans la soirée de mardi ce sont des exploitants de Lorraine qui ont allumé des dizaines de feux de paille symboliques pour attirer l'attention des pouvoirs publics dont ils dénoncent "l'autisme", prenant le relais de leurs collègues de l'Ouest qui avaient déversé des tonnes de pommes de terre aux abords de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) "en soutien aux responsables" des coopératives en route pour Paris.
Chaque fois la même plainte et les mêmes revendications: à la fois un chiffre d'affaires en baisse dû à l'embargo russe sur les productions européennes dans une année de grosse production, et un "harcèlement" réglementaire et administratif.
"J'ai 24 taxes, 70 contrôles par an, et je dois remplir 32 documents déclaratifs", a pointé le chef d'une entreprise de cagettes à Saint-Brieuc, Philippe Samson, partenaire des agriculteurs. "Plus de 50% de nos résultats vont à l'État. Ça ne peut plus durer".
"Notre chiffre d'affaires, depuis plus d'un an, a baissé de 30% à cause des conditions climatiques, de la consommation qui recule, des charges qui augmentent et de l'embargo russe", résume également Jean-Luc Moulin, trésorier de "Terres de Saint-Malo", une des coopératives (85 producteurs) représentée mercredi au ministère avec celles de Saint-Pol de Léon (Finistère) et l'Union des coopératives de Paimpol et Tréguier (Côtes-d'Armor).
Dans ce contexte tendu, le syndicat majoritaire, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), essaie de reprendre l'initiative: son président, Xavier Beulin, a demandé rendez-vous au Premier ministre Manuel Valls après les manifestations paysannes de Morlaix (Finistère) et à la veille de réunir ses fédérations jeudi à Paris.
M. Beulin a aussi évoqué "l'exaspération qui grandit" dans une lettre à M. Valls que l'AFP a consultée.