Coupe du monde 2026. Un stage aux allures de fausse bonne idée ?
Mohamed Ouahbi a convié 28 joueurs pour prendre part à un stage de préparation au Complexe Mohammed VI de Salé, du 22 au 26 mai, jour de l’annonce du groupe des mondialistes. Un procédé étonnant qui révèle les doutes du sélectionneur sur certains postes, et qui, surtout, n’est pas sans risque pour le physique et le moral des joueurs.
Il est de coutume de dire que les places sont chères en prévision d’un Mondial. A fortiori au vu du procédé choisi par le staff de l’équipe nationale afin de désigner les 26 joueurs qui participeront au Mondial 2026.
Le sélectionneur national, Mohamed Ouahbi, a en effet convoqué 28 joueurs afin de prendre part à un stage de préparation au Complexe Mohammed VI de football à Salé, du vendredi 22 au mercredi 26 mai.
L’épilogue de ce camp d’entraînement coïncide avec un match à huis clos contre le Burundi, mais aussi et surtout avec l’annonce de la liste définitive du groupe qui prendra l’avion pour les États-Unis le mercredi 3 juin.
Cette manière de procéder en dit long sur les quelques doutes qui entourent le staff de l’équipe nationale, particulièrement dans le cas des joueurs de complément. Il s’agit en outre d’une stratégie périlleuse, car elle peut être à double tranchant.
Mais avant de décrypter les tenants et les aboutissants de ce procédé, revenons en détail sur la structure de la liste des 28 joueurs.
محمد وهبي يستدعي مجموعة من اللاعبين للدخول في تجمع إعدادي بمركب محمد السادس لكرة القدم قبل الإعلان عن اللائحة النهائية لكأس العالم 2026
Mohammed Ouahbi calls up a group of players for a preparatory training camp ahead of the final 2026 FIFA World Cup™ squad announcement 🇲🇦… pic.twitter.com/aGtQItXCIR
— Équipe du Maroc (@EnMaroc) May 21, 2026
Ayyoub Bouaddi et des champions du monde U20
On y retrouve quatre gardiens de but, huit défenseurs, sept milieux de terrain et neuf attaquants.
Dans le lot, il y a des internationaux confirmés qui ont d’ores et déjà leur billet pour le Mondial 2026 (Ayoub El Kaabi, Ismail Saibari, Munir El Kajoui) ou des novices récemment convoqués lors de la fenêtre internationale du mois de mars (Rayane Bounida, Samir El Mourabet).
D’autres retrouvent la sélection nationale après de longues années d’absence (Imran Louza, Soufiane Boufal). Un seul joueur de champ de Botola figure dans la liste (Soufiane Benjdida).
Quelques vainqueurs de la Coupe arabe au Qatar, en décembre dernier (Marouane Saâdane, Mohamed Chibi, Soufiane Bouftini).
Des champions du monde U20 ayant déjà porté le maillot de l’équipe nationale (Gessime Yassine), et d’autres pas encore (Othmane Maamma, Yanis Benchaouch, Ibrahim Gomis, Ismail Baouf).
Des joueurs populaires auprès du grand public appelés pour la première fois (Ayyoub Bouaddi, Yanis Begraoui, Tawfik Bentayeb), et d’autres dont l’existence n’était connue que du staff et de quelques initiés (Soufiane El Faouzi, Ayoube Amaimouni-Echghouyab).
Bref, un joyeux melting-pot qui évoque davantage un casse-tête que l’idée du siècle.
C’est dans ce genre d’atmosphère sous tension que surviennent les blessures
Au départ, le sélectionneur national avait justifié ce rassemblement par la nécessité d’évaluer certains profils, mais aussi de permettre à plusieurs internationaux assurés d’être du voyage de garder le rythme après la fin de leurs saisons respectives en club.
Cependant, on a toujours un peu de mal à comprendre la logique derrière cette décision qui s’apparente en réalité à une fausse bonne idée. C’est en quelque sorte le premier choix critiquable du staff de l’équipe nationale.
De deux choses l’une, soit le sélectionneur national a d’ores et déjà en tête les Lions de l’Atlas qui seront de la partie aux États-Unis, et il avait uniquement besoin de sparring-partners de qualité afin qu’ils soient en grande forme.
Soit il fait encore de la prospection à moins d’un mois du Mondial 2026, ce qui est quelque peu préoccupant.
D’autant que ce procédé assez particulier comporte un véritable danger pour l’intégrité physique des joueurs, tant la concurrence s’annonce féroce.
Tous les éléments convoqués sont des compétiteurs dans l’âme. Ils joueront donc leur va-tout afin d’arracher une place pour la Coupe du monde.
Dans un contexte pareil, chacun voudra marquer des points, parfois en en faisant trop. Et c’est précisément dans ce genre d’atmosphère sous tension que surviennent les blessures, voire les mauvais gestes envers un coéquipier.
De surcroît, plusieurs internationaux confirmés pourraient avoir le sentiment de jouer leur place dans une sorte de "battle royale" grandeur nature, avec tout ce que cela implique comme tensions et frustrations.
Comment empêcher certains de surjouer pour convaincre le staff ? Comment calmer les ardeurs de ceux qui savent qu’ils n’ont peut-être qu’une poignée d’entraînements pour arracher leur billet pour les États-Unis ?
À l’évidence, il ne s’agit pas du meilleur climat pour préparer un Mondial. Alors que pendant ce temps, toutes les équipes qui seront sur le chemin du Maroc dans le groupe C ont finalisé leurs listes des 26.
Mohamed Ouahbi expose une partie de son groupe à de la frustration
En outre, le danger est également psychologique. Certains cadres ou joueurs expérimentés pourraient difficilement accepter d’être placés sur la même ligne de départ que des profils beaucoup plus inexpérimentés.
Le cas de Soufiane Boufal illustre parfaitement cette problématique. Il est compliqué d’imaginer un joueur de son statut apprécier l’idée de devoir "se battre" jusqu’à la dernière minute avec des novices ou des joueurs encore inconnus du grand public.
Dans le même temps, Mohamed Ouahbi expose mécaniquement une partie du groupe à une immense frustration. Car à l’issue du rassemblement, plusieurs joueurs devront être renvoyés chez eux. Et d’autres iront au Mondial mais sans leurs amis. Une situation délicate humainement, surtout à quelques jours du plus grand rendez-vous d’une carrière.
D’autant plus que plusieurs joueurs concernés sortent de saisons éprouvantes ou jouent gros avec leurs clubs respectifs.
Le cas de Soufiane Benjdida, toujours engagé dans la course au titre avec le MAS, en est l’illustration. Il devra être costaud mentalement pour se remettre dedans s’il n’est pas convoqué pour le Mondial, tant le sélectionneur lui aura donné l’illusion d’être passé tout près.
Certes, Mohamed Ouahbi assure vouloir maintenir concernés des joueurs dont les saisons sont déjà terminées, tout en évaluant certains profils de complément. Mais la méthode interroge.
D’autres solutions existaient probablement, notamment l’organisation de matchs face à des sélections U23 ou à des équipes locales afin de préserver le rythme des titulaires sans transformer le stage en vaste séance d’écrémage.
À moins que ce ne soit précisément l’objectif recherché. Pousser tout le monde dans ses retranchements afin de créer une concurrence maximale avant le départ pour les États-Unis. Un pari extrêmement risqué.
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