Guerre, pétrole, incertitudes : Mostafa El Jai explique le choix de Bank Al-Maghrib
Invité du "12/13" de Médias24, Mostafa El Jai revient sur la décision de Bank Al-Maghrib de maintenir son taux directeur inchangé, dans un contexte marqué par la guerre, la volatilité du pétrole et l’absence de visibilité. L’économiste décrypte les arbitrages d’une Banque centrale contrainte à la prudence.
Le statu quo décidé par Bank Al-Maghrib lors de sa dernière réunion reflète une posture de prudence dans un contexte international instable. "Bank Al-Maghrib privilégie, comme d’habitude, la prudence", estime Mostafa El Jai.
Pour l’économiste, plusieurs éléments expliquent cette décision. "Lier un taux directeur à des tensions inflationnistes liées à une guerre et à une fluctuation pratiquement quotidienne des cours du pétrole ne serait pas justifié", affirme-t-il. Et d’ajouter : "Nous sommes dans une conjoncture que personne ne maîtrise."
Dans ce contexte, la Banque centrale choisit de temporiser. "Il faut jouer la prudence et continuer à accompagner la dynamique économique que nous avons au Maroc."
Des indicateurs macroéconomiques bien orientés
Mostafa El Jai insiste sur la solidité des fondamentaux. "Tous les indicateurs macroéconomiques du Maroc sont bons", souligne-t-il, évoquant notamment l’amélioration de la note souveraine.
Selon lui, l’économie marocaine reste bien orientée malgré les tensions extérieures. "Nous avons un taux de croissance qui va, pour la première fois, casser le plafond de 5%", indique-t-il. Il cite également "un taux d’inflation autour de 0,8%" et "une progression des crédits à l’économie de plus de 8%".
Dans ces conditions, "il ne fallait pas freiner cet élan économique".
Des incertitudes fortes sur l’inflation
L’économiste exprime toutefois des réserves sur les perspectives d’inflation. "Maintenir un taux de 0,8% en 2026 avec les tensions géostratégiques actuelles m’a un peu étonné".
Il met en avant les effets de la hausse des prix de l’énergie et de la logistique : "Ces produits touchent tout l’écosystème économique." Résultat, "les tensions inflationnistes sont là".
Mostafa El Jai anticipe ainsi un niveau plus élevé : "On risque d’avoir un taux d’inflation plutôt proche de 2%". Il rappelle néanmoins les limites de l’action monétaire dans ce contexte : "Quand l’inflation est importée, vous la subissez."
Sur le plan du financement, l’économiste souligne que la transmission des décisions monétaires est progressive. "Il y a un délai de transmission d’un semestre à deux semestres". Il précise que la baisse des taux directeurs s’est partiellement répercutée. "On est en moyenne à 5,17%", indique-t-il, avec des écarts selon les profils. "La grande entreprise se finance autour de 4,1%, alors que la PME se finance en moyenne à 7%."
Une politique monétaire jugée cohérente
Sur la période récente, Mostafa El Jai estime que les choix de Bank Al-Maghrib sont globalement adaptés. "Depuis le Covid, ce sont des décisions très prudentes, très sages, qui observent ce qui se passe dans le monde entier."
Il rappelle que la Banque centrale reste réactive. "Rien n’empêche le Conseil de se réunir et de prendre une autre décision s’il le juge nécessaire."
Dans un scénario sans choc géopolitique, l’économiste aurait envisagé un assouplissement. "S’il n’y avait pas eu cette guerre surprise, j’aurais pensé qu’on allait faire un effort sur le taux directeur, le ramener peut-être à 2."
Mais dans le contexte actuel, la prudence s’impose. "Avec les tensions inflationnistes, il faut maintenir le taux." Il n’exclut pas un durcissement si la situation se prolonge. "Si cette guerre ne s’arrête pas, Bank Al-Maghrib peut passer à 2,50."
Enfin, il insiste sur le manque de visibilité global. "Personne n’a d’informations sur ce qui est en train de se passer."
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