Grève à Air France: les syndicats restent déterminés à J+4
Le bras-de-fer continue: la nouvelle proposition d'Air France sur le développement de la filiale low cost Transavia n'a pas recueilli jeudi l'aval des pilotes et au quatrième jour de grève, six avions sur dix étaient toujours bloqués sur le tarmac.
Pour réagir à la concurrence toujours plus vive de ses concurrents à bas coûts, le groupe AF-KLM veut développer la flotte de Transavia en France en attirant des volontaires d'Air France. Il veut aussi ouvrir de nouvelles bases Transavia en Europe dès 2015, avec des pilotes sous contrats locaux.
La future Transavia Europe attise les craintes: les syndicats redoutent du "dumping social" au sein du groupe et des "délocalisations" au détriment des emplois français.
Après avoir proposé mardi de limiter temporairement l'extension de Transavia à 30 avions en France jusqu'en 2019, Air France a mis sur la table mercredi soir une deuxième offre: conclure avec les syndicats un accord délimitant précisément les activités de Transavia France, Hollande et Europe.
"Sur les villes de France où Transavia France va se développer, Transavia Europe ne viendra pas", a assuré jeudi le PDG du groupe Air France KLM Alexandre de Juniac sur RMC.
Cette proposition est "largement insuffisante pour protéger les emplois français", a répondu dans la matinée le syndicat majoritaire chez les pilotes (SNPL AF Alpa).
"On nous propose de protéger Orly et 3 villes, Lyon, Nantes et Toulouse, mais quid des autres villes? Et qui plus est, la garantie proposée est temporaire, de 3 à 6 mois", a expliqué à l'AFP Jean-Louis Barber, le président du syndicat.
La veille, le Spaf (deuxième syndicat) avait déjà jugé l'offre "pas acceptable".
"Il n'y a aucune amélioration après près de 40 heures de négociations", a déploré M. de Juniac. "J'en viens à me demander s'il y a vraiment (chez les syndicats) une volonté de négocier", dit-il.
Les négociations doivent reprendre dans l'après-midi.
- Des taux de mobilisation contestés -
Depuis lundi, et malgré l'appel mercredi du Premier ministre Manuel Valls à "arrêter cette grève", le mouvement reste massivement suivi. Comme pour les jours précédents, 60% des pilotes se sont déclarés grévistes, selon la direction, davantage selon le SNPL qui évoque désormais le chiffre de 80%.
En conséquence, seuls quatre avions sur dix (42%) doivent décoller dans la journée, une proportion similaire à la veille. Là aussi, le SNPL affirme que ce chiffre, qui intègre notamment des vols Hop! sous numéro Air France, "minimise l'ampleur de la mobilisation".
Jusqu'à présent, Air France n'a pas réussi à rassurer les pilotes. Les syndicats ne se disent pas hostiles à la croissance de la low cost mais conditionnent leur soutien à la mise en place d'un contrat de pilote unique pour les gros avions de toutes les compagnies du groupe Air France (Air France, Transavia, Hop!), qui préserve leurs conditions de travail.
M. de Juniac a encore repoussé jeudi cette demande, car aux conditions d'Air France, "Transavia ne pourrait pas se développer".
Dans les aéroports, où le taux d'annulation dépasse jeudi les 80% à Toulouse et Marseille, la situation est restée calme jusqu'à présent. Aucun vol n'a été annulé à chaud, et les passagers ont été la plupart du temps prévenus en amont, Air France ayant envoyé plus d'un million de messages.
A Paris, le trafic était "plus ou moins identique" aux journées précédentes, avec près de 60% d'annulations à Roissy et 50% à Orly.
La compagnie recommande toujours à ses clients ayant un vol d'ici au 22 septembre de reporter leur voyage ou de changer leur billet sans frais.
Le SNPL annoncera samedi si ses adhérents décident de reconduire au-delà de lundi le mouvement. Par précaution, en attendant le résultat de la consultation en cours, le syndicat a confirmé avoir déposé un nouveau préavis de grève de quatre jours, jusqu'au 26 septembre. Le Spaf a lui étendu son préavis de deux jours, jusqu'au 22. Celui d'Alter (non représentatif) court jusqu'au 20.
Un mouvement d'une semaine serait le plus long conflit mené par des pilotes d'Air France depuis 1998. La direction évalue son coût de 10 à 15 millions d'euros par jour, hors dédommagements.