Moustiques, moucherons… Pourquoi les insectes prolifèrent au Maroc
Des vidéos filmées à Béni Mellal, El Kelaâ des Sraghna, El Attaouia ou Nador montrent des nuées d'insectes jusque dans les habitations. En cause, l’alternance récente de pluies, d’humidité et de fortes chaleurs, qui accélère les cycles de reproduction, mobilisant les collectivités locales. Explications.
Moustiques, "hammouch" (moucherons), fourmis ailées, petits coléoptères… Depuis plusieurs jours, les vidéos se multiplient sur les réseaux sociaux, montrant des nuées d’insectes envahir des habitations dans plusieurs régions, de Béni Mellal à El Kelaâ des Sraghna, en passant par El Attaouia ou encore Nador.
"Cette prolifération est directement liée aux fortes perturbations climatiques enregistrées ces dernières semaines au Maroc. Les épisodes de chaleur plus longs, les variations climatiques et les perturbations des saisons créent des conditions favorables à certaines espèces d’insectes, notamment les moustiques", nous explique-t-on à Casablanca Baia, la société de développement local en charge notamment de l’hygiène et de la salubrité à Casablanca.
En un temps record, le Royaume est passé d’épisodes pluvieux, parfois neigeux, à des vagues de chaleur dépassant les 40 °C. Cette alternance entre humidité élevée et températures extrêmes a créé un environnement propice à la reproduction et à l’éclosion accélérée des insectes.
Les eaux stagnantes accumulées après les pluies constituent des zones de ponte idéales pour les moustiques. Avec la hausse des températures, les cycles d’éclosion s’accélèrent fortement, favorisant des apparitions massives et simultanées d’insectes, attirés notamment par la lumière et les zones urbaines.
Pour les spécialistes, il s’agit avant tout d’un phénomène saisonnier.
Un phénomène amplifié par le changement climatique
Si cette prolifération reste naturelle, on peut y voir néanmoins un symptôme des bouleversements climatiques en cours.
Selon Casa Baia, le "changement climatique joue effectivement un rôle important" dans cette prolifération d’insectes. À une saison exceptionnellement humide s'ajoute une hausse brutale des températures qui, conjuguée à un fort taux d'humidité, prolonge les périodes propices à la reproduction et accélère le cycle de développement de ces insectes ailés. Amplifié par l'intensité des variations météorologiques, ce phénomène, bien que localisé, a favorisé leur prolifération dans plusieurs régions du pays.
Cette situation s'inscrit dans un contexte météorologique exceptionnel à l'échelle nationale. Au cours de cette année, en effet, de nombreuses régions ont enregistré une pluviométrie supérieure à leurs normales saisonnières, y compris des zones désertiques marocaines. La région Guelmim, par exemple, s'est exceptionnellement couverte d'un tapis de verdure au début du printemps.
Au-delà de ces phénomènes locaux, le réchauffement climatique a également été le moteur de la recrudescence acridienne que connaît le Maroc, bien que le développement des criquets pèlerins remonte au mois de décembre 2025. En raison d’importantes précipitations et de développements de végétations, les criquets pèlerins ont retrouvé de bonnes conditions de reproduction hivernale et printanière, ce qui explique leur recrudescence en grand nombre dans les provinces du sud avant de migrer vers les régions de Guelmim, Souss et de Tata.
Face à cette menace, les autorités marocaines sont mobilisées depuis décembre 2025. Elles ont traité avec efficacité plusieurs foyers dans les régions de Dakhla, Boujdour, Laâyoune et Guelmim, et concentrent désormais leurs efforts sur les zones de Souss et de Tata.
À l'échelle régionale, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) classe pour sa part l'Afrique du Nord en zone de prudence : aucun signe d'invasion n'est à signaler à ce jour, mais les efforts de lutte doivent se poursuivre afin de contenir la propagation du fléau.
Faut-il craindre un danger sanitaire ?
La majorité des insectes observés actuellement ne présentent pas de menace sanitaire majeure pour la population. Les principaux désagréments concernent surtout les allergies, les irritations ou les nuisances liées à leur présence massive dans les habitations.
Le risque le plus sérieux concerne davantage l’agriculture, en particulier dans les régions agricoles stratégiques du Sud marocain.
Les criquets pèlerins restent les plus redoutés. Lorsqu’ils atteignent le stade grégaire, ces insectes peuvent former des essaims destructeurs, capables de ravager des milliers d’hectares de cultures en quelques heures et d’entraîner des coûts supplémentaires liés aux traitements phytosanitaires.
Face à cette recrudescence, plusieurs collectivités locales ont lancé des campagnes intensives de désinsectisation dans différentes villes du Royaume.
À partir du 21 avril 2026, plusieurs opérations de pulvérisation ont notamment été signalées à Béni Mellal, Ksar El Kébir, Nador ou encore El Attaouia, afin de limiter la prolifération des moustiques et des insectes nuisibles. Dans d’autres régions, cette période se caractérise également par des campagnes de dératisation et de lutte contre les insectes rampants.
À découvrir
à lire aussi
Article : ASMEX. Comment la succession de Sentissi a basculé dans une crise de gouvernance
Hassan Sentissi préside l'ASMEX depuis 2013. Son troisième mandat expire le 30 juin. Trois vice-présidents du bureau actuel ont déposé leur candidature, le conseil d'administration les a validées. Mais le président sortant a convoqué une assemblée générale extraordinaire pour le 22 juin, la veille du scrutin prévu au 23 juin, afin de modifier les statuts et redéfinir les conditions d'éligibilité. Une bataille de positions et d'arguments est engagée pour le contrôle de l'organisation patronale des exportateurs du Maroc. Récit et documents.
Article : Prévisions météo pour le lundi 08 juin 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 8 juin 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Temps assez chaud à chaud […]
Article : Forum de Paris: Redouane Arrach expose les limites du modèle marocain des subventions aux intrants
Le soutien aux intrants a permis d’amortir les chocs sur l’agriculture, mais ses effets pervers apparaissent dans le maraîchage. Le ministère plaide pour des réponses plus ciblées afin de protéger la production sans créer de rente.
Article : La BP lance deux cartes digitales pour défendre son terrain face aux fintechs
La Banque Populaire enrichit son offre digitale avec le lancement de deux nouvelles cartes virtuelles, "L’Instant" et "La Virtuelle", accessibles directement via son application Pocket Bank. Explications.
Article : Gaz butane. Après la menace de grève, le gouvernement revalorise une partie des marges de distribution
Le gouvernement a revu à la hausse une partie des marges réglementées de la filière du gaz butane. La mesure intervient quelques semaines après la menace de grève des dépositaires, grossistes et distributeurs. Elle ne modifie pas le prix payé par les ménages mais augmente le coût réglementé de la distribution.
Article : Hiromi Uehara à Jazzablanca: enfin du jazz au Maroc !
Dans un contexte où le jazz semble de plus en plus relégué au second rang dans la programmation musicale des festivals marocains, la venue à Jazzablanca de Hiromi Uehara constitue une belle surprise pour les puristes du genre. Figure majeure du jazz contemporain, cette pianiste japonaise fait partie du cercle très fermé des sommités mondiales qui se sont produites ces dernières années au Maroc. Une grande première qui mérite d'être soulignée.