Développement territorial. Ce que change le nouveau plan royal à 210 milliards de DH
Réuni le 9 avril 2026 sous la présidence du Roi Mohammed VI, le Conseil des ministres a validé un programme de 210 milliards de dirhams sur huit ans. En amont, un cycle de concertations dans les 75 provinces a permis d’identifier les besoins au plus près du terrain. Décryptage.
Le jeudi 9 avril 2026 restera comme une date clé dans le processus de développement du Royaume. Sous la présidence du Roi Mohammed VI, le Conseil des ministres a donné son feu vert à un plan d’investissement d'une ampleur inédite : 210 milliards de DH sur 8 ans. Mais au-delà du montant, c'est la méthode qui retient l’attention. En effet, ce programme ne sera pas conçu dans les bureaux de Rabat, mais élaboré au plus près du terrain.
Un premier marathon de concertations avait mobilisé, pendant deux semaines, l’ensemble du pays en novembre 2025, dans le sillage de l'appel du Roi Mohammed VI en faveur d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégrés (PDTI).
Dès le 29 octobre 2025, Jelloul Samsseme, directeur général des Collectivités territoriales au ministère de l'Intérieur, annonçait au MAP Town Hall que ces nouveaux programmes seraient "ascendants". Promesse tenue. Durant le mois de novembre 2025, les 75 provinces du Royaume ont été mobilisées. Des rencontres ont été organisées à Meknès, Tata, Sidi Bennour, Assa-Zag, Béni Mellal, Tinghir, Safi ou encore Salé. L’objectif de ce "marathon de novembre" était d’établir un diagnostic précis des besoins avant tout engagement de dépenses.
Dans les coulisses des séances : l’exemple de Nouaceur et Médiouna
Sur le terrain, notamment à Nouaceur et Médiouna, le dispositif a surpris par son ampleur. Loin des réunions formelles, ces séances de novembre ont pris la forme d’agoras locales. Sous la houlette des walis et gouverneurs, souvent vus prenant note et sollicitant des précisions, la parole a été donnée aux élus, services déconcentrés (Anapec, Santé, Éducation, Agence urbaine), chambres professionnelles et associations de la société civile.
Pour participer à ces concertations, aucune invitation préalable n'était requise. Le citoyen pouvait entrer, écouter et intervenir. À l’ère du numérique, des QR codes permettaient même de soumettre des idées ou de remplir des formulaires digitaux pour enrichir la "banque de projets".
Fait notable, Médias24 avait relevé que lors de ces deux rencontres, les interventions des présidents de commune étaient les plus pertinentes, structurées et argumentées. Preuve que, malgré les critiques dont les élus font régulièrement l’objet, la proximité qu’ils entretiennent avec les citoyens et leur connaissance du terrain demeurent déterminantes pour ce type d’exercice.
Cinq axes pour réduire les disparités
Dans l’objectif de corriger les déséquilibres territoriaux et de tendre vers un développement plus homogène, les PDTI se concentrent sur une nouvelle génération de projets axés sur les priorités sociales. Cinq axes majeurs ont été définis :
- L’emploi et l’investissement local : pour ancrer la croissance dans les territoires.
- L’éducation et la santé : réduire les déficits en qualité et en accès aux services publics.
- L’infrastructure et l’eau : désenclaver les zones rurales et sécuriser la ressource hydrique.
- Le développement intégré : assurer la cohérence avec les grands projets nationaux.
- Les zones vulnérables : cibler en priorité les territoires les plus fragiles.
2026 : de la parole aux actes
Si le plan s'étale sur huit ans, les premières déclinaisons sont immédiates. Pour l'année 2026, un budget de 20 milliards de dirhams a déjà été mobilisé. Le travail de diagnostic de novembre a porté ses fruits : à Médiouna, par exemple, 36 projets prioritaires ont déjà été retenus sur 49 étudiés.
Pour Jelloul Samsseme, cette approche fait du citoyen un "co-auteur" du développement. Une plateforme électronique permettra ainsi de suivre en temps réel l'exécution des projets, avec des indicateurs de performance précis.
Le Maroc n’entend plus seulement planifier, mais également mettre en œuvre une logique de co-construction, province par province, dans une démarche de démocratie participative où l’investissement public se veut plus ciblé et mesurable.
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