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Transport & Logistique

Marine marchande : reconstituer la flotte marocaine ne sera pas si simple

En marge des Assises maritimes organisées les 21 et 22 mai 2026, les grandes lignes de l’étude du ministère du Transport et de la logistique ont été dévoilées. À l’horizon 2030, l’étude recommande le développement de vingt nouveaux navires marocains, constituant ainsi le premier noyau de la marine marchande marocaine. Cette ambition est-elle suffisante ? Et surtout, battre pavillon marocain est-il rentable pour un navire ?

Marine marchande : reconstituer la flotte marocaine ne sera pas si simple
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Le 22 mai 2026 à 17h00 | Modifié 22 mai 2026 à 23h28

L’essentiel :

  • Les 1res Assises nationales de la marine marchande, tenues les 21 et 22 mai à Tanger, ont permis de dévoiler les résultats de l'étude stratégique du ministère du Transport et de la logistique.
  • L'étude recommande la constitution d'une flotte de vingt navires, dont au moins huit détenus en propriété, ciblant trois segments stratégiques : le ro-pax, le vrac solide (porté notamment par les phosphates) et le feedering conteneurisé entre la Méditerranée et la façade atlantique africaine.
  • La reconstitution de cette flotte se heurte toutefois à un obstacle de taille : naviguer sous pavillon marocain coûte aujourd'hui beaucoup plus cher que sous pavillon européen, tant en coûts d'équipage qu'en charges fiscales.
  • Avec un horizon fixé à 2030, soit à peine quatre ans, le passage à l'action est urgent. Pour assurer la compétitivité du pavillon national, la reconstitution de la flotte nécessite non seulement un effort d'investissement, mais aussi un dispositif solide de mesures incitatives, financières et fiscales.

-oOo-

Les détails :

Les 1res Assises nationales de la marine marchande, organisées les 21 et 22 mai 2026 à Tanger, ont permis de dévoiler les résultats d'une étude stratégique très attendue du ministère du Transport et de la logistique, qui concrétise l'appel lancé par le Souverain, dans son discours à l'occasion du 48ᵉ anniversaire de la Marche verte, en faveur de la constitution d'une flotte commerciale maritime nationale forte et compétitive.

Si le secteur maritime marocain peut se prévaloir de réussites notables, portées au premier chef par l'essor fulgurant de Tanger Med, plusieurs verrous restent à faire sauter pour passer à la vitesse supérieure. Le développement de la flotte nationale apparaît à cet égard comme un levier longtemps négligé, à la fois gage de souveraineté et porteur de nouvelles opportunités, notamment pour faire émerger une activité économique forte et viable.

Émergence industrielle, Initiative atlantique pour l'Afrique, essor de l'hydrogène vert, montée en puissance des nouveaux ports : autant de chantiers stratégiques dont la réussite reste étroitement liée au développement d'une flotte nationale.

Toute la question est désormais de savoir si le Maroc peut reconstituer sa flotte maritime aussi rapidement qu’il cherche à renforcer sa flotte aérienne nationale.

Vingt navires pour reconstituer la flotte nationale axée sur trois filières

Au Maroc, les flux maritimes sont aujourd'hui captés par des armateurs étrangers, alors même que le Royaume dispose, en vertu du droit international, d'un droit d'exploitation sur 50% des flux maritimes avec l'Europe. Une part très largement sous-exploitée à ce jour.

Pour inverser la tendance, l'étude stratégique menée par le cabinet Boston Consulting Group (BCG) recommande, au terme d'un diagnostic approfondi, le développement d'une flotte nationale de vingt navires, dont au moins huit détenus en propriété. Ce contingent devrait constituer le nouveau noyau d'une marine marchande marocaine renforcée à l'horizon 2030.

S'agissant de l'activité de cette future flotte, trois filières prioritaires ont été identifiées à moyen terme pour porter son émergence et capter la valeur ajoutée. Ce choix n'est pas anodin puisque ces segments ont été retenus en raison de leur capacité à atteindre la rentabilité sans recours au soutien public, à financer leur propre croissance et à rester compétitifs face aux acteurs internationaux déjà établis. Il s’agit des segments suivants :

  • Le segment ro-ro (rouler pour entrer, rouler pour sortir) / ro-pax (roulier et passager), avec pour objectif de renforcer la flotte de navires rouliers et passagers afin d'exploiter effectivement les 50 % de flux entre le Maroc et l'Europe.
  • Le vrac solide, avec le potentiel minéralier du Maroc porté par les phosphates. L'étude ambitionne de transporter et de sécuriser 20% à 40% des flux autour d'un acteur national.
  • Le feedering conteneurisé, où le Maroc peut viser 5% à 10% de parts de marché entre la Méditerranée et les pays de la façade atlantique africaine, jusqu'au golfe de Guinée.

3,4 milliards de DH et un choc de compétitivité

Sur le plan financier, l'étude chiffre les besoins d'investissement à environ 3,4 milliards de DH pour la constitution de cette flotte nationale, pour un chiffre d'affaires annuel projeté à 3,6 MMDH à l'horizon 2030, ainsi que la création d'au moins 1.200 emplois directs.

En plus des besoins d’investissement, l’étude préconise, pour s’aligner sur la concurrence européenne, un choc de compétitivité adossé à des incitations financières et fiscales. Elle suggère notamment l’intégration du secteur maritime aux primes de la nouvelle Charte de l’investissement, l’activation de fonds de garantie ad hoc, l’introduction du crédit-bail fiscal et l’adoption de la taxe au tonnage pour l’IS.

Parallèlement, l’étude plaide pour un renforcement de la Direction de la marine marchande, avec un élargissement de ses prérogatives, afin qu'elle puisse porter les chantiers structurants à venir.

Tout l'enjeu réside désormais dans le passage de l'étude à l'action, d'autant que la stratégie est calée sur un horizon resserré, 2030, soit à peine quatre ans. Un timing qui impose un rythme d'exécution soutenu.

Premier acte posé en ce sens, Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la logistique, a annoncé, en ouverture des Assises, le lancement de la première tranche d'appels d'offres dédiée aux lignes passagers et véhicules à travers le détroit de Gibraltar. Il s’est également dit prêt à ouvrir de nouvelles lignes maritimes reliant les ports du Sud, notamment Agadir et Dakhla, à des destinations européennes et africaines, au bénéfice des secteurs exportateurs.

Le coût du pavillon marocain en question

Si la quasi-disparition de la flotte nationale trouve en partie son origine dans la faillite de la COMANAV, ex-compagnie maritime publique de référence, le nombre extrêmement réduit de navires battant aujourd'hui pavillon marocain, à peine une quinzaine, interroge sur les raisons structurelles de cette absence.

Intervenant lors des Assises, Ronny Moriana, vice-président du groupe DFDS, a livré un témoignage sur les handicaps de compétitivité qui pèsent sur les navires marocains.

Sur des navires aux caractéristiques rigoureusement comparables – mêmes rotations, mêmes horaires, mêmes conditions de travail –, les coûts d'équipage sous pavillon marocain sont supérieurs de 15% à 20% à ceux constatés sur un navire européen, ce qui constitue d'emblée un désavantage compétitif structurel.

De plus, une fois un bénéfice réalisé, la fiscalité marocaine s’avère extrêmement pénalisante. À titre d’exemple, pour un même chiffre d’affaires et une même rentabilité, l’impôt acquitté au Maroc peut être jusqu’à 920 fois supérieur à celui payé en Europe.

Ce sont ces prélèvements qui empêchent les armateurs nationaux de réinvestir dans leur flotte, contrairement à leurs concurrents européens.

Un constat partagé par Mohamed El Jaouadi, président de l'Association des armateurs du Maroc, pour qui la reconstitution de la flotte nationale ne pourra se faire sans un engagement coordonné de l'ensemble des parties prenantes. Selon lui, sans appui public, sans implication des chargeurs et des importateurs marocains, l’ambition de reconstruire une flotte nationale risque de rester difficile à concrétiser, même à moyen terme.

Les recommandations des 1res Assises nationales de la marine marchande

À l'issue de deux journées de travaux, les 1res Assises nationales de la marine marchande ont débouché sur une feuille de route mobilisant l'ensemble des acteurs publics et privés, pour traduire en actes l'ambition d'un Maroc érigé en puissance maritime régionale émergente.

Sur le volet institutionnel, les Assises recommandent la création d'un Conseil national supérieur de la mer, instance de coordination interministérielle chargée de définir les grandes orientations d'une stratégie nationale de développement d'une flotte forte et compétitive, contrôlée par des sociétés de droit marocain, avec un accent particulier sur le segment ro-pax.

Pour faire émerger la flotte nationale et restaurer une véritable souveraineté logistique, trois leviers structurants sont mis en avant :

  • La mise en place d'un dispositif de financement dédié à l'acquisition, au renouvellement et à la modernisation des navires, adossé à un mécanisme public de garantie.
  • La création d'un registre international marocain (RIM), conçu pour offrir un cadre compétitif et attractif, et inciter les armateurs internationaux à immatriculer leurs navires sous pavillon marocain.
  • L’instauration d'un régime fiscal maritime adapté, incluant un dispositif de taxe au tonnage aligné sur les pratiques en vigueur dans les grandes nations maritimes.

Sur le plan de la modernisation logistique et industrielle, les Assises appellent à accélérer la digitalisation de l'écosystème maritime national, à travers le déploiement de plateformes numériques intégrées et la sécurisation des échanges de données au service de la compétitivité.

Sur le volet de la transition énergétique, les recommandations soulignent la nécessité d'adopter une feuille de route nationale de décarbonation du transport maritime, alignée sur les engagements internationaux du Royaume et adaptée aux capacités économiques des opérateurs.

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Le 22 mai 2026 à 17h00

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