Sahara. Ce rapport russe qui éclaire la lecture politique de Moscou
Publié par le RIAC, un cercle de réflexion étroitement lié aux milieux diplomatiques en Russie, un récent document met en évidence une position russe plus nuancée qu’il n’y paraît : tout en actant l’affaiblissement du polisario et la progression du plan d’autonomie sur le terrain international, il conserve plusieurs grilles de lecture proches des thèses algériennes, révélant ainsi les équilibres, les prudences et les arrière-pensées qui continuent de structurer l’approche de Moscou sur le dossier du Sahara.
Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies, organe suprême de l'organisation, adoptait une résolution concernant la situation au Sahara donnant la prééminence au plan d'autonomie marocain comme base pour une solution politique négociée entre les parties.
Un texte voté par la majorité des membres de l'instance, à savoir onze pays sur quinze, exception faite de l'Algérie, qui n'a pas voulu prendre part au vote, ainsi que la Chine, la Russie et le Pakistan qui, pour leur part, se sont abstenus.
Mais dans le cas de Pékin et de Moscou en particulier, membres permanents du Conseil de sécurité et disposant à ce titre du droit de veto, il s'est pratiquement agi d'un soutien implicite, étant donné que s'ils avaient opposé leur fin de non-recevoir, le projet aurait, in fine, capoté.
C'est toutefois du côté de la capitale russe que la partie marocaine pouvait le plus appréhender un revirement, tant ses liens, connus, avec le régime algérien sont établis. Il faut dire que ce dernier fait partie des principaux importateurs d'armement made in Russia dans le monde, au point de s'être récemment retrouvé dans l’œil de mire de la classe politique américaine.
Mais cette dimension militaro-commerciale n'explique, en vérité, qu'en partie le positionnement politique de la Russie sur le Sahara, qui était allée à un moment jusqu'à appuyer l'organisation d'un référendum dans la région.
À cet égard, il est toujours intéressant de s'attarder, pendant un instant, sur un rapport publié le 4 mars 2026 par le Conseil russe des affaires internationales (Russian International Affairs Council, RIAC), qui est une sorte de think tank académique et diplomatique public créé en février 2010 à l'initiative du président Dmitri Medvedev "himself". Son actuel président n'est autre qu'Igor Ivanov, tout premier ministre des Affaires étrangères du président Vladimir Poutine, qui y a par ailleurs également placé son porte-parole attitré depuis mai 2012, Dmitri Peskov.
En outre, l'actuel chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, siège depuis dix ans au conseil de surveillance, mandat renouvelé pour quatre ans en janvier 2025. C'est dire, en d'autres termes, si les relations sont tout à fait poreuses entre, d'un côté, le RIAC, et, de l'autre, les cercles diplomatiques officiels en Russie.
Quant au rapport, il fait partie d'une série de publications thématiques annuelles consacrées depuis juin 2021 à la région MENA, l'édition 2026 ayant pour thème les "Conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : état actuel et dynamique possible". Aucune d'entre elles ne s'était, à ce jour, penchée en détail sur le Sahara, "question (...) structurante pour le Maghreb, touchant directement le destin de plusieurs centaines de milliers de personnes et reflétant dans une large mesure les péripéties des relations algéro-marocaines", comme la présentent d'emblée les deux auteurs du chapitre de huit pages qui y est dédié, Vassili Kouznetsov et Anastasia Vassilenko.
Pour information, Vassili Kouznetsov, en plus d'être membre du RIAC, occupe la fonction de directeur adjoint chargé des affaires académiques à l’Institut d’orientalisme de l’Académie des sciences de Russie, où il a également la charge du Centre d’études arabes et islamiques qui y est affilié (il en est le chercheur principal). Récipiendaire en février 2024 d'un doctorat en sciences politiques pour une thèse sur les "problèmes du développement politique du monde arabe dans les années 2010-2020", il s'est surtout intéressé, au niveau du Maghreb, à la Tunisie et, dans une moindre mesure, à l'Algérie (à travers notamment un article de juin 2024 pour le compte du RIAC, "Établir les priorités : la politique étrangère de l’Algérie et les opportunités pour Moscou").
Pour sa part, Anastasia Vassilenko, moins expérimentée sur le plan académique, est chercheuse junior au sein du Centre d’études arabes et islamiques, aux côtés donc de Vassili Kouznetsov. Spécialisée en relations internationales, c'est elle qui a le plus focalisé, auparavant, sur le Sahara, avec par exemple un article en mars 2024 dans la revue spécialisée Vostochnaya Analitika sur les "aspects politico-économiques du conflit". Faisant vingt-trois pages, la thèse centrale de ce dernier avait été que le différend perdurait aussi parce qu’il aurait créé ses propres structures matérielles et ses propres circuits de pouvoir.
Une lecture encore marquée par Alger
Quand on lit la définition que le RIAC donne au différend autour du Sahara, notamment sur sa dimension maroco-algérienne, on serait naïvement tenté de croire à un rapprochement russe du discours marocain, dans la mesure où Rabat a toujours rappelé que (1) conformément aux accords de Madrid, la région avait déjà été décolonisée, que (2) le dossier n'avait donc plus sa place dans les tiroirs de la Quatrième Commission, chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation au niveau de l'Assemblée générale des Nations unies, et que (3) il s'agissait donc, sous le boisseau, d'une opposition avec l'Algérie, non avec le mouvement séparatiste du polisario, soi-disant représentant de la population sahraouie.
Or, le fait est qu'en substance, le RIAC maintient plutôt une compréhension "algériâtre" des événements, et qu'il avance que seuls le Maroc et le polisario sont des "parties directement impliquées dans le conflit". L'Algérie, de son côté, est dépeinte comme "troisième partie impliquée de manière indirecte".
Pis, et ce dans le droit fil d'une certaine propagande algérienne, reprise notamment au cours des dernières années par l'Afrique du Sud à la tribune onusienne, un parallèle de bien mauvais aloi est dressé entre la démarche de démembrement dans laquelle est engagée depuis plus d'un demi-siècle l'Algérie à l'encontre du Maroc et… la question palestinienne.
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