Etats-Unis: la Fed toujours patiente avant de relever les taux
La Réserve Fédérale américaine (Fed) a laissé les taux d'intérêt inchangés proches de zéro mercredi, réaffirmant qu'elle sera "patiente" avant de normaliser la politique monétaire et soulignant le rythme "solide" de la croissance économique.
Comme attendu, le Comité de politique monétaire (FOMC) de la banque centrale des Etats-Unis a maintenu ses taux directeurs entre 0% et 0,25%, leur niveau depuis 2008. La Fed a également souligné le rythme d'expansion "solide" de la première économie mondiale.
Le rythme de croissance de l'économie américaine a en effet atteint un sommet en 11 ans au 3e trimestre, à 5% en rythme annualisé, mais il devrait ralentir autour de 3,2% au dernier trimestre, selon les analystes. Une première estimation officielle sera dévoilée vendredi par le gouvernement.
Dans son communiqué, la Fed signale aussi les "fortes créations d'emplois" alors que le taux de chômage a glissé à 5,6%, au plus bas depuis juin 2008. Le secteur immobilier en revanche est toujours "lent" dans sa reprise.
Le FOMC note aussi que les dépenses de consommation ont augmenté modérément mais il souligne que "le récent déclin des prix de l'énergie a dopé le pouvoir d'achat des ménages".
A l'heure d'une chute des cours mondiaux du pétrole et d'un net raffermissement du dollar, qui rend les importations encore meilleur marché, le Comité a les yeux braqués sur l'inflation qu'il dit "surveiller de près".
- l'inflation baissera à court terme -
Fait nouveau, la Fed reconnaît que l'inflation risque de baisser davantage dans les mois à venir mais le Comité se dit confiant dans le fait que la hausse des prix va regagner le niveau de 2% à moyen terme une fois que les effets "provisoires" des bas prix de l'énergie vont se dissiper.
L'inflation se situe actuellement à 1,2% en rythme annuel, selon l'indice associé aux dépenses de consommation (PCE).
Les membres du FOMC ne mentionnent expressément ni l'appréciation du dollar ni le ralentissement de l'économie mondiale. Mais ils disent néanmoins prendre en compte "les développements internationaux" dans leur évaluation de l'évolution de la politique monétaire.
"Le Comité juge qu'il peut être patient avant de commencer à normaliser sa politique monétaire", redit le FOMC dans un communiqué très semblable à celui de la précédente réunion de décembre. Les membres du Comité ont toutefois définitivement abandonné cette fois-ci toute référence à une "période de temps considérable" avant une première hausse des taux, la formule en vigueur jusqu'à maintenant.
Mercredi aucune conférence de presse n'était prévue pour la présidente, Janet Yellen, qui termine, avec cette réunion, sa première année à la tête de la banque centrale.
En décembre, Mme Yellen avait indiqué que toute hausse des taux était "peu probable" au cours des deux prochaines réunions, c'est-à-dire jusqu'en avril.
Les marchés s'attendent à une hausse des taux d'intérêt - la première depuis 2006 - pour le mois de juin, voire septembre. Cela implique que les actuels voeux de "patience" pourraient disparaître du communiqué du FOMC à partir de la prochaine réunion des 17 et 18 mars, conformément à la volonté de la Fed de signaler par avance l'orientation de sa politique monétaire.
Contrairement à la précédente réunion, l'ensemble des membres du Comité ont voté pour la décision de la Fed et son message d'orientation monétaire.
Cela reflète les changements dans la composition du FOMC qui a accueilli de nouveaux membres selon les principes traditionnels de rotation.
Ainsi les trois dissidents du dernier FOMC, les "faucons" Charles Plosser et Richard Fisher, partisans de davantage de rigueur monétaire et Narayana Kocherlakota, du clan des "colombes", ne sont plus membres votants.