img_pub
Rubriques

La Bosnie aux urnes sur fond de crise économique et divisions ethniques

m24-En-continu
Par
Le 12 octobre 2014 à 11h10

Les Bosniens votaient dimanche dans des élections générales dans un contexte de mécontentement social et de crise économique dans cette ex-république yougoslave où le scrutin a ravivé la rhétorique nationaliste et séparatiste.

Près de 20 ans après la guerre sanglante qui a fait environ 100.000 morts et dans laquelle se sont affrontées les principales communautés (musulmane, serbe et croate), la Bosnie, l'un des pays les plus pauvres d'Europe, reste ethniquement divisée.

L'accord de paix de Dayton (États-Unis) qui a mis un terme au conflit, a consacré la division du pays en deux entités - la Republika Srpska (serbe) et la Fédération croato-musulmane -, chacune avec un haut degré d'autonomie et unies par des faibles institutions centrales.

Près de 3,3 millions d'électeurs sont appelés à élire les trois membres (serbe, croate et musulman) de la présidence collégiale du pays, renouveler le Parlement central de même que les Assemblées des deux entités. En outre, l'entité serbe va également élire son propre président.

Les quelque 5.400 bureaux de vote ont ouvert à 05H00 GMT et fermeront à 17H00 GMT. Les premiers résultats seront annoncés à 22H00 GMT.

"J'ai voté contre ceux qui ont été au pouvoir car ils n'ont rien fait", dit Nadja Kadric, une bibliothécaire quinquagénaire, qui a voté par cette belle journée d'automne.

"J'espère que les jeunes iront voter très nombreux et qu'ils seront courageux pour choisir ceux qui n'ont jamais été au pouvoir", s'emporte-t-elle.

En Bosnie, "la crise sociale est de plus en plus profonde et le nombre de chômeurs augmente. Toutes les conditions pour une explosion sociale sont réunies", fait valoir l'analyste politique Enver Kazaz.

"Quels que soient ceux qui prendront le pouvoir, ils pourraient être très vite confrontés à un énorme mécontentement social", met en garde M. Kazaz.

La Bosnie, dont 18% des 3,8 millions d'habitants vivent dans une pauvreté extrême, a été secouée en février par une vague de manifestations sans précédent depuis la fin de la guerre contre la pauvreté et la corruption.

Dans ce pays où le chômage touche environ 44% de la population active, le salaire mensuel moyen est de 415 euros et les autorités tablent pour 2014 sur une croissance inférieure à 1%.

"Le pouvoir sortant n'a travaillé que pour son propre compte. Ils n'ont rien fait pour le peuple. Les retraités ont faim, les ouvriers ont faim", dénonce Hamza Rozajac, un retraité de Sarajevo.

- Rhétorique nationaliste -

Outre les problèmes économiques, la Bosnie s'est retrouvée à la traîne dans les Balkans en termes de rapprochement avec l'Union européenne à cause de permanentes querelles politiciennes interethniques.

Malgré les pressions de la communauté internationale, aucune réforme importante requise par Bruxelles n'a été adoptée récemment. L'UE demande notamment à la Bosnie d'amender sa Constitution, qualifiée en 2009 de discriminatoire à l'égard des communautés juive et rom par la Cour européenne des droits de l'homme. Bruxelles en a fait une condition pour permettre à la Bosnie de demander officiellement le statut de candidat à l'UE.

La dispute porte essentiellement sur le refus des Serbes d'accepter le renforcement des institutions de l’État central, souhaité par les musulmans.

Comme tous les quatre ans, lorsque le scrutin approche, les nationalistes serbes ont multiplié les menaces de sécession de leur entité. "L'objectif de ma politique est de transformer notre entité en un Etat!", a lancé le président sortant de l'entité serbe, Milorad Dodik, qui brigue un second mandat.

Pour le sociologue Ivan Sijakovic, ce genre d'échanges représentent "une formule déjà éprouvée auprès des électeurs et une manipulation" qui pourrait, une fois de plus, reconduire les nationalistes au pouvoir.

Mais Ivana Saric, une étudiante de Sarajevo, a décidé de donner sa voix à un petit parti multiethnique même si elle ne se fait pas d'illusions sur les résultats du scrutin.

"Les gens ont peur des changements majeurs. Peut-être sont-ils toujours traumatisés par le passé", estime-t-elle.

Par
Le 12 octobre 2014 à 11h10

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité