Mort de Abderrahim Fakir : l'enquête à Bologne suscite de vifs débats
Après le décès de Abderrahim Fakir à Bologne lors d’une immobilisation policière, l’enquête se poursuit sur fond d’autopsie. Alors que sa défense dénonce des antécédents erronés et des interférences politiques, son parcours illustre la précarité et l'anxiété liées aux démarches administratives.
Le dimanche 19 juillet 2026, Abderrahim Fakir, un ressortissant marocain âgé de 42 ans, est décédé à Bologne alors que deux policiers l’immobilisaient au sol et que quatre professionnels de santé assistaient à la scène. Ses derniers instants, filmés dans une vidéo qui a largement circulé, ont provoqué de vifs débats et des manifestations violentes qui ont fait de nombreux blessés.
Alors que le parquet a ouvert une enquête pour homicide afin d'examiner le déroulement de cette intervention, le parcours de cet homme, sa situation administrative et les controverses autour de ses antécédents judiciaires sont aujourd'hui au centre de l'attention.
Au lendemain du décès, plusieurs publications sur les réseaux sociaux ont attribué à la victime un historique judiciaire récent et lourd, mentionnant des arrestations pour trafic de drogue en 2021 et 2022, une incarcération, ainsi que des délits de rébellion, de vol avec violence, de recel de téléphones volés et de coups et blessures infligés à un policier.
Cette version s'appuie notamment sur un communiqué diffusé le 20 juillet par Domenico Pianese, secrétaire du syndicat de police Coisp, détaillant le passé de la victime. Selon ce communiqué, Abderrahim Fakir avait été arrêté en 2003 pour détention et trafic de stupéfiants, puis condamné en première instance en 2005. Après avoir violé une obligation d'assignation à résidence, il avait été à nouveau arrêté pour des faits similaires en 2005. En 2012, il avait fait l'objet d'une condamnation définitive à une peine d'un an et onze mois de prison, assortie d'une amende de 4.800 euros.
La défense conteste toutefois fermement la commission de délits récents. Selon Me Barbara Spinelli, l’avocate qui assistait Abderrahim Fakir, et Me Fabio Anselmo, l'avocat de la famille du défunt, les accusations de délits commis entre 2019 et 2022 sont incorrectes. Ils expliquent que ces informations proviennent d'une confusion avec le casier d'un autre individu, Abderrahim Mansouri, un homme de 28 ans tué en janvier 2026 dans le bosquet de Rogoredo, à Milan.
Contactée par Médias24, Me Spinelli indique avoir consulté le casier judiciaire et le relevé des procédures en cours de son client un mois avant son décès et confirme l'absence de toute nouvelle procédure depuis 2005. Concernant la condamnation de 2012, l'ordre d'exécution de la peine n'a été émis par le procureur qu'en 2019. Abderrahim Fakir a ainsi purgé cette condamnation entre 2019 et 2020, soit quatorze ans après les faits. "Il a purgé sa peine alors qu'il était déjà une autre personne", souligne Me Spinelli.
Face à la diffusion de ces informations contestées, Me Fabio Anselmo a déclaré à Médias24 avoir déposé une plainte contre le syndicat Coisp pour violation de la confidentialité et diffamation. Il dénonce également ce qu'il qualifie d'"interférences politiques" répétées de la part de membres du gouvernement, citant les interventions de la Première ministre Giorgia Meloni, du ministre Matteo Salvini et du ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi. Ce dernier s'est publiquement déclaré confiant dans le fait que les policiers intervenus à Bologne avaient agi avec "toute l'attention, l'adéquation et la pondération nécessaires".
"Les autorités justifient la mise sous secret des éléments de l'enquête pour préserver la sérénité du travail judiciaire, alors que les représentants de l'exécutif multiplient les déclarations publiques tendant à exonérer les policiers", dénonce Me Anselmo.
Un parcours d'intégration et des difficultés économiques
Arrivé en Italie à l'âge de sept ans avec sa famille, Abderrahim Fakir était considéré comme bien intégré. Il résidait à Borgonuovo, dans la commune de Sasso Marconi, mais fréquentait régulièrement le Pilastro où résident plusieurs de ses proches.
Après avoir occupé divers emplois salariés à partir de 2012, Abderrahim Fakir avait fondé au début de l'année 2025 une entreprise individuelle de manutention et de menuiserie métallique, employant plusieurs personnes pour des travaux de soudure et de meulage. Cependant, la structure a rapidement rencontré des difficultés de trésorerie en raison de retards de paiement de certains clients, l'exposant à des échéances fiscales et salariales non régularisées.
Ces difficultés économiques ont perturbé son statut administratif. Le renouvellement de son titre de séjour pour travail indépendant a été rejeté en raison de revenus insuffisants et d'irrégularités fiscales. Abderrahim Fakir a alors déposé une demande d'asile, rejetée au motif que le Maroc est considéré comme un "pays sûr". Il a intenté un recours contre cette décision et bénéficiait d'un sursis à exécution, ainsi que d'un permis temporaire qui l'autorisait à résider et à travailler légalement en Italie en attendant le jugement.
Fakir espérait obtenir un titre de séjour pour "protection spéciale", d'une durée de deux ans, une option envisageable en Italie pour les ressortissants étrangers fortement intégrés, dont la famille réside sur le territoire. C'est pour cette démarche qu'il avait sollicité Me Spinelli à la fin de l'année 2025, afin d'accélérer la procédure devant le tribunal et de demander une décision sur ce statut spécifique.
L'impact psychologique de la précarité administrative
L'attente de cette décision administrative s'est accompagnée d'une dégradation de l'état psychologique de Abderrahim Fakir. L'une de ses principales sources d'anxiété résidait dans le fait que la préfecture de police (Questura) conservait son passeport dans l'attente du jugement.
Me Spinelli explique qu'il n'existait techniquement aucun risque concret que son client soit expulsé ou placé dans un centre de rétention (CPR) au vu des documents en sa possession, et qu'il en était conscient.
Néanmoins, cette situation administrative instable l'angoissait profondément. En juin, l'annonce de projets de l'Union européenne visant à durcir les règles de rapatriement des personnes en situation irrégulière a accentué ses craintes, l'homme évoquant à plusieurs reprises la peur d'une "déportation".
La réception d'un courrier de la préfecture de police de Bologne lui demandant de se présenter pour clarifier sa situation administrative a, selon son avocate, provoqué un mouvement de panique.
Cette détresse s'est manifestée concrètement le 20 juin 2026. Après s'être infligé une coupure au poignet, Abderrahim Fakir s'est rendu aux urgences pour demander à consulter un psychiatre. Le rapport de l'hôpital le décrivait comme "vigilant et orienté, d'humeur triste mais calme". À cette période, il n'était pas suivi par le Centre de santé mentale (CSM) local.
Me Spinelli observe que les consultations psychiatriques et la prescription d'anxiolytiques sont fréquentes chez les personnes confrontées à de longues attentes de régularisation. Sur le plan juridique, cette vulnérabilité psychologique est généralement évaluée de manière positive par les tribunaux pour l'octroi d'une protection spéciale, car elle souligne l'intérêt de la personne à stabiliser sa vie en Italie.
Dans le cas de Abderrahim Fakir, la défense avait toutefois jugé inutile d'intégrer cet élément médical au dossier, estimant que les critères d'intégration professionnelle et familiale étaient déjà amplement suffisants.
L'intervention du 19 juillet
Le dimanche 19 juillet, la police a été appelée pour intervenir après un signalement indiquant que Abderrahim Fakir était dans un état d'agitation important. Selon l'enregistrement de l'appel, il criait et donnait des coups de pied dans les portes du garage d'un immeuble au Pilastro. En dehors du rapport médical du 20 juin, on ignore si des troubles psychiques précis avaient été diagnostiqués. Des proches ont également mentionné qu'il souffrait d'asthme et de problèmes cardiaques.
L'intervention des forces de l'ordre et des secours s'est soldée par le décès de Abderrahim Fakir, alors qu'il était maintenu au sol. L'autopsie, entamée ce vendredi 24 juillet, devra déterminer la cause du décès. Les protocoles de contention physique et d'assistance médicale seront également scrutés pour déterminer s'ils ont été respectés par les policiers et les professionnels de santé présents sur place.
à lire aussi
Article : Le Maroc prend la présidence de la nouvelle Union arabe de l'énergie et des mines
Réunie en Assemblée générale constitutive à Salé, la nouvelle Union arabe de l'énergie et des mines (AUEM) a officiellement vu le jour avec l'élection à l'unanimité du Maroc à sa présidence et l'installation de son siège à Casablanca. L'organisation ambitionne de renforcer l'intégration arabe, la sécurité énergétique et les investissements dans les secteurs de l'énergie et des mines.
Article : Driss Sentissi quitte le MP, cap vers l'Istiqlal ?
Le chef du groupe parlementaire du Mouvement populaire à la Chambre des représentants, Driss Sentissi, a confirmé à Médias24 son départ du parti, sans préciser sa future destination. Selon des sources sûres, des tractations sont en cours avec l'Istiqlal.
Article : Des officiers de l'armée marocaine à Gaza en reconnaissance (média israélien)
Une délégation d’officiers marocains s'est rendue dans la bande de Gaza afin de préparer le déploiement de leurs troupes et de planifier l'entraînement d'une force multinationale, selon des informations de la chaîne israélienne Kan News.
Article : Sahara : le Mali soutient le Maroc et réaffirme son appui au plan d'autonomie
Le gouvernement malien a réitéré son soutien à "l'intégrité territoriale et à la souveraineté du Maroc sur l'ensemble de son territoire, y compris le Sahara", tout en renouvelant son appui au plan d'autonomie. Cette position intervient quelques mois après le retrait officiel par Bamako de sa reconnaissance de la pseudo-entité "rasd".
Article : Recherche agricole : le Maroc et l’Inde préparent un nouveau plan
Les discussions portent sur les légumineuses, la mécanisation agricole et l’arboriculture, en particulier l’olivier, les agrumes et le pommier, avec des échanges de matériel génétique et de résultats scientifiques face au manque d’eau.
Article : Agriculture : le Chili prépare une mission commerciale au Maroc
Cinq entreprises spécialisées dans l’AgriTech, l’irrigation, les bio-intrants ou les emballages seront retenues pour rencontrer des opérateurs marocains du 14 au 17 septembre, notamment à Tanger.