Aéronautique : "2021 et 2022 seront deux années de mutations" (Karim Cheikh)

Le secteur de l'aéronautique traverse une importante crise, mais affiche une bonne résilience au Maroc, en comparaison avec d'autres régions du monde. Les professionnels veulent faire de 2021 et 2022 des années de mutations pour entamer la transition écologique et la décarbonatation de la production et attirer de nouvelles opportunités. 

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Aéronautique :

Le 25 janvier 2021 à 18:32

Modifié le 26 janvier 2021 à 14:35

A fin novembre 2020, l'aéronautique semble être l'un des secteurs les plus touchés par la crise à l'export avec une baisse de 30,1% ou 4,7 MMDH. Les exportations marocaines ont été de l'ordre d'un peu plus de 11 MMDH contre 15,8 MMDH en 2019. 

Pour le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS) qui a tenu son assemblée générale en décembre dernier, "le secteur qui a réalisé une croissance organique de 20% avant la pandémie s’est révélé parmi les plus résilients du monde". 

La pandémie, un facteur de risque inattendu 

Le secteur compte plus de 140 sociétés exerçant dans différents écosystèmes du domaine et réunies au sein du GIMAS. En 2019, son chiffre d’affaires à l’export s’élevait à 1,9 milliard de dollars US. Le taux de croissance depuis quelques années se situant autour de 20% avec un taux d'intégration locale de 38%. 

Alors que l'on tablait sur une reprise en 2021, le nouveau variant du Sars-Cov 2 et les mesures prises pour contrer sa propagation chamboulent tous les calculs et les perspectives, y compris, celles du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS).  

"L’apparition du nouveau variant ne change rien à nos perspectives. Mais, elles connaitront certainement un décalage dans le temps", affirme Karim Cheikh, président du GIMAS et directeur général du CETIM Maroc. 

Commentant l'impact de la pandémie sur le secteur, Karim Cheikh nous explique que "l’année 2020 s’annonçait plutôt bien. Les deux avionneurs Airbus et Boeing comptabilisaient fin 2019 un carnet de commandes de plus de 8 ans de production chacun".

"Notre veille stratégique, la surveillance de nos marché et le PAI (Plan d’accélération industrielle) qui est notre fil d’Ariane, nous donnaient une visibilité qui permettait à notre secteur un développement encore plus important avec des indicateurs qui étaient quasiment tous au vert. L’objectif visé était d’arriver à 2,6 MM $ en 2021. Comme pour tous les secteurs, cette surveillance intégrait presque l’ensemble des facteurs d’impact sauf une pandémie", ajoute le président du GIMAS. 

2 fermetures d'usines, pas de désinvestissement

"A l’apparition de la pandémie au mois de mars 2020, le transport aérien s’est effondré brusquement au niveau mondial impactant toutes les compagnies aériennes et par effet domino toute la chaine de valeur industrielle. Après une première phase d'adaptation aux mesures de sécurité sanitaire, les donneurs d’ordre et leurs sous-traitants font aujourd’hui face à des annulations ou des reports de commandes ", poursuit notre interlocuteur. 

Selon notre interlocuteur, il n'y a pas d'importantes fermetures d'unités industrielles ou des désinvestissements. "A ma connaissance, deux TPE ont dû arrêter leur activité, mais elles étaient fragiles avant le Covid", explique le patron du Gimas. 

"Les projets d’investissements se sont poursuivis et aucun n’a été ni arrêté ni abandonné. Nous poursuivrons nos efforts pour œuvrer à la création de nouvelles entités aéronautiques et intéresser les investisseurs marocains et étrangers à notre secteur", ajoute-t-il. 

Côté chiffres, le président du GIMAS avance que la croissance du secteur a été impactée avec une baisse d'activité de 23%, au moment où d'autres plateformes aéronautiques ont subi plus de 40% de baisse d'activité et une perte d'emploi de plus de 30%.

1.700 emplois perdus 

Pour le Maroc, la perte d'emploi est estimée dans le secteur à environ 10% de l'effectif global du secteur (17.500) depuis mars 2020, soit 1.700 postes d'emploi. Un chiffre inférieur aux estimations du secteur en juillet 2020, où il était question d'une perte de 15 à 20% des effectifs. 

"Un impact social aussi faible soit-il, ce n'est jamais très agréable, mais il faut le comparer à ce qui se passe dans la filière au niveau mondial. Une chose est sûre pendant cette période pleine d'incertitudes, nous faisons le maximum pour que la situation ne se dégrade pas en 2021", commente le président du Gimas. 

Ces compétences ayant perdu leur emploi n'ont pas été totalement abandonnées. "Ce que nous avons pu faire pour une partie du personnel de l’aéronautique ayant malheureusement perdu leur emploi, c’est un programme de formation aux nouvelles opportunités au sein de l’IMA – Institut des Métiers de l’Aéronautique- pour apporter une qualification nouvelle durant cette période, le temps que l’activité reprenne. Il s’agit de renforcement des compétences techniques, mais aussi d’intégration de nouvelles qualifications en ingénierie. Nous avons besoin de garder ces compétences pour rebondir très vite lors de la reprise", explique Karim Cheikh. 

"Nous pouvons donc dire que le secteur aéronautique marocain, dans le contexte actuel de cette crise, est plus résilient que d’autres régions du monde. Néanmoins, nous restons très vigilants sur les prochains mois à venir qui, nous l’espérons, donneront un peu plus de visibilité à l’échelle mondiale pour une amorce de la reprise au second semestre 2021 et un retour au niveau de 2019 en 2022-2023", affirme-t-il. 

Le détail du plan de sauvegarde du secteur  

Pour contrer cette crise, le GIMAS a mis en place un Plan de relance dédié à l’aéronautique "en collaboration avec l’ensemble de ses membres industriels, notre ministère de tutelle et la CGEM. Il consiste prioritairement à sauvegarder les emplois et préserver les acquis de 20 ans de succès industriel dans un domaine hautement technologique", explique Karim Cheikh. 

"Nous abordons la relance avec l’idée que toute crise pour nous est synonyme d’opportunité à saisir pour nous préparer à la phase de croissance qui succèdera à la crise. Ce plan vise le développement de notre chaîne de valeur actuelle et à orienter plus fortement nos activités et notre stratégie vers de nouveaux métiers en mettant un accent particulier sur les technologies avancées de l’industrie 4.0, sur l’innovation et la R&D et, surtout, vers de nouveaux marchés", détaille le président du GIMAS

"Nous avons également un intérêt soutenu pour le digital. En effet la transformation digitale dans les process de nos industriels reste un axe majeur.  La digitalisation est une brique technologique importante de l’industrie 4.0", ajoute-t-il. 

"2021 et 2022 seront deux années de mutations car il est évident que les cartes de la chaine de valeur mondialisée de l’aéronautique seront redistribuées différemment. C’est pour nous l’occasion rêvée de démontrer encore plus notre compétitivité et notre résilience comparativement aux autres pays concurrents. Pour cela nous travaillerons à attirer les capacités excentrées en Asie pour une relocalisation au Maroc, au plus près des constructeurs et équipementiers européens. Cela est un enjeu majeur de la transition écologique et de la décarbonatation de la production", affirme le président du Gimas. 

"C’est un travail qui s’inscrit dans la durée. Pour y aboutir nous travaillons en tandem avec notre ministère de l’Industrie et nos autres partenaires. Notre objectif commun est de reprendre rapidement et de sortir gagnant de cette crise", conclut notre interlocuteur. 

Aéronautique : "2021 et 2022 seront deux années de mutations" (Karim Cheikh)

Le 25 janvier 2021 à18:40

Modifié le 26 janvier 2021 à 14:35

Le secteur de l'aéronautique traverse une importante crise, mais affiche une bonne résilience au Maroc, en comparaison avec d'autres régions du monde. Les professionnels veulent faire de 2021 et 2022 des années de mutations pour entamer la transition écologique et la décarbonatation de la production et attirer de nouvelles opportunités. 

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A fin novembre 2020, l'aéronautique semble être l'un des secteurs les plus touchés par la crise à l'export avec une baisse de 30,1% ou 4,7 MMDH. Les exportations marocaines ont été de l'ordre d'un peu plus de 11 MMDH contre 15,8 MMDH en 2019. 

Pour le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS) qui a tenu son assemblée générale en décembre dernier, "le secteur qui a réalisé une croissance organique de 20% avant la pandémie s’est révélé parmi les plus résilients du monde". 

La pandémie, un facteur de risque inattendu 

Le secteur compte plus de 140 sociétés exerçant dans différents écosystèmes du domaine et réunies au sein du GIMAS. En 2019, son chiffre d’affaires à l’export s’élevait à 1,9 milliard de dollars US. Le taux de croissance depuis quelques années se situant autour de 20% avec un taux d'intégration locale de 38%. 

Alors que l'on tablait sur une reprise en 2021, le nouveau variant du Sars-Cov 2 et les mesures prises pour contrer sa propagation chamboulent tous les calculs et les perspectives, y compris, celles du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS).  

"L’apparition du nouveau variant ne change rien à nos perspectives. Mais, elles connaitront certainement un décalage dans le temps", affirme Karim Cheikh, président du GIMAS et directeur général du CETIM Maroc. 

Commentant l'impact de la pandémie sur le secteur, Karim Cheikh nous explique que "l’année 2020 s’annonçait plutôt bien. Les deux avionneurs Airbus et Boeing comptabilisaient fin 2019 un carnet de commandes de plus de 8 ans de production chacun".

"Notre veille stratégique, la surveillance de nos marché et le PAI (Plan d’accélération industrielle) qui est notre fil d’Ariane, nous donnaient une visibilité qui permettait à notre secteur un développement encore plus important avec des indicateurs qui étaient quasiment tous au vert. L’objectif visé était d’arriver à 2,6 MM $ en 2021. Comme pour tous les secteurs, cette surveillance intégrait presque l’ensemble des facteurs d’impact sauf une pandémie", ajoute le président du GIMAS. 

2 fermetures d'usines, pas de désinvestissement

"A l’apparition de la pandémie au mois de mars 2020, le transport aérien s’est effondré brusquement au niveau mondial impactant toutes les compagnies aériennes et par effet domino toute la chaine de valeur industrielle. Après une première phase d'adaptation aux mesures de sécurité sanitaire, les donneurs d’ordre et leurs sous-traitants font aujourd’hui face à des annulations ou des reports de commandes ", poursuit notre interlocuteur. 

Selon notre interlocuteur, il n'y a pas d'importantes fermetures d'unités industrielles ou des désinvestissements. "A ma connaissance, deux TPE ont dû arrêter leur activité, mais elles étaient fragiles avant le Covid", explique le patron du Gimas. 

"Les projets d’investissements se sont poursuivis et aucun n’a été ni arrêté ni abandonné. Nous poursuivrons nos efforts pour œuvrer à la création de nouvelles entités aéronautiques et intéresser les investisseurs marocains et étrangers à notre secteur", ajoute-t-il. 

Côté chiffres, le président du GIMAS avance que la croissance du secteur a été impactée avec une baisse d'activité de 23%, au moment où d'autres plateformes aéronautiques ont subi plus de 40% de baisse d'activité et une perte d'emploi de plus de 30%.

1.700 emplois perdus 

Pour le Maroc, la perte d'emploi est estimée dans le secteur à environ 10% de l'effectif global du secteur (17.500) depuis mars 2020, soit 1.700 postes d'emploi. Un chiffre inférieur aux estimations du secteur en juillet 2020, où il était question d'une perte de 15 à 20% des effectifs. 

"Un impact social aussi faible soit-il, ce n'est jamais très agréable, mais il faut le comparer à ce qui se passe dans la filière au niveau mondial. Une chose est sûre pendant cette période pleine d'incertitudes, nous faisons le maximum pour que la situation ne se dégrade pas en 2021", commente le président du Gimas. 

Ces compétences ayant perdu leur emploi n'ont pas été totalement abandonnées. "Ce que nous avons pu faire pour une partie du personnel de l’aéronautique ayant malheureusement perdu leur emploi, c’est un programme de formation aux nouvelles opportunités au sein de l’IMA – Institut des Métiers de l’Aéronautique- pour apporter une qualification nouvelle durant cette période, le temps que l’activité reprenne. Il s’agit de renforcement des compétences techniques, mais aussi d’intégration de nouvelles qualifications en ingénierie. Nous avons besoin de garder ces compétences pour rebondir très vite lors de la reprise", explique Karim Cheikh. 

"Nous pouvons donc dire que le secteur aéronautique marocain, dans le contexte actuel de cette crise, est plus résilient que d’autres régions du monde. Néanmoins, nous restons très vigilants sur les prochains mois à venir qui, nous l’espérons, donneront un peu plus de visibilité à l’échelle mondiale pour une amorce de la reprise au second semestre 2021 et un retour au niveau de 2019 en 2022-2023", affirme-t-il. 

Le détail du plan de sauvegarde du secteur  

Pour contrer cette crise, le GIMAS a mis en place un Plan de relance dédié à l’aéronautique "en collaboration avec l’ensemble de ses membres industriels, notre ministère de tutelle et la CGEM. Il consiste prioritairement à sauvegarder les emplois et préserver les acquis de 20 ans de succès industriel dans un domaine hautement technologique", explique Karim Cheikh. 

"Nous abordons la relance avec l’idée que toute crise pour nous est synonyme d’opportunité à saisir pour nous préparer à la phase de croissance qui succèdera à la crise. Ce plan vise le développement de notre chaîne de valeur actuelle et à orienter plus fortement nos activités et notre stratégie vers de nouveaux métiers en mettant un accent particulier sur les technologies avancées de l’industrie 4.0, sur l’innovation et la R&D et, surtout, vers de nouveaux marchés", détaille le président du GIMAS

"Nous avons également un intérêt soutenu pour le digital. En effet la transformation digitale dans les process de nos industriels reste un axe majeur.  La digitalisation est une brique technologique importante de l’industrie 4.0", ajoute-t-il. 

"2021 et 2022 seront deux années de mutations car il est évident que les cartes de la chaine de valeur mondialisée de l’aéronautique seront redistribuées différemment. C’est pour nous l’occasion rêvée de démontrer encore plus notre compétitivité et notre résilience comparativement aux autres pays concurrents. Pour cela nous travaillerons à attirer les capacités excentrées en Asie pour une relocalisation au Maroc, au plus près des constructeurs et équipementiers européens. Cela est un enjeu majeur de la transition écologique et de la décarbonatation de la production", affirme le président du Gimas. 

"C’est un travail qui s’inscrit dans la durée. Pour y aboutir nous travaillons en tandem avec notre ministère de l’Industrie et nos autres partenaires. Notre objectif commun est de reprendre rapidement et de sortir gagnant de cette crise", conclut notre interlocuteur. 

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