À l’ONU, le Maroc soutient une résolution historique sur l’esclavage et les réparations
Adopté par 123 voix pour, le texte, porté par le Ghana au nom du Groupe africain, appelle à reconnaître les effets durables de la traite et à avancer vers des mécanismes de réparation.
Le Maroc a soutenu, mercredi 25 mars 2026 à l’Assemblée générale des Nations unies, la résolution portée par le Ghana au nom du Groupe africain qui qualifie la traite transatlantique des esclaves et l’esclavage racialisé des Africains de "crime le plus grave contre l’humanité", un texte adopté par 123 voix pour, contre trois voix opposées (les États-Unis, Israël et l’Argentine), tandis que 52 pays se sont abstenus.
Par ce vote, Rabat s’inscrit dans la position collective défendue par les pays africains, qui cherchent à faire reconnaître plus explicitement le poids historique et les effets contemporains de la traite négrière, tout en plaçant au centre du débat international la question de la justice réparatrice. Le texte, enregistré sous la cote A/80/L.48, a été présenté par le Ghana avec l’appui de l’Union africaine, dans un contexte de montée en puissance des revendications africaines et diasporiques sur les réparations.
La résolution affirme que la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains constituent "le crime le plus grave contre l’humanité", en raison de leur ampleur, de leur durée, de leur caractère systémique, de leur brutalité et de leurs conséquences durables, qui continuent, selon le texte, d’influer sur les sociétés à travers des systèmes racialisés de travail, de propriété et de capital. Elle insiste aussi sur la nécessité de remédier aux torts historiques subis par les Africains et les personnes d’ascendance africaine, et présente les réparations comme une étape concrète vers la réparation de ces préjudices.
Avant le vote, le président ghanéen John Dramani Mahama, s’exprimant au nom des 54 États du Groupe africain, a appelé à "affirmer la vérité" et à ouvrir une voie vers la guérison et la justice réparatrice, faisant de cette initiative un prolongement politique de la campagne africaine pour une reconnaissance plus forte des crimes liés à l’esclavage. Dans la présentation faite par les canaux onusiens ghanéens, ce texte est décrit comme un moyen de faire passer le débat d’une mémoire symbolique à des engagements plus institutionnels en matière de réparation et de réforme.
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a de son côté appelé à s’attaquer plus frontalement aux héritages durables de l’esclavage, notamment les inégalités structurelles et le racisme systémique, estimant qu’il fallait lever les obstacles persistants qui empêchent encore de nombreuses personnes d’ascendance africaine d’exercer pleinement leurs droits et de réaliser leur potentiel.
Au-delà de sa portée mémorielle, le vote met en lumière une fracture diplomatique. Alors que le bloc africain a obtenu une majorité nette, plusieurs pays occidentaux ont refusé d’endosser le texte. Washington a contesté avant le scrutin l’idée d’un droit juridique à réparation pour des faits anciens et dénoncé un texte jugé problématique, tandis que de nombreux États européens ont choisi l’abstention. Le résultat donne ainsi à voir une recomposition du débat onusien sur l’esclavage : moins centré sur la seule commémoration, davantage orienté vers la responsabilité historique et ses prolongements politiques.
Pour le Maroc, ce positionnement s’insère dans une lecture plus large de solidarité avec les priorités africaines au sein des forums multilatéraux. Il intervient aussi dans un moment où la question de la mémoire de l’esclavage, des discriminations héritées et des réparations tend à quitter le registre moral pour entrer plus clairement dans celui du rapport de forces diplomatique à l’ONU.
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