Gérard Brémond, le fondu de jazz qui inventa la “nouvelle propriété” de Pierre & Vacances
Il rêvait d'être musicien de jazz mais est devenu un grand nom du tourisme français: Gérard Brémond, fondateur du groupe Pierre & Vacances, est mort à 88 ans après avoir construit en cinquante ans le leader européen de la résidence de tourisme, sur un modèle considéré comme précurseur par ses pairs.
Il s'était "résigné à revenir à la construction, comme (son) grand-père et (son) père" car "un fossé énorme (le) séparait non seulement des génies du jazz, mais même des bons musiciens", confiait-il à l'AFP en 2007. Sans abandonner toutefois sa passion musicale puisqu'il avait acquis plus tard la radio TSF Jazz et le club parisien Le Duc des Lombards.
Un diplôme de sciences économiques en poche, Gérard Brémond se voit confier en 1967, à l'âge de 25 ans, par son père promoteur immobilier le projet de station de montagne voulu par le champion olympique de ski Jean Vuarnet: cela deviendra Avoriaz, dans les Alpes françaises.
Le dirigeant en parlait comme de "la chance de (sa) vie": "j'ai fait Avoriaz, et Avoriaz m'a fait. C'est devenu l'acte fondateur d'un groupe dont je n'aurais jamais imaginé qu'il prendrait une telle dimension".
Car avec Pierre & Vacances, Gérard Brémond invente le concept de la "nouvelle propriété": des particuliers achètent des appartements secondaires qu'ils confient en location au groupe, tout en se réservant des droits de séjour. Un concept qu'il duplique "à la mer et à la montagne", en rachetant des terrains aux Ménuires, à Val d'Isère, Juan-les-Pins et Sainte-Maxime.
- "Réanimer des lieux" -
Ses pairs saluent son caractère visionnaire. "Pour moi, d'abord, c'est un immense entrepreneur", a réagi jeudi auprès de l'AFP Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde.
"Vous avez trois personnes comme ça qui ont fait des choses exceptionnelles dans ce métier. C'est bien sûr Gilbert Trigano avec le Club Med (...). Vous avez Jacques Maillot qui a lancé le voyage pour tous (le fondateur de Nouvelles Frontières, NDLR) (...) Et vous avez Gérard", avec ses résidences et "un financement très original", dit-il.
Aujourd'hui le groupe, coté en Bourse depuis 1999, compte 12.000 salariés et possède les marques Pierre & Vacances, Center Parcs (acquise en 2003), Maeva (rachetée en 2001) et Adagio, issue d'une co-entreprise créée avec le groupe Accor en 1997.
"Gérard Brémond est un grand entrepreneur qui a révolutionné le marché du tourisme en inventant de nouvelles techniques de financement et de propriété", confiait il y a quelques années à l'AFP l'ancien président de la République François Hollande, qui le connaissait bien. "Il a su réanimer des lieux, aussi bien en montagne que dans l'espace rural."
Malgré ses réussites, le patron, resté 54 ans à la tête du groupe, avait dû laisser la main en 2022, après le Covid-19 qu'il avait qualifié de "cataclysme".
- "Dans la dignité" -
"Nos établissements étaient fermés, on n'avait pas le droit de recevoir nos clients, on a perdu 800 millions d'euros de chiffre d'affaires, ça a été un véritable cauchemar, et ce cauchemar, vous comme moi, on le paie aujourd'hui", avait-il dit en juillet 2022 à ses actionnaires.
Lourdement endetté, le groupe avait été sauvé de la faillite par un consortium d'investisseurs et ses principaux créanciers, la restructuration s'accompagnant d'un changement de contrôle.
"Forcément, cela a été douloureux, mais c'était douloureux dans la dignité, je ne l'ai jamais entendu se plaindre des nouveaux actionnaires ou de Franck Gervais (le directeur général de Pierre et Vacances-Center Parcs, NDLR), jamais. Ce n'était pas un fondateur grincheux qui critiquait ses successeurs", souligne Jean-François Rial.
Ce dernier met en avant "l'homme d'esprit", qui continuait de s'intéresser à tous les sujets, comme le numérique et l'environnement, malgré la maladie.