Ebola classé “urgence mondiale” : comment le Maroc organise sa veille épidémiologique ?
Hantavirus, Ebola, coronavirus… À chaque nouvelle alerte sanitaire internationale, la même question revient : le Maroc est-il suffisamment préparé ? Alors que l’OMS vient de classer la résurgence d’Ebola comme une urgence mondiale, le Royaume maintient un niveau de vigilance renforcé à travers un dispositif actif de veille épidémiologique, de surveillance aux frontières et de préparation sanitaire.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché l’alerte maximale après la résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda. En cause, la souche Bundibugyo, une variante rare du virus, pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique homologué n’existe actuellement. Une situation qui replace la question de la préparation sanitaire des États au centre des préoccupations, y compris au Maroc.
Si le risque d’introduction du virus au Royaume reste considéré comme faible, les autorités sanitaires marocaines ont néanmoins renforcé leur niveau de vigilance. Derrière cette surveillance, un dispositif de veille épidémiologique structuré fonctionne en continu, piloté notamment par le Centre national des opérations d’urgence de santé publique.
"Le principe est une veille multisource", explique à Médias24 le Dr Mouad Merabet, médecin spécialiste en épidémiologie des urgences de santé publique au ministère de la Santé. "L’objectif est de détecter précocement les risques, d’évaluer leur probabilité d’introduction au Maroc et de préparer la réponse selon le niveau de risque identifié".
La nouvelle flambée liée au virus Bundibugyo a conduit l’OMS à classer la situation comme une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). Cette souche est considérée comme particulièrement préoccupante car elle diffère du virus Ebola Zaïre, contre lequel existent déjà des vaccins utilisés lors des précédentes épidémies.
Selon la fiche technique élaborée par le ministère de la Santé en mai 2026, consultée par Médias24, Ebola appartient au groupe des fièvres hémorragiques virales et peut provoquer des formes graves avec défaillance multiviscérale et manifestations hémorragiques. Le document rappelle également qu’aucun vaccin homologué n’est actuellement disponible contre les virus Bundibugyo et Soudan.
Au 18 mai 2026, l’OMS recensait 528 cas suspects et 132 décès entre la RDC et l’Ouganda. La souche Bundibugyo avait déjà été impliquée dans plusieurs épidémies majeures, notamment en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012.
Face à ce contexte, le Maroc active d’abord un important travail de veille internationale. D’après le Dr Merabet, le système marocain surveille en permanence les alertes sanitaires mondiales via les plateformes de l’OMS, les ministères de la Santé étrangers, les agences de santé publique et plusieurs réseaux scientifiques internationaux.
Le responsable évoque également l’utilisation d’outils spécialisés comme l’Epidemic Intelligence from Open Sources (EIOS), une plateforme développée par l’OMS permettant de détecter précocement des signaux épidémiologiques à travers les médias et les données publiques internationales.
"Le système commence par la veille, ensuite vient l’évaluation du risque", précise-t-il. Cette évaluation repose sur plusieurs critères : probabilité d’introduction du virus, vulnérabilité du système sanitaire, capacité de réponse des structures hospitalières et disponibilité des moyens diagnostiques et logistiques.
Frontières, laboratoires, formation : le dispositif marocain en mode vigilance
Selon le Dr Merabet, le Maroc applique un modèle d’analyse inspiré des standards de l’OMS, du CDC américain et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), mais adapté au contexte national.
Le dispositif marocain de gestion des urgences sanitaires fonctionne par niveaux d’alerte — vert, orange ou rouge — et s’appuie sur une organisation territoriale allant du niveau central jusqu’aux provinces. "Il existe des centres régionaux d’opérations d’urgence ainsi que des équipes provinciales d’intervention", explique-t-il.
Cette architecture mobilise plusieurs composantes : épidémiologie, laboratoires, prise en charge clinique, communication sur les risques, santé environnementale et logistique pharmaceutique. Des exercices de simulation et des formations régulières sont également organisés, y compris à l’international.
Concernant Ebola, le Maroc suit actuellement les recommandations émises par l’OMS pour les pays situés hors des zones directement touchées. L’organisation internationale recommande notamment d’éviter les restrictions excessives sur les voyages et le commerce international.
"Nous avons renforcé le niveau de vigilance aux points d’entrée, notamment à l’aéroport Mohammed V, sans mettre en place de mesures draconiennes", affirme le Dr Merabet.
Le responsable insiste aussi sur le renforcement des formations destinées aux professionnels de santé. "Ebola est connu du grand public de nom, mais les professionnels doivent maîtriser les caractéristiques cliniques, les procédures de détection et les protocoles de sécurité biologique", explique-t-il.
La fiche technique du ministère rappelle que la transmission du virus se fait principalement par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée ou décédée. Aucune transmission par voie aérienne ou via les moustiques n’a été démontrée à ce jour.
Le document souligne également que les analyses doivent être réalisées dans des conditions strictes de biosécurité et que les prélèvements sont considérés comme à très haut risque biologique.
Le Dr Merabet assure enfin que le Maroc dispose de laboratoires de référence capables de détecter le virus Ebola, notamment à travers les techniques de diagnostic moléculaire comme la RT-PCR, utilisée pour confirmer l’infection. Le Royaume dispose également de structures de prise en charge et d’un dispositif de gestion des urgences sanitaires mobilisable en cas de détection d’un cas suspect.
Selon lui, les autorités sanitaires procèdent aussi à la vérification régulière de la disponibilité des réactifs, des équipements de protection et des protocoles de biosécurité, dans le cadre du renforcement continu de la préparation nationale face aux risques épidémiques émergents.
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