Colombie: réunion à Cuba pour remettre le dialogue de paix sur les rails
Représentants du gouvernement colombien et les Farc se retrouvent mardi à Cuba pour poser les bases d'une reprise du processus de paix qui vient de traverser une crise sans précédent avec l'enlèvement d'un général par la guérilla.
"Nous allons voir quelle est la disposition, la promptitude, la volonté des Farc" pour fixer les modalités d'une reprise des négociations, a commenté à l'AFP une source de la délégation du gouvernement colombien peu après le début de la réunion à 10h00 locales (15h00 GMT).
Dépêchée pour deux jours à Cuba au lendemain de la libération de l'officier supérieur par la rébellion marxiste, la délégation menée par l'ex-vice-président colombien Humberto de La Calle a pour mission de "voir où en est le processus" et de "faire un examen à froid, objectif du processus" de paix, selon le président Juan Manuel Santos.
Ces pourparlers, ouverts en novembre 2012 dans la capitale cubaine, visent à résoudre le conflit le plus ancien d'Amérique latine, qui a fait 220.000 morts et 5,3 millions de déplacés en un demi-siècle, selon des chiffres officiels.
Les discussions sont suspendues par Bogota depuis le 16 novembre, date de la capture du général Ruben Alzate dans l'ouest du pays.
Au terme de ces deux semaines d'incertitude, qui constituent la plus importante crise ayant émaillé les pourparlers, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) entendent bien capitaliser sur la bonne volonté affichée ces derniers jours vis à vis de Bogota.
- L'armistice, un 'thème central' -
Ainsi, après avoir libéré sans renâcler deux soldats la semaine dernière, puis le général et ses deux accompagnateurs dimanche, les Farc peuvent remettre sur la table la question d'un cessez-le feu, jusqu'à présent rejetée par le gouvernement.
"Le gouvernement a rompu la confiance (...) le processus (de paix) doit être protégé par un armistice", a déclaré lundi soir à l'AFP le numéro deux des Farc Ivan Marquez.
Mais M. Santos maintient son opposition à tout cessez-le-feu, option qu'il a toujours écartée même lorsque les Farc ont décrété des trêves en novembre 2012 et en décembre 2013. Selon lui les rebelles pourraient mettre à profit la suspension des combats pour se renforcer militairement.
"Je pense que le processus de paix entre dans une phase de léthargie, pas seulement à cause des fêtes de Noël et du Nouvel An, mais aussi parce que les Farc vont profiter de la libération (des cinq prisonniers) pour trouver l'espace de négocier un cessez-le-feu bilatéral ou un armistice partiel", explique à l'AFP Jairo Libreros, de l'Université Externado de Colombie. Selon lui, "la question d'un armistice va devenir un thème central".
Pour un diplomate latino-américain qui suit de près les pourparlers, le gouvernement colombien se trouve dans une position délicate. "Un général a été fait prisonnier, et de surcroît (...) ils n'ont pas pu le libérer, étant contraints de s'en remettre à la bonne volonté de la guérilla".
Le chef de la délégation gouvernementale à La Havane Humberto de la Calle a fait part dimanche soir de sa volonté d'aboutir à des "décisions rapides" pour permettre une "désescalade du conflit". Il a aussi appelé les Farc à "passer de la discussion à l'action".
Par ailleurs en Colombie, le général Alzate, plus haut gradé jamais tombé aux mains des Farc, a annoncé la fin de sa carrière, après la polémique provoquée par sa capture, vécue comme un véritable choc en Colombie. Un trouble aggravé par une photo postée par les Farc sur Twitter montrant le général bras dessus-bras dessous avec un commandant rebelle.
Capturé en civil et sans escorte lors d'une mission dans le Choco, une des régions les plus pauvres du pays, le général a reconnu n'avoir "pas appliqué les procédures de sécurité", expliquant avoir voulu gagner la confiance d'une population qui "mérite notre attention".