Abderrahim Habib: “100 comprimés de karkoubi saisis, ce sont 100 crimes évités”
ENTRETIEN EXCLUSIF (3/3). Après la publication des deux premières parties de l'interview du chef du département de la lutte anti-drogue consacrées au trafic de haschich et de cocaïne au Maroc, Médias24 publie la dernière sur la vente et la consommation d’ecstasy, de psychotropes et d’héroïne. Selon Abderrahim Habib, saisir 100 comprimés de type karkoubi équivaut à éviter 100 crimes odieux et agressions ultra-violentes.
-Médias24: Le Maroc connaît actuellement une explosion des saisies d’ecstasy, que faut-il en penser?
-Abderrahim Habib: Durant les 4 dernières années, nous avons en effet constaté une nouvelle tendance émergente qui consiste à acheminer de l’ecstasy de l’étranger vers le Maroc.
La principale provenance étant les Pays-Bas suivis dans une moindre mesure de la Belgique.
Contrairement à la cocaïne, ces quantités sont toutes destinées au marché illicite national.
A l’instar des autres pays, cela s’explique par le fait que les consommateurs s’ouvrent de plus en plus aux nouvelles expériences.
Avec internet, les jeunes sont séduits par cette nouvelle drogue festive et soi-disant inoffensive qui se consomme le plus souvent lors de concerts de musique électronique.
Dans ce dossier, la seule bonne nouvelle est que la consommation d’ecstasy a fait baisser celle du karkoubi aux effets bien plus dangereux pour la santé et l’ordre public.
-Ce n’est donc pas une drogue criminogène...
-Les consommateurs qui entrent dans un état d’extase ne sont pas dangereux comme ceux qui consomment des psychotropes.
Ils ne présentent pas d’agressivité et, à ce jour, nous n’avons jamais interpellé un consommateur de cette drogue qui soit à l’origine d’un crime violent.
Le bilan provisoire de l’année en cours fait état de l’arrestation de 2 trafiquants internationaux, 1.141 marocains et de 185 simples consommateurs interpellés par nos services.
-Selon vous, le karkoubi est-il la pire drogue à laquelle vous ayez été confronté dans votre carrière?
-Notre principe de base est que toutes les drogues présentent des menaces pour la santé et l’ordre public. Que ce soient les drogues dures ou même le haschich, toutes présentent des risques.
C’est le cas de la cocaïne car son utilisateur peut commettre des actes irréfléchis ou meurtriers sans parler du fait que ses répercussions peuvent être incalculables (overdose, ruine, criminalité …).
Idem pour l’héroïne mais depuis 2013, le plan d’action de la DGSN a porté des coups très durs aux trafiquants de psychotropes.
Durant les 11 premiers mois de l’année, nous avons arrêté 27 trafiquants internationaux, 3.860 marocains et 1.969 consommateurs de ces comprimés.
-C’est une drogue qui a pu pousser des consommateurs violer leur propre mère ou sœur…
-Si on ne fait pas de différence entre les drogues, il est vrai que la plupart des crimes odieux ultra-violents commis au Maroc le sont sous l’emprise de ces comprimés benzodiazépines.
Quand la personne est interpellée, elle ne dit pas avoir commis son forfait sous l’effet d’un joint, d’un ecstasy ou d’un rail de cocaïne.
Dans tous les cas de figure, elle passe à l’acte après avoir gobé 1 ou 2 comprimés de karkoubi.
-Peut-on dire que 100 comprimés saisis, ce sont 100 crimes en moins?
-Absolument. C’est pourquoi nous faisons du mieux que nous pouvons pour enrayer ce trafic en sensibilisant tous nos services sur l’impératif de combattre cette menace.
-D’où viennent ces psychotropes?
-D’un pays voisin et d’Europe.
-Tout le monde sait qu’une usine pharmaceutique à la frontière algérienne inonde le Maroc.
-C’est vrai, le rivotril rouge vient de Maghnia et le rivotril blanc de pays européens.
-Pourquoi cette explosion?
-Parce qu’il est plus facile de dissimuler cette marchandise dans une roue de secours par exemple.
-Dans le nord du pays, l’héroïne est également devenue une menace pour certains…
-C’est vrai mais cette drogue ne suscite pas une grande inquiétude car sa consommation est limitée à une seule région du nord du Maroc, Tanger, Tétouan et à moindre degré à Nador.
Dans toutes les autres villes du Royaume, il n’y a pas d’héroïne car cette drogue qui est produite très loin du Maroc (Afghanistan …) provient en majorité de Sebta.
-En petites quantités?
-Les saisies sont en effet minimes et ne dépassent pas quelques kilogrammes par année.
-Il n’y a donc pas d’urgence sanitaire pour vous?
-Je n’ai pas dit ça car pour la DGSN, toutes les drogues présentent un caractère d’urgence et nous faisons en sorte de démanteler les réseaux de trafiquants.
Côté sanitaire, il y a des centres de traitement qui offrent des produits de substitution (subutex et méthadone) dans toutes les villes où la consommation est importante.
-Certains toxicomanes se plaignent pourtant de ne pas recevoir leur médicament de substitution…
-Ce n’est pas la DGSN qui s’en occupe mais le ministère de la santé.
-Il n’y a pas de collaboration entre les deux départements?
-Bien sûr que si.
La commission nationale des stupéfiants est hébergée par le ministère avec des membres de la DGSN, la gendarmerie …qui débattent ensemble de cette problématique et proposent chacun leurs propres recommandations.
-Avez-vous une idée de la valeur potentielle des marchés cumulés des stupéfiants au Maroc?
-Non car la mission de la DGSN n’est pas comptable mais plutôt répressive. Ceci dit, c’est sans aucun doute que c’est l’activité criminelle la plus profitable du pays comme dans le reste du monde d’ailleurs.
Elle génère des sommes très importantes mais je suis incapable de vous donner un chiffre ou une fourchette.
-Que pouvez-vous nous dire sur la Mocro mafia, hollandaise d’adoption et d’origine marocaine qui opère dans le trafic international de stups y compris à partir (haschich) et vers le Maroc (ecstasy)?
-D’abord que ces individus ne sont marocains que d’origine.
-Sont-ils surveillés par la DGSN?
-Nous n’avons pas une liste limitative de ces personnes car leur nombre évolue d’année en année.
D’où l’importance de la coopération internationale pour les identifier parce qu’ils sont loin du Maroc.
Il y a donc des enquêtes conjointes qui sont initiées et avec l’échange d’informations, nous arrivons à les identifier.
-En d’autres termes, vous connaissez une partie d’entre eux?
-Evidemment.
-Pour conclure, comment s’organise la journée du patron des stups?
-Ce sont des longues journées et plusieurs nuits blanches mais quand les résultats sont à la clé, ce n’est pas important.
Quand on travaille dans un corps sécuritaire, il n’y a pas d’horaires de bureau.
La lutte contre les stupéfiants est un travail quotidien et de longue haleine y compris les week-end.
Ainsi, si on a une information sur un trafiquant qui va faire rentrer une quantité de drogue un samedi soir, nous n’allons pas attendre le lundi pour nous en occuper.
-Vous ne connaitrez donc jamais le chômage?
-Dans notre métier, ce mot n’existe pas …
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