Dans “The Economist”, le chef de la diplomatie omanaise plaide pour un arrêt des hostilités
Badr Albusaidi estime que l’intervention militaire américaine contre l’Iran constitue une impasse stratégique, préjudiciable aussi bien aux intérêts de Washington qu’à ceux de la région. Dans une tribune, le ministre omanais des Affaires étrangères appelle à une désescalade rapide et à la relance des négociations sur le nucléaire iranien, dont Mascate était l’un des principaux facilitateurs.
Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albusaidi, a dénoncé, dans une tribune publiée le mercredi 18 mars 2026 par l’hebdomadaire britannique The Economist, une "guerre illégale" contre l’Iran et appelé les alliés des États-Unis à aider Washington à s’en dégager, estimant que ce conflit ne sert ni les intérêts américains ni ceux de la région et compromet une issue diplomatique qu’il jugeait encore possible.
Dans ce texte publié dans la rubrique By Invitation, le chef de la diplomatie omanaise présente l’engagement américain comme une "grave erreur de calcul", affirme que cette guerre n’est pas celle de l’Amérique et soutient qu’aucune issue favorable à la fois à Israël et aux États-Unis n’est vraisemblable dans le cadre actuel. Il y plaide pour une cessation rapide des hostilités et pour une reprise des négociations sur le nucléaire iranien.
Cette prise de position s’inscrit dans le rôle central joué par Mascate dans les contacts indirects entre Washington et Téhéran. Le 17 février, à Genève, Badr Albusaidi avait rencontré Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump, ainsi que Jared Kushner, gendre du président américain également impliqué dans les pourparlers, en amont d’un nouveau round de négociations américano-iraniennes organisé sous les auspices du sultanat.
Le 26 février, toujours à Genève, il s’était entretenu avec Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), sur les aspects techniques du programme nucléaire iranien et sur les nouvelles propositions alors examinées par les délégations américaine et iranienne.
Le 27 février, à Washington, il avait informé le vice-président américain JD Vance de l’état des pourparlers. Selon le ministère omanais des Affaires étrangères, il avait alors évoqué des progrès "substantiels", "importants" et même "sans précédent". Le même jour, dans l’émission Face the Nation de la chaîne américaine CBS, présentée par Margaret Brennan, il affirmait encore qu’un accord de paix était "à portée de main" et qu’aucune alternative à la diplomatie ne permettrait de régler durablement le dossier nucléaire iranien.
Le déclenchement de la guerre, le 28 février, avait immédiatement provoqué une réaction ferme de Mascate. Badr Albusaidi s’était dit "consterné" de voir compromises des négociations "actives et sérieuses", jugeant que ni les intérêts des États-Unis ni la paix mondiale n’étaient servis par les frappes. Le même jour, Oman avait condamné les attaques visant l’Iran et d’autres pays de la région, appelé à un arrêt immédiat des opérations militaires et invoqué le respect du droit international.
Depuis, la diplomatie omanaise maintient la même ligne. Le 8 mars, lors d’une session extraordinaire du Conseil de la Ligue des États arabes au niveau ministériel, tenue par visioconférence, Badr Albusaidi a déclaré que les attaques israélo-américaines contre l’Iran étaient intervenues alors même que les négociations progressaient. Il a qualifié cette guerre d’"illégale" et, dans un message publié ensuite sur X, d’"immorale", tout en jugeant "inacceptables" les représailles iraniennes contre les pays voisins.
Après les attaques contre des installations énergétiques aux Émirats arabes unis et au Qatar, ainsi que les frappes visant l’Arabie saoudite, Oman a de nouveau appelé, le jeudi 19 mars, à une désescalade immédiate et à une reprise des solutions diplomatiques. Mascate a aussi demandé au Conseil de sécurité des Nations unies d’assumer ses responsabilités pour mettre fin à la guerre et à ses répercussions.
L’un des enjeux sera désormais de savoir si, malgré l’escalade, Oman parviendra à préserver un canal de médiation entre Washington et Téhéran.
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