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POLITIQUE

CGLU Tanger : comment orienter les capitaux internationaux vers les territoires

À Tanger, le débat sur le financement des territoires a rappelé que les grandes transitions se joueront à l’échelle locale. Reste à doter les collectivités des mécanismes nécessaires pour transformer les ambitions territoriales en projets structurés, finançables et durables.

CGLU Tanger : comment orienter les capitaux internationaux vers les territoires
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Le 25 juin 2026 à 16h42 | Modifié 25 juin 2026 à 18h30

Repenser l’architecture financière pour relever les défis de la transition verte était le thème d’un panel de haut niveau organisé ce 23 juin, lors du Congrès mondial des Cités et gouvernements locaux unis (CGLU) à Tanger. Organisé par la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), il a vu la participation de plusieurs personnalités de haut rang telles que son directeur général Khalid Safir ; Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique ; Mbarka Bouaida, présidente de la région Guelmim-Oued Noun ; Rachid El Abdi, président de la région Rabat-Salé-Kénitra ; et Hrou Abrou, président de la région Drâa-Tafilalet.

Les intervenants ont expliqué comment la transition verte dans les territoires dépend de l’accès à une diversité de modes de financement nationaux et internationaux. Cela passe par la capacité des collectivités territoriales à proposer des projets finançables, gouvernables et socialement acceptables. Les capitaux existent davantage qu’auparavant, les bailleurs s’ouvrent progressivement aux collectivités et les instruments se diversifient. Mais entre l’ambition nationale, les contraintes locales, les exigences des investisseurs et les réalités politiques du terrain, un maillon demeure décisif, celui de l’ingénierie institutionnelle et financière nécessaire pour transformer les besoins des territoires en projets bancables et durables.

Khalid Safir : orienter les capitaux internationaux vers les projets qui transforment réellement les territoires

Les défis liés à la transition climatique, la croissance inclusive et les infrastructures et services publics font augmenter les besoins en investissement des territoires à des niveaux jamais atteints, au moment où les ressources publiques sont sous forte pression. C’est dans ce contexte que Khalid Safir a appelé à faire évoluer l’architecture financière internationale de façon à acheminer les capitaux vers les projets qui créent le plus de valeur économique, sociale et environnementale au niveau des territoires.

"Cette réflexion intervient à un moment particulier, où nous observons une transformation profonde du paysage financier international : la montée de nouveaux acteurs financiers, le renforcement des banques régionales de développement, l’émergence de nouveaux fonds souverains, le développement rapide de la finance climatique, la progression de la coopération sud-sud et enfin la réforme en cours des grandes banques multilatérales de développement", signale-t-il.

"Ces évolutions ouvrent une opportunité historique, celle de construire une nouvelle architecture financière plus proche des réalités locales, capable de financer les transitions plutôt que de simplement financer les actifs, de prendre des risques pour accélérer les transformations, et de mobiliser le capital privé au service de l’intérêt général"

L’idée forte avancée est que "la transition verte ne peut pas être décrétée depuis les sièges des institutions internationales. Elle se construit territoire par territoire, projet par projet, partenariat par partenariat. Les collectivités territoriales, les agences de développement, les banques publiques de développement et les investisseurs institutionnels doivent donc devenir des acteurs centraux de cette nouvelle architecture".

Il s’est félicité par ailleurs de la confiance dont bénéficie le Maroc aujourd’hui auprès des investisseurs internationaux et des banques multilatérales, et a indiqué que le défi consiste désormais à transformer cette confiance en impact territorial durable.

Enfin, il a cité comme principaux défis pour les prochaines années : faciliter l’accès des territoires aux mécanismes financier internationaux et les aligner sur les priorités locales ; accélérer les financements mixtes public-privé (blended finance) ; partager davantage les risques entre acteurs privés, institutionnels et banques de développement ; financer non seulement les infrastructures mais les écosystèmes durables ; et faire émerger des modèles reproductibles à l'échelle mondiale, notamment dans les pays du Sud.

Younes Sekkouri : financer la transition territoriale suppose de concilier exigence technique et contrainte politique

Invité à prendre part à ce panel, Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, a signalé que la transition verte au niveau des territoires nécessite de financer des projets à grande envergure qui peuvent être complexes à élaborer. Afin de relever ce défi, il invite à construire un modèle institutionnel qui répond aux contraintes propres à la gestion des collectivités territoriales et aux exigences du financement de ce genre de projets.

Ce modèle institutionnel doit pouvoir gérer les tensions qui existent entre les aspects politiques, techniques, financiers et sociaux qui peuvent caractériser les projets de développement territorial ; et proposer des schémas financiers innovants qui répondent aux exigences des parties prenantes et qui puissent être lisibles par le public.

En citant l’exemple des projets d’infrastructure qui donnent lieu à des expropriations, il met en lumière la tension qui peut exister entre la vision du technocrate marquée par l’impératif de performance et d’optimisation technique et économique et celle de l’homme politique qui doit gérer l’impératif électoral et maintenir le lien de confiance qu’il a construit avec le citoyen. D’après lui, ignorer cette dimension peut se manifester en une "rupture politique qui peut être grave pour la stabilité d’un pays".

D’autre part, pour convaincre les investisseurs et les institutions financières partenaires, notamment à l’international, ce genre de projets nécessite d’être bien conçu et mené, avec notamment des "proof of concept" et un processus compliqué à gérer. Or, les collectivités territoriales qui sont submergées par la complexité de la gestion des services publics et des défis politiques des conseils communaux, peuvent trouver de la difficulté à élaborer convenablement ce genre de projets.

La tension existe aussi au niveau financier, entre les cahiers des charges et les référentiels des institutions financières et ceux des collectivités territoriales au Maroc. Ces derniers étant contraints par les limitations de leurs ressources financières, qu’elles soient propres ou transférées, et se traduisant par une marge de manœuvre étroite. Il y a donc également un besoin de mécanismes financiers innovants et adaptés au cadre légal, financier et politique des territoires.

Enfin, il attire l’attention sur l’importance d’avoir une nouvelle génération de compétences à même de saisir ces tensions et de faire émerger ce modèle dans la pratique.

Moustapha Loudini : le financement des collectivités territoriales a gagné en maturité, mais la marge de progression reste importante

Pour Moustapha Loudini, chef de la division des finances des collectivités territoriales au ministère de l’Intérieur, l’évolution de l’architecture financière locale doit être replacée dans un mouvement plus large : celui de la territorialisation des politiques publiques. Celles-ci sont aujourd’hui conçues, exécutées et suivies "par les territoires et pour les territoires", ce qui impose de renforcer les moyens d’action des collectivités.

Plusieurs chantiers ont déjà été engagés dans ce sens. La révision de la loi organique a permis, selon lui, de clarifier les compétences des collectivités et de consacrer plus nettement leur rôle dans le développement territorial. La réforme de la fiscalité locale, amorcée en 2020 et poursuivie en 2025, doit également se prolonger par une nouvelle loi destinée à élargir les marges fiscales des collectivités. Autre levier longtemps sous-exploité : le patrimoine foncier. La réforme de la loi sur le patrimoine devrait permettre aux collectivités, notamment dans les grandes villes, de mieux valoriser leur foncier et d’en faire une source de financement.

L’État a aussi mis en place plusieurs fonds sectoriels, notamment pour accompagner la réforme du transport, ainsi que les projets liés à l’eau et à l’assainissement. Au-delà des ressources, Moustapha Loudini rappelle l'importance d’avoir doté les collectivités d’outils opérationnels plus efficaces. Les sociétés de développement local (SDL), les sociétés régionales multiservices (SRM) et les agences régionales d’exécution des projets (AREP) sont présentées comme des « bras armés » modernes, inspirés des logiques de performance du secteur privé, permettant une action plus rapide et plus structurée.

Ces avancées restent toutefois insuffisantes au regard des besoins. À fin 2025, l’ensemble des recettes des collectivités territoriales s’établissait à environ 55 milliards de dirhams, loin du budget de l’État, supérieur à 700 MMDH, mais aussi du seuil de 5% du PIB souvent évoqué comme référence, soit près de 90 MMDH. Même constat pour l’investissement : l’effort consolidé des collectivités avoisine 20 MMDH, à comparer à un investissement public global d’environ 400 MMDH.

Face à cet écart, le Maroc diversifie les sources de financement des collectivités, notamment auprès des institutions financières internationales comme la Banque mondiale, l’AFD, la BEI, la BERD ou encore la SFI. Le fait que certaines collectivités aient pu emprunter, parfois sans garantie souveraine, constitue à ses yeux un signe de maturité du modèle marocain. Mais les attentes dépassent le financement : elles portent aussi sur l’assistance technique, l’accompagnement et la structuration de projets bancables.

D’autres pistes restent à approfondir, comme les partenariats public-privé, déjà expérimentés dans les zones d’activité économiques et industrielles ou les décharges publiques, ainsi que la finance verte. Afin de stimuler cette dernière, des chantiers tels que la taxonomie nationale et la tarification carbone sont en cours de réalisation, tandis que les obligations vertes et l’appel public à l’épargne devraient être les prochains à amorcer.

Pour aller plus loin, Loudini appelle à un double effort. Du côté des collectivités, il s’agit de renforcer les compétences, la gouvernance, le suivi des projets et leur bancabilité. Du côté des bailleurs de fonds et établissements internationaux, il plaide pour une meilleure compréhension du contexte local, une harmonisation des procédures et des notations, plus de flexibilité dans les décaissements, davantage de financements en dirhams ou d’accompagnement sur le risque de change, ainsi qu’un appui technique renforcé.

Malgré ces limites, le responsable estime que les progrès réalisés depuis 2017 sont significatifs. Les émissions obligataires de collectivités, les montages combinant divers fonds nationaux et internationaux, ou encore l’accès à des financements sans garantie souveraine étaient difficilement imaginables au début de la régionalisation avancée. La prochaine étape pourrait être facilitée par l’augmentation des transferts financiers aux collectivités. Notamment les régions qui devraient voir leur budget grimper de 20% à partir de 2027, ce qui devrait renforcer leur capacité d’intervention et la confiance des bailleurs.

Un congrès mondial pour repenser les services publics locaux

Cette réflexion s’inscrit dans le cadre de la 8ᵉ édition du Congrès mondial des Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), tenue à Tanger du 22 au 25 juin 2026, sur le thème "Nouvelle génération de services publics locaux universels". Présenté comme le grand rendez-vous mondial des dirigeants locaux et régionaux, le congrès réunit des maires, responsables territoriaux, représentants d’associations professionnelles, institutions internationales et partenaires du développement autour d’un même enjeu : repenser le rôle des villes et des territoires dans la réponse aux défis sociaux, climatiques et démocratiques.

Le congrès a été marqué par un message royal adressé par le Roi Mohammed VI aux participants, dans lequel le Souverain a appelé à repenser la gouvernance territoriale de façon à ce qu’elle soit fondée sur la proximité, l’équité, la durabilité et l’efficacité.

Dans son mot d’ouverture, Mounir Laymouri, maire de Tanger, a inscrit l’événement dans la vocation historique de la ville, "pont entre les continents et les peuples", tout en soulignant que le défi des services publics locaux "ne se limite plus à fournir des services de base", mais consiste désormais à offrir des services plus efficaces, équitables, durables et proches des citoyens.

De son côté, Lee Jang-Woo, président de CGLU, a rappelé que les gouvernements locaux et régionaux ne sont plus des acteurs secondaires de la gouvernance mondiale. "Les agendas mondiaux ne peuvent réussir sans action locale", a-t-il affirmé, résumant l’esprit d’un congrès qui défend un multilatéralisme ancré dans les territoires.

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Le 25 juin 2026 à 16h42

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