Coupe du monde 2026. Mohamed Ouahbi se dévoile au grand public
VERBATIM. À quelques semaines du Mondial 2026, le sélectionneur national a réalisé un numéro d’équilibriste sur le plateau de la SNRT, vendredi 15 mai à Salé. Parfois énigmatiques mais souvent éloquentes, ses interventions ont exprimé avec ferveur sa passion pour le football et exposé sa vision du jeu ainsi que les critères de sélection en vue de la Coupe du monde. Sans oublier de mettre en lumière ses hommes de l’ombre.
L’essentiel :
À moins de deux semaines de l’annonce de la liste finale pour la Coupe du monde 2026, Mohamed Ouahbi a levé le voile sur la préparation des Lions de l’Atlas, lors de son passage sur le plateau d'Al Aoula, vendredi 15 mai.
La liste des 26 joueurs sera dévoilée le mardi 26 mai, la veille de l'Aïd al-Adha, à l’issue d’un dernier stage de préparation et d’un match à huis clos face au Burundi. Le groupe poursuivra ensuite sa montée en puissance avec deux rencontres contre Madagascar (2 juin) puis la Norvège (7 juin).
Les Lions de l’Atlas s’envoleront pour les États-Unis le 3 juin. Dans les faits, le staff technique dispose déjà d’une base solide d’environ une vingtaine de joueurs considérés comme quasiment assurés d’être du voyage, sauf surprise ou problème physique de dernière minute.
Sur le plan du jeu, Mohamed Ouahbi défend une philosophie hybride, fondée sur le contrôle et l’adaptabilité. L’équipe doit être capable de maîtriser les matchs, tout en s’adaptant aux différents profils d’adversaires, que ce soit dans la possession ou les transitions.
Enfin, le sélectionneur a détaillé les raisons qui l’ont poussé à s’adjoindre Youssef Hadji, qui dispose d’un profil d’ancien international énergique. Ainsi que João Sacramento, choisi pour son expérience internationale et son regard extérieur, censé apporter du recul et de la maîtrise dans les moments de forte pression.
Les faits
- Liste des 26 joueurs annoncée le mardi 26 mai ;
- Stage de préparation du 22 au 26 mai, avec un match à huis clos contre le Burundi ;
- Deux matchs amicaux ensuite : Madagascar (2 juin à Rabat) et Norvège (7 juin à New York / New Jersey) ;
- Départ pour les États-Unis prévu le 3 juin ;
- Environ 20 joueurs déjà considérés comme quasi certains d’être sélectionnés ;
- Mohamed Ouahbi prône un style de jeu basé sur un modèle hybride ;
- Staff composé notamment de Youssef Hadji (ancien joueur, énergie, leadership) et João Sacramento (profil international, recul, gestion de la pression).
Les détails :
La dernière fois qu’un sélectionneur national a été invité à s’exprimer sur un plateau télé, c’était lorsque Walid Regragui avait tenté d’expliquer les raisons de l’élimination du Maroc en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations 2023.
Trois ans et demi plus tard, Mohamed Ouahbi, le nouvel homme fort des Lions de l’Atlas, a pris la parole avec les yeux rivés sur les objectifs à venir sans s’attarder sur le passé.
Invité sur le plateau de la SNRT, dans la soirée du vendredi 15 mai, le sélectionneur national s’est livré comme rarement, à moins d’un mois de la Coupe du monde 2026. On n’ira pas jusqu’à dire que l’on peut désormais lire en lui comme dans un livre ouvert, mais presque.
Au fond, il en a assez dit pour nous donner du grain à moudre, sans toutefois tout dévoiler, ce qui nous laisse quelque peu sur notre faim. En maniant parfaitement tantôt la franchise, tantôt la langue de bois et le langage sibyllin, Mohamed Ouahbi a joué les équilibristes en matière de communication.
Ce qui est assez normal au regard de l'obligation de réserve adossée à sa fonction hautement exposée de sélectionneur. Sa manière de communiquer et de s’adresser à son public tranche singulièrement avec celle de son prédécesseur, qui n’a que très rarement jugé utile de s’attarder sur sa conception du football ni ses choix technico-tactiques.
Ce n’est pas un reproche adressé à Walid Regragui. Il s’agit simplement de deux manières de faire, différentes mais respectables. Peut-être que dans quatre ans, on se lassera des prises de parole de Mohamed Ouahbi. Mais pour l’instant, il est instructif de tendre l’oreille à chacune de ses interventions.
Pour preuve, lorsqu’il a été relancé à plusieurs reprises sur les mêmes sujets, il a trouvé le moyen d’apporter des réponses plus intéressantes les unes que les autres. En tout cas, si son objectif était de mettre son auditoire dans sa poche, alors on peut dire que la mission est accomplie.
Mais avant de revenir en détail sur ses propos, place à l’actualité. Il y a bien évidemment l’officialisation du choix de carrière internationale d’Ayyoub Bouaddi par la Fédération royale marocaine de football (FRMF).
لنرحب بـ أيــــوب بـــوعـــدي ضمن عائلة أســـود الأطــلــس 🦁
Welcome home 𝐀𝐲𝐲𝐨𝐮𝐛 𝐁𝐨𝐮𝐚𝐝𝐝𝐢 🏠 #DimaMaghrib 🇲🇦 pic.twitter.com/IP6p8ccqTh
— Équipe du Maroc (@EnMaroc) May 15, 2026
Puis, avant de penser au Brésil qui attend le Maroc à New York lors de la 1re journée du groupe C du Mondial 2026, une phase de préparation est programmée par le staff de l’équipe nationale. Elle se décline comme suit :
- Stage du 22 au 26 pour les joueurs faisant partie de la liste des 55 envoyée à la FIFA, dont la saison s’est achevée, afin de garder le rythme et d’effectuer les derniers arbitrages ;
- Match d’entraînement à huis clos au Complexe Mohammed VI, contre le Burundi, mardi 26 mai ;
- Liste du groupe de 26 convoqués pour la Coupe du monde, annoncée le soir même ;
- Deux jours de repos à l’occasion de l’Aïd al-Adha, puis reprise des entraînements le vendredi 29 mai ;
- Match de préparation face à Madagascar, mardi 2 juin, pour permettre aux joueurs dont les états de forme seront forcément disparates de monter en puissance ;
- Départ pour les États-Unis, le mercredi 3 juin ;
- Dernier match de préparation face à la Norvège d’Erling Haaland et Martin Ødegaard, dimanche 7 juin, au MetLife Stadium (New York / New Jersey).
Au vrai, le terme de liste élargie est quelque peu galvaudé. Elle aurait pu compter une centaine de joueurs que cela n’aurait rien changé aux plans du sélectionneur. Car sauf pépin physique, le staff de l’EN a d’ores et déjà en tête au moins une vingtaine de noms dont la présence aux États-Unis semble acquise.
En plus de Yassine Bounou, que le sélectionneur considère comme "l’un des trois ou quatre meilleurs gardiens au monde", Munir El Kajoui a de fortes chances d’être le deuxième portier des Lions de l’Atlas durant la compétition.
"Il est apte à reprendre la compétition. Il devrait sans doute disputer quelques matchs avec son club avant de nous rejoindre", espère Mohamed Ouahbi.
"Munir se trouve dans une situation similaire à celle de l’édition 2022, où il avait réussi à participer au Mondial et à suppléer Yassine Bounou lors du deuxième match en réalisant une excellente prestation contre la Belgique, même s’il était blessé avant la compétition", a ajouté le sélectionneur, tout en feignant d’oublier que trois années séparent les deux éditions.
Cependant, Mohamed Ouahbi semble valoriser non seulement l’apport sportif du gardien de la Renaissance sportive de Berkane, mais aussi son poids dans le vestiaire de l’équipe nationale.
"Et puis, il faut savoir qu’il s’agit de grands professionnels, qui prennent soin de leur corps au quotidien. Ils ont donc plus de facilité à retrouver leur niveau", a précisé M. Ouahbi, en prenant notamment l’exemple de Nayef Aguerd.
"Ce sera un peu plus difficile dans son cas. Mais je n’ai aucun doute sur sa capacité à revenir au plus vite", assure le sélectionneur.
En convalescence du côté du Complexe Mohammed VI, le défenseur central ne s’est pas ménagé lors de la première partie de saison afin de ne pas manquer une miette de la Coupe d’Afrique des nations 2025.
S’il a réussi son pari, son retour à l’OM n’a fait qu’aggraver la situation, notamment une pubalgie tenace qu’il traînait depuis plusieurs mois. Tout simplement "parce qu’il a essayé de forcer à nouveau pour aider Marseille à atteindre ses objectifs", regrette le sélectionneur.
Mais à un moment donné, l’opération devenait inévitable. Sauf qu’il a tellement tiré sur la corde qu’il a développé des complications, en l’occurrence une inflammation osseuse. Son cas est bien plus préoccupant que celui d’Achraf Hakimi, "qui disputera la finale de la Ligue des champions", promet M. Ouahbi.
À Yassine Bounou, Munir El Kajoui, Mehdi Al Harrar, Achraf Hakimi et Nayef Aguerd, on peut également ajouter Noussair Mazraoui, Issa Diop, Abdelhamid Aït Boudlal, mais aussi Redouane Halhal et Anas Salah-Eddine. Autant de joueurs quasiment assurés d’être au Mondial.
Au même titre que Samir El Mourabet, Neil El Aynaoui, Azzedine Ounahi, Bilal El Khannouss et Ismaël Saibari au milieu de terrain. Sans parler d’Ayyoub Bouaddi, qui n’a certainement pas choisi de porter les couleurs de l’équipe nationale pour regarder la Coupe du monde à la télévision.
Devant, Brahim Diaz est évidemment partant, tout comme Abdessamad Ezzalzouli et Chems Eddine Talbi. Mais aussi Gessime Yassine, dont la fraîcheur et les affinités créées avec Achraf Hakimi en font désormais le chouchou du groupe.
En attaque, Ayoub El Kaabi et Soufiane Rahimi ont de grandes chances d’être du voyage. En partant de ce principe, il ne resterait plus que quatre places à attribuer : une en défense centrale, une autre au poste de latéral et deux en attaque.
Autant dire que le stage prévu du 21 au 24 mai et le match contre le Burundi vont valoir leur pesant de cacahuètes. Plusieurs joueurs en ballotage favorable tenteront de saisir leur chance.
À l’image des attaquants Soufiane Benjdida, Taoufik Bentayeb et Yanis Begraoui, qui font partie de la liste élargie selon plusieurs sources concordantes. D’autant que le sélectionneur n’a pas écarté l’idée qu’un joueur fasse partie des 26 même s’il n’a jamais été convoqué auparavant.
"Généralement, il y a très peu de surprises dans les listes avant une Coupe du monde. Mais il peut y en avoir une ou deux. Surtout que l’on suit plusieurs joueurs performants qui n’ont jamais été sélectionnés par le passé", nuance Mohamed Ouahbi.
De toute façon, on sera fixés le mardi 26 mai, avec une liste de 26 joueurs choisis sur la base des critères suivants, d’après le sélectionneur national :
- Les performances en club ;
- Les performances en sélection ;
- La connexion avec les autres joueurs ;
- La dynamique de jeu ;
- Les principes que le staff souhaite mettre en place.
"Nous avons encore des hésitations. Mais nous devons rester les plus objectifs possible", avoue-t-il. On doute un peu de cette assertion. Car malgré la data et le travail des scouts, il y a toujours une part de subjectivité dans les choix d’une liste.
Et le rassemblement du mois de mars aura forcément un impact sur les décisions du staff. Un stage de moins de deux semaines, jugé globalement positif par le sélectionneur, malgré les contraintes temporelles.
Un modèle qui se base sur le contrôle et l’adaptabilité
"Nous avons réalisé de bons résultats face à des équipes au style différent", analyse-t-il. "L’Équateur nous a challengés dans l’intensité, le pressing et l’agressivité. Face au Paraguay, nous avions affaire à un bloc beaucoup plus bas et compact avec des transitions".
Plus important encore, le sélectionneur a senti les joueurs adhérer à sa manière de concevoir le football. Un modèle qui se base sur le contrôle et l’adaptabilité. Pas seulement en phase de possession.
"J’aime bien avoir un style un peu hybride. Qui s’adapte aux particularités de l'adversaire. Et plus important encore, je souhaite que mes joueurs contrôlent le match même si la possession du ballon n’est pas en notre faveur", corrobore-t-il.
Afin d’instaurer ses idées, le sélectionneur peut s’appuyer sur un staff fourni, mais qui n’est pas pour autant pléthorique, dont quatre analystes vidéo.
Outre Ayman Makroud et Ismail Taoussi qui l’accompagnaient déjà avec les U20, le sélectionneur a également décidé de conserver Mousa Habchi et Harrison Kingston, dans l’optique "d’assurer une continuité par rapport à ce qui se faisait de bien au sein du staff précédent".
Le travail de cette cellule consiste à assurer le suivi et l’analyse des joueurs. Chaque semaine, un travail de veille est effectué. "Le lundi et le mardi, on analyse tous les joueurs", explique-t-il.
Parmi ces quatre analystes, l’un est spécifiquement chargé d’assurer une veille sur les tendances tactiques. Chaque semaine, il présente au staff différentes équipes, mais aussi de nouvelles idées de jeu et évolutions observées dans le football moderne.
"Le football évolue constamment. Les tendances changent", observe-t-il, en prenant notamment l’exemple de sélections comme l’Équateur ou le Paraguay, aux styles radicalement différents.
S’agissant de l’entraîneur des gardiens, le sélectionneur a indiqué avoir insisté auprès de la FRMF afin de conserver Omar Harrak.
"On a gardé Omar. C’était important de travailler avec Yassine Bounou. Il est dans les meilleures conditions, dans une logique de continuité de travail".
Enfin, le sélectionneur national a détaillé les raisons qui l’ont poussé à s’entourer de Youssef Hadji et João Sacramento comme adjoints.
"Je voulais un ancien joueur, un profil international, quelqu’un avec de l’énergie", explique-t-il. "C’est le profil de Youssef Hadji".
Concernant João Sacramento, le sélectionneur assure ne pas le connaître avant de le rencontrer. "Au début, j’avais demandé un profil et on me l’a proposé".
"Je voulais un assistant étranger pour apporter davantage de calme dans les moments chauds. Car j’ai senti que, lors de la finale de la CAN, tout le monde est parti un peu dans tous les sens. On avait perdu du recul. Je voulais quelqu’un avec de la distance, la tête froide, capable de gérer la pression. Il correspondait parfaitement".
Une rencontre d’une heure et demie entre les deux hommes a suffi pour arrêter le choix et persuader Ouahbi. Face aux caméras de la SNRT, le sélectionneur a mis moins de temps pour convaincre les spectateurs de la viabilité de son projet. Mais tout cela reste à confirmer.
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