Accord en vue sur le conflit gazier, l'Europe appelée à jouer le banquier
Un accord entre l'Ukraine et la Russie pour régler leur contentieux gazier était en vue jeudi, avec l'UE appelée à passer à la caisse pour aider Kiev à payer ses factures.
La délégation russe, qui avait regagné Moscou aux aurores après une nuit de négociations infructueuses, était en route jeudi après-midi pour Bruxelles, a annoncé à l'AFP le porte-parole du géant gazier russe Gazprom, Sergueï Kouprianov.
"Nous nous attendons à ce que l'Ukraine et la Commission européenne trouvent un accord" sur le financement de la dette gazière ukrainienne, qui était une condition clé pour la reprise des négociations, a-t-il précisé.
Un accord a été trouvé sur le prix et le cadre global, selon une source diplomatique. Mais sa signature dépend du soutien financier de l'Union européenne à l'Ukraine pour lui permettre de solder une partie de ses impayés au géant russe Gazprom et de régler en avance une nouvelle commande.
Le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, avait estimé mercredi que Kiev et la Commission européenne devaient notamment se mettre d'accord sur un protocole bilatéral prévoyant des garanties financières européennes pour l'Ukraine. Il avait affirmé jeudi que les négociations ne reprendraient qu'en cas d'accord entre Kiev et l'UE. Sinon les négociations "n'ont pas de sens", avait insisté M. Kouprianov.
Les Russes "attendent une fumée blanche au dessus du Berlaymont pour revenir à Bruxelles", avait confié une source proche des négociations, en allusion au bâtiment abritant le siège de la Commission européenne.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a appelé à plusieurs reprises mercredi le président Petro Porochenko. Il a ensuite appelé "toutes les parties à conclure les négociations", assurant qu'un accord était "à portée de main".
L'UE devait convaincre les nouveaux dirigeants pro-occidentaux ukrainiens de solder leur dette. Mais ces derniers redoutent que les Européens ne relâchent la pression sur Moscou une fois qu'ils ne craindront plus une rupture de leurs approvisionnements en gaz, a commenté une source proche des négociations.
L'Ukraine a demandé à l'UE la semaine dernière une ligne de crédit de deux milliards d'euros. Jeudi, le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, a indiqué qu'il allait demander aux Etats-Unis et à l'Allemagne d'aider son pays à payer sa dette.
- Acheter du gaz ou des armes -
Avant de quitter ses fonctions vendredi, le commissaire européen à l'Energie, Günther Oettinger, est déterminé à arracher un accord pour sécuriser l'acheminement des achats européens de gaz russe transitant par l'Ukraine. Mais l'UE ne peut pas régler les factures impayées de Naftogaz, a précisé à l'AFP une source communautaire.
Rappelant que l'Ukraine avait "déjà obtenu des milliards d'aide" du FMI et de l'UE, M. Oettinger a affirmé qu'elle devait "en utiliser une partie" pour acheter du gaz, en notant qu'elle avait d'autres dépenses comme "reconstruire des routes" ou "acheter des armes".
L'UE a besoin chaque année de 450 milliards de m3 de gaz pour sa consommation. Elle doit en importer 300 milliards, dont 125 milliards achetés au géant russe Gazprom. 75 milliards de m3 des achats à la Russie transitent par les installations de l'Ukraine.
La proposition de règlement prévoit le paiement par Kiev de 3,1 milliards de dollars de factures impayées, dont deux milliards avant la fin octobre. En contrepartie, Gazprom s'engage à reprendre les livraisons de gaz à l'Ukraine, coupées depuis juin, avec une livraison minimale de 5 milliards de m3 payable au prix de 385 dollars les 1.000 m3. Mais Gazprom a exigé le paiement avant fourniture. Au total, Kiev doit débourser 4,6 milliards de dollars, selon l'estimation de Gunther Oettinger.
Sur le terrain, sept militaires ukrainiens ont été tués dans des combats avec les rebelles prorusses, soit les pires pertes pour l'armée ukrainienne depuis mi-octobre, a annoncé un porte-parole militaire.
Un civil a été également tué par les bombardements visant le village de Novotochkivske dans la région de Lougansk, a indiqué le gouverneur pro-Kiev de ce territoire.
Les relations entre l'UE et la Russie restent tendues. Les occidentaux ont dénoncé l'annonce par Moscou de sa volonté de reconnaître le résultat des élections organisées dimanche par les séparatistes pro-russes dans l'Est de l'Ukraine. Les Européens ont décidé de maintenir les sanctions prises contre la Russie pour son implication dans le conflit en Ukraine.