PSU : pourquoi Abdellah Abaakil dit “non” à l’unification de la gauche
Invité de l'émission 12/13, Abdellah Abaakil, vice-secrétaire général du Parti socialiste unifié (PSU), a dressé un état des lieux de la scène politique marocaine à cinq mois des législatives. Candidat dans la circonscription d'Anfa, il défend une ligne de pureté idéologique, quitte à rejeter l’unification de la gauche.
Revenant d'abord sur le scrutin de 2021, Abdellah Abaakil assume l'échec national de son parti (un seul siège à la Chambre des représentants) mais tempère par les succès locaux. "Je suis le premier élu PSU au conseil de la ville de Casablanca", rappelle-t-il. Pour lui, des irrégularités ont pu exister, notamment à Anfa, où il estime qu’une partie des voix n’a pas été correctement comptabilisée, mais cela n'est pas une excuse. Le parti a tiré les leçons : la surveillance des bureaux de vote sera la priorité absolue des prochaines législatives.
À Casablanca, la machine électorale est déjà lancée avec des têtes de liste choisies démocratiquement par les sections locales : Hamid Ouchaib à Hay Hassani et Adil Chahidi à Aïn Chock. Quant à une éventuelle candidature de Nabila Mounib, Abaakil entretient le mystère : "Je lui ai posé la question, elle ne m'a pas encore répondu".
L’unification de la gauche : Le refus du "calcul mathématique"
Interrogé sur une possible alliance avec l'Union socialiste des forces populaires (USFP) ou le Parti du progrès et du socialisme (PPS), Abaakil adopte un ton critique. Pour lui, l’unification de la gauche est un leurre si elle ne repose pas sur une stratégie commune. Il puise dans l’histoire pour justifier sa méfiance, rappelant qu’en 1998, l’Organisation de l'action démocratique populaire (OADP, ancêtre du PSU) avait refusé d’entrer dans le gouvernement Abderrahmane Youssoufi, contrairement à ses alliés.
"On ne peut pas allier les contraires", assène-t-il. Il dénonce une "gauche des notables", évoquant les profils fortunés et les "notables argentés" qui remplissent les listes de ses concurrents. Pour Abaakil, le public militant du PSU, exigeant et intellectuel, ne voterait jamais pour de tels candidats sous prétexte d'étiquette politique.
Leçons de 2016 : pourquoi le PSU mise sur le parlement, pas le gouvernement
Abaakil développe une analyse personnelle sur le rôle des élections. Selon lui, il est faux de dire aux Marocains qu'ils votent pour un gouvernement. Il utilise l'exemple du "blocage de 2016" : malgré le plébiscite pour Abdelilah Benkirane, ce dernier n'a pas pu former son cabinet. "Le gouvernement n'émane plus des urnes", conclut-il.
Dès lors, la stratégie du PSU est claire : on ne vote pas pour diriger, mais pour envoyer des représentants au Parlement capables de défendre les intérêts du peuple. C’est ce discours de vérité qu’il compte porter auprès d’une jeunesse souvent tentée par le boycott.
Casablanca : le succès du Maârif face au "chaos" du Conseil de la ville
L'élu local dresse un bilan contrasté de la gouvernance casablancaise, distinguant nettement l’échelle de quartier de celle de la métropole. Au sein de l’arrondissement du Maârif, il se félicite d'une "opposition constructive" et d'une majorité à l'écoute, ce qui a permis d'aboutir à des avancées concrètes, à l'image de "l'institutionnalisation de la célébration du Nouvel An Amazigh (Yennayer)".
En revanche, son regard sur le Conseil de la ville, présidé par Nabila Rmili, est beaucoup plus sévère. Abaakil y dénonce une "fragilité" et un manque d'indépendance chronique des élus de la majorité. Reprenant à son compte une célèbre formule de Benkirane pour souligner les compromis qui lient les conseillers, il assène : "Celui qui a le ventre plein de pâte n'est pas libre".
Pour lui, ce n'est pas le Conseil qui dirige Casablanca, mais l’administration territoriale joue un rôle déterminant. Il déplore que les élus se contentent de valider des décisions stratégiques prises à un autre niveau, sans oser les contester, même lorsqu'ils les jugent "très contestables" en privé.
Fervent défenseur du maintien du stade Mohammed V, Abaakil rejette toute idée de délocalisation. "C’est un monument historique, un patrimoine", clame-t-il. Il balaie les arguments sécuritaires, estimant que la ville doit s’adapter à ses clubs et non l'inverse.
Abaakil critique également la gestion "chaotique" du complexe, pointant les changements incessants de gestionnaires entre les SDL et Sonarges. "C’est de la folie administrative", dénonce-t-il, illustrant selon lui les difficultés du Conseil à gérer ses propres infrastructures.
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