Air France: négociations marathon, la grève des pilotes ne s'essouffle pas
D'âpres négociations autour du développement de la low cost Transavia France, filiale d'Air France, devaient se poursuivre vendredi après-midi, au douzième jour de la grève des pilotes de la compagnie aérienne qui continue de clouer au sol la moitié de ses avions.
La compagnie a prévu d'assurer plus d'un vol sur deux samedi, une légère amélioration par rapport à la veille (48%). Vendredi, les taux d'annulation restent très élevés à Marseille (85%), Toulouse (84%) et Nice (69%), contrairement à Rennes (25%).
A Roissy, l'impact de la grève est "conforme aux prévisions", avec "près de 50% de vols annulés", selon une source aéroportuaire, qui évoque un chiffre inférieur (47%) pour Orly.
Même en cas de sortie de crise, le retour à la normale dans les aéroports ne s'effectuerait pas avant deux ou trois jours.
A la Bourse, l'enlisement des négociations, dont la reprise a été repoussée à 17H00, s'est traduit par une baisse de 15% du titre Air France-KLM depuis le 11 septembre.
Que réclament les grévistes, qui ont obtenu mercredi le retrait définitif de Transavia Europe ? L'assurance que leur statut Air France ne sera pas menacé par la montée en puissance de Transavia France.
"Aucun pilote d’Air France n’acceptera de partir chez Transavia si on lui impose la conclusion d’un nouveau contrat de travail Transavia". Inflexibles, les syndicats n'entendent pas lever leur préavis de grève tant que des garanties ne leur seront pas apportées.
Celui du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL, majoritaire) court jusqu'à mardi 30 septembre inclus. Le Spaf, deuxième syndicat représentatif, s'est aligné vendredi sur cette date, accusant la direction d'être "responsable du pourrissement de la situation".
Comme depuis le 15 septembre, au premier jour de la mobilisation, les grévistes resteront majoritaires samedi, à 57% selon les chiffres communiqués par l'entreprise.
Les professionnels du ciel redoutent que Transavia France (14 avions aujourd'hui) ne prennent à terme le dessus sur la grande soeur, Air France, où les conditions de travail sont plus avantageuses.
Et, surtout, "que demain Transavia devienne la norme d'embauche des pilotes et la porte d'entrée chez Air France", selon le Spaf.
Si les syndicats semblaient prêts à faire des concessions, ils réclament cependant un "contrat unique", pour ne pas scinder le corps des pilotes en deux, explique une source proche du dossier.
- 'Plein soutien' à la direction -
Pour les grévistes, les doutes ne seront levés qu'avec la création de ce "contrat unique" partagé par tous les pilotes du groupe Air France-KLM, avec des conditions de travail proches de celles en vigueur chez Air France.
Une exigence "totalement contraire" au projet Transavia France, a tranché le conseil d'administration de la compagnie aérienne franco-néerlandaise, réuni jeudi soir, qui a accordé son "plein soutien" à la direction.
Impossible de faire du low cost, expliquent les dirigeants, en conservant les règles traditionnelles qui régissent les compagnies classiques.
Le statut des pilotes d'Air France leur confère notamment des temps de récupération plus longs et une charge de travail moins élevée (600 h de vol en moyenne contre 700 à 800 h) que les personnels naviguant dans les compagnies à bas coûts.
AF-KLM, numéro deux européen derrière l'allemand Lufthansa, n'entend pas sacrifier ses ambitions dans le transport aérien à bas coût, où se nichent des "opportunités de croissance", selon le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac.
Son plan stratégique "Perform 2020", qui prendra en janvier le relais du plan de restructuration "Transform 2015", vise à tenter de combler le retard pris face à Ryanair et easyJet, les deux poids lourds du secteur.
La poursuite du mouvement, si elle ne semble pas souffrir de contestation chez les pilotes, a suscité une levée de boucliers parmi les autres catégories de personnel.
Vendredi midi, une manifestation de salariés opposés à la grève a rassemblé "au maximum 200 personnes" devant le siège d'Air France à Roissy, selon une source aéroportuaire.
La grève, d'une durée record pour les pilotes, coûterait 15 à 20 millions d'euros par jour, selon les chiffres de la direction. Soit une facture qui atteint vendredi entre 180 et 240 millions d'euros.
L'Union des Aéroports de France, la Fédération nationale de l'aviation marchande et des professionnels du voyage ont stigmatisé dans un communiqué commun un "conflit d'un autre âge", "catastrophique pour le secteur aérien français".