Marrakech Comedy Festival : 5.500 spectateurs et un premier pari réussi
Du 4 au 6 juin, le Palais des Congrès a quitté son registre institutionnel pour accueillir deux galas, arabophone puis francophone, portés notamment par Eko, Malik Bentalha, Amine Radi, Nordine Ganso et Youness Hanifi. Entre tapis rouge, captation pour Disney+ annoncée le 9 octobre et diffusion prévue sur 2M et TV5 Monde, l’événement cherche déjà à dépasser le simple coup d’éclat. Retour sur trois soirées qui veulent installer la ville ocre dans le calendrier international du rire.
Alors que le soleil déclinait sur l’avenue Mohammed VI, une file interminable et surtout impatiente convergeait vers le Palais des Congrès de Marrakech. Plus accoutumé aux sommets internationaux feutrés qu'aux éclats de voix, ce haut lieu de la ville ocre s'était métamorphosé pour l'occasion en temple de l'humour.
Ce samedi 6 juin marquait l’apothéose d’une aventure entamée trois jours plus tôt. Pour la clôture de cette édition inaugurale, le Gala Francophone affichait complet avec près de 2.000 spectateurs qui ont répondu présent.
Au cœur d'un décor à la fois moderne et chaleureux, le public s'est pressé pour prendre place dans la majestueuse salle du Royal Ballroom. Entre les accents du terroir et les voix venues de toute la francophonie, l'ambiance était à la communion. Tous les regards convergeaient vers une scène transformée en palais éphémère : un décor grandiose qui capturait l'essence féérique des murs et des portes royales de Marrakech pour recréer la magie des Mille et Une Nuits.

Malik Bentalha : le retour de l’enfant prodige sur ses terres de cœur
Lorsque les lumières se sont tamisées pour laisser place au maître de cérémonie, c’est un Malik Bentalha visiblement habité par une émotion singulière qui s’est avancé sur le devant de la scène. L’humoriste et acteur semblait savourer chaque seconde de ce triomphe, conscient du chemin parcouru en à peine quelques mois.
Pour Malik, ce festival n’est pas qu’une ligne de plus sur un CV prestigieux, c’est une profession de foi. "Ce festival est né d'une envie simple, celle de créer un espace généreux pour le rire et les talents. Ce pari est réussi", nous confiait-il avec pudeur dans l’effervescence des coulisses. "Je ressors de ces trois jours avec le cœur plein d'énergie et l'envie déjà d'écrire la suite".
Le choix de Marrakech pour lancer cette aventure n’avait rien d’un calcul marketing ; c’était une dette d’honneur. Entre deux éclats de rire, il a rappelé son lien indéfectible avec le Royaume : "Ma carrière est née ici. C'est grâce au Maroc que j'ai pu remplir des salles et mener cette vie. C'était une évidence de rendre l'amour que tous les Marocains m'ont donné depuis tant d'années".
D’origine marocaine par sa mère, native de Meknès, Malik a piloté ce projet avec l’exigence de celui qui reçoit chez lui, adaptant ses textes pour coller à la chaleur et à la finesse du public local.
Une vitrine pour la "Nouvelle Garde" francophone
Sous sa houlette, la scène est devenue le théâtre d'une démonstration de force de la nouvelle génération comique. Le Gala Francophone a non seulement diverti, mais surtout révélé la pluralité des styles qui font le sel de l'humour actuel.
Le public a ainsi été emporté par la répartie électrique et sans filtre d’Amine Radi, avant de se laisser séduire par "l'absurde poétique" de Nordine Ganso, dont l'univers singulier a fait mouche.
"On a voulu faire une fête, réunir les amis, la famille et faire rire un maximum de monde", résume Malik Bentalha. À voir les visages illuminés dans la salle, la mission est plus que remplie.
Parmi les moments forts de ce Gala Francophone, le passage de Youness Hanifi a littéralement électrisé la salle. L'artiste a séduit grâce à son incroyable capacité à marier l’observation sociale à une gestuelle explosive. Son sketch, abordant avec une dérision mordante le fossé entre l’éducation "positive" des parents bobos et celle, plus frontale, de sa propre enfance, a trouvé un écho spécial auprès du public marrakchi.
Mais c'est surtout son sens de l'absurde et ses mimiques faciales irrésistibles qui ont déclenché les rires les plus nourris. Youness Hanifi a prouvé qu'il n'avait pas seulement du texte, mais une véritable présence scénique qui en fait l'une des révélations les plus percutantes de cette édition.
Un plébiscite populaire : quand les chiffres valident l’ambition
Au-delà de l’ambiance festive, les chiffres confirment l’ampleur prise par cette première édition du Marrakech Comedy Festival. En l’espace de trois jours, du 4 au 6 juin, le Palais des Congrès a vu défiler près de 5.500 spectateurs. Un flux massif qui témoigne d’une attente réelle, comme le souligne Karim Debbouze, co-fondateur et cheville ouvrière de l'événement :
"On a eu un vrai signal : les gens étaient en attente de ce festival. Le fait que tout soit "sold out" en à peine deux mois a été une première récompense. Voir ce public si hétéroclite au rendez-vous, et les artistes porter si haut l'humour marocain et francophone, c'est une immense fierté collective. Ce n’est que le début d’une aventure que nous voulons pérenne".
La dualité culturelle, ADN du festival
La force de cette édition a résidé dans son équilibre parfait entre les langues et les cultures. Si le Gala Francophone a servi de bouquet final, le coup d’envoi avait été donné par un Gala Arabophone d’une intensité rare. Sous la houlette d'Eko, véritable enfant du pays et maestro de la scène locale, une constellation de talents (de l’expérimenté Ahmed Boudrouz à la révélation Ghita Kitane) a prouvé que l’humour "made in Morocco" n’a jamais été aussi inventif.
Cette programmation bilingue est une volonté artistique forte. Pour les organisateurs, il s'agit de célébrer l'identité plurielle du public marocain. "Très content de l'ouverture avec Eko. Tout le monde était au rendez-vous, c’était une très belle fête", se réjouit Karim Debbouze.
Pourquoi Marrakech ? Le choix de l'évidence
Si le festival a trouvé sa vitesse de croisière si rapidement, c'est aussi grâce à son écrin. Pour Karim Debbouze, Marrakech n’est pas seulement une destination touristique, c’est le berceau naturel de la comédie :
"Marrakech est la ville de l'humour par essence. Tout part de la place Jemaa el-Fna, c’est là qu'on trouve les conteurs d'histoires, les comédiens de rue... C'est une ville intrinsèquement artistique".
Il ajoute également une dimension pragmatique à ce succès : la position géographique de la ville ocre. "C’est une destination top. Quand on propose aux artistes de venir ici, à trois heures de Paris ou de l’Europe, ils répondent tout de suite présent".
En s'appuyant sur l'héritage historique de la ville tout en y insufflant une modernité scénique, le festival a réussi à créer un pont entre les racines de la "Halqa" et les standards des plus grands festivals internationaux. Une formule gagnante qui semble déjà tracer les contours d'une institution future.
Le rayonnement de cette première édition s'est aussi mesuré à l'éclat de son tapis rouge, qui n'avait rien à envier aux festivals de cinéma les plus prestigieux.
On a noté la présence de Camille Combal, Vitaa, Clotilde Courau, Alban Lenoir, Kingsley Coman, Hinaupoko Devèze (Miss France 2026), Soprano, Michaël Gregorio, Niska, Wilfried Mbappé, et près d'une trentaine d'autres personnalités.
Une vitrine mondiale : le rire marrakchi s'exporte sur Disney+
Lors de la soirée du 6 juin, l'émotion était palpable pour les privilégiés ayant trouvé place dans l'enceinte du Royal Ballroom, mais le rayonnement du Marrakech Comedy Festival ne se limitera pas à cette audience. Sous l'œil attentif de dizaines de caméras, le Gala Francophone a fait l'objet d'une captation minutieuse. Le résultat sera dévoilé le 9 octobre prochain sur Disney+. C'est la toute première fois qu'un spectacle d'humour en langue française intègre le catalogue mondial de la célèbre plateforme de streaming.
Les galas feront également l'objet d'une diffusion prochaine sur 2M et TV5 Monde.
Cap sur 2027 : l'ambition d'un rendez-vous pérenne
Alors que les dernières notes de la Dakka Marrakchia du groupe Bola Bola qui a rythmé le tapis rouge s'estompent et que les lumières du Palais des Congrès s'éteignent, l'heure est déjà au bilan et à la projection. Pour Karim Debbouze et Malik Bentalha, cette première édition n'était pas un "one-shot", mais bien la première pierre d'un édifice qu'ils comptent bâtir sur le long terme.
Déjà tourné vers l'avenir, le producteur de l'événement ne cache pas ses ambitions : "Inchallah, l'année prochaine, on va essayer de faire ça encore plus grand. Tant que le public est au rendez-vous, nous serons là pour combler les demandes".
Pour Malik Bentalha, ce festival est une naissance qu'il faut accompagner avec soin et exigence. "Pour la prochaine édition, j'aimerais que ce soit, comme dirait mon père, de meilleur en meilleur. On va se donner du mal pour obtenir des moyens encore plus importants et faire en sorte que la fête soit encore plus belle. On va se bagarrer pour ça".
Au vu du succès de ces trois jours, le festival s'annonce déjà comme un classique. Le rendez-vous est pris pour 2027.
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