Rahhou veut sortir les plateformes VTC de la “zone grise”
Le président du Conseil de la concurrence plaide pour une régularisation du secteur des plateformes numériques de transport, qu'il juge indispensable à l'économie marocaine. Il révèle également que plusieurs dossiers restent ouverts, dont celui de la concentration entre Uber et Careem, toujours en attente d'une décision.
Les plateformes numériques de transport ne doivent plus rester dans une zone grise. C'est un des messages phares livrés par Ahmed Rahhou, le jeudi 16 juillet à l'occasion des Grands RDV Médias24.
Le président du Conseil de la concurrence estime qu'il est désormais indispensable de donner un cadre juridique aux applications VTC, qu'il qualifie, plus largement, de "bien nécessaire" pour le pays.
Pour Ahmed Rahhou, le débat ne porte plus sur l'opportunité des plateformes, mais sur les règles qui doivent encadrer leur activité. Transport, livraison, réservation touristique... ces outils d'intermédiation ont, selon lui, toute leur place dans l'économie marocaine, à condition de garantir une concurrence loyale. "Notre conviction, c'est qu'il faut donner un cadre ", souligne l'intervenant.
Le chantier est déjà ouvert. Le Conseil de la concurrence prépare un avis consacré aux plateformes numériques, avec un volet spécifique sur le transport de personnes. En parallèle, le ministère de l'Intérieur travaille lui aussi sur une réforme du secteur.
Pour Rahhou, l'obstacle est connu : le système actuel des agréments. D'un côté, des opérateurs qui supportent le coût de ces autorisations ; de l'autre, des plateformes qui exercent dans un environnement juridique encore incertain. Résultat : une "situation grise", qu'il appelle à faire disparaître.
"Il faut régler le problème de l'un pour que l'autre puisse agir", résume-t-il, estimant qu'un équilibre doit être trouvé entre les titulaires d'agréments et les nouveaux acteurs du numérique.
Le président du Conseil fixe même un horizon. "Il est inenvisageable d'organiser une Coupe du monde au Maroc sans que ce problème soit réglé", affirme-t-il, après avoir rappelé que le même constat avait déjà été dressé à l'approche de la Coupe d'Afrique des nations.
Interrogé par Médias24 sur le dossier Uber-Careem, Ahmed Rahhou a confirmé que l'opération de concentration notifiée en 2019 est toujours en instance. Selon lui, le Conseil a suspendu l'instruction après avoir demandé à Uber de préciser son statut juridique au Maroc. "On a demandé à Uber : quel est votre statut juridique au Maroc ? Sur quel régime vous travaillez ? Est-ce que vous êtes transporteur ? Est-ce que vous êtes une plateforme ? Où est votre autorisation ? (...) Du fait qu'il n'y a jamais eu de réponse à ce courrier, le dossier est suspendu".
Cette situation prend aujourd'hui une dimension nouvelle. Depuis la notification de l'opération, Uber a entre-temps quitté le marché marocain avant d'y revenir, à la fin de l'année 2025, en reprenant les activités de Careem sous sa propre marque. Or, selon Ahmed Rahhou, le contrôle de l'opération de concentration n'est toujours pas achevé.
Cette configuration soulève une interrogation juridique. Comment apprécier le retour d'Uber et la reprise des activités de Careem alors que l'opération de concentration n'a, à ce stade, toujours pas fait l'objet d'une décision définitive du régulateur ? En d'autres termes, les effets de cette concentration ont-ils été mis en œuvre avant l'achèvement de son contrôle par le Conseil de la concurrence ? Une question qui pourrait nourrir le débat juridique autour de ce dossier.
Celui-ci n'est toutefois pas le seul sur la table du régulateur. Ahmed Rahhou a révélé que plusieurs procédures liées au même secteur sont actuellement en cours. Le Conseil est notamment saisi d'un contentieux opposant des opérateurs de plateformes de transport. Parallèlement, il s'est autosaisi afin d'élaborer une doctrine plus large sur les plateformes numériques.
Deux avis sont actuellement en préparation. Le premier portera sur les plateformes numériques de transport. Le second concernera les plateformes de réservation touristique, notamment celles spécialisées dans la location de logements de type Airbnb. L'objectif est de préciser les conditions dans lesquelles ces plateformes pourront exercer leur activité, tout en garantissant une ouverture du marché compatible avec les règles de concurrence.
En attendant une réforme, Ahmed Rahhou rappelle que les plateformes sont déjà une réalité sur le terrain. "Vous constaterez quand même qu'il y a des choses qui existent", observe-t-il, évoquant une forme de "tolérance" des autorités. Une situation qu'il considère comme provisoire. Pour lui, il est désormais temps de sortir de cette "grisaille" et de donner aux plateformes numériques de transport un véritable statut juridique.
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