CAN 2025 : Claude Le Roy, justicier autoproclamé
Très présent sur les plateaux français depuis la décision de la CAF invalidant la victoire sénégalaise, Claude Le Roy dénonce un prétendu complot contre les Lions de la Téranga. Une posture d’autant plus contestable que l’ancien sélectionneur fut lui-même, lors de la finale, l’un des acteurs directs de la séquence ayant conduit au contentieux.
Le 21 avril prochain, cela fera exactement cinq ans que Claude Le Roy n’a plus exercé comme entraîneur, depuis son dernier poste de sélectionneur du Togo.
Mais le plus célèbre et emblématique des "sorciers blancs", ces techniciens européens longtemps parachutés en Afrique au nom d’un supposé savoir supérieur, semble depuis s’être reconverti en consultant médiatique en roue libre, plus occupé désormais à échafauder des affabulations qu’à construire du jeu.
Convié par plusieurs médias français (L'Équipe TV, RTL) à réagir à la décision du Jury d'appel de la Confédération africaine de football (CAF) invalidant la victoire sénégalaise en finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2025, celui qui a été champion d'Afrique 1988 avec le Cameroun est en train de multiplier les interventions publiques pour s’ériger en pseudo-conscience offensée d’un football africain qui, à mesure que le Maroc déplace les hiérarchies continentales, semble lui échapper. Cela sans en maîtriser ni les faits, ni la procédure.
Son leitmotiv ? Que la CAF aurait sombré dans le "grand-guignolesque", que sa sentence serait "invraisemblable", prise sous les "pressions de M. Infantino" (le président de la FIFA, NDLR), lequel aurait voulu "depuis le début" offrir la CAN au Maroc ; en somme, un même refrain ressassé d’antenne en antenne, jusqu’à cette prophétie outrée selon laquelle le verdict ferait "rire toute la planète football".
"Derrière tout ça, il y a plein de magouilles, plein de tambouilles", accuse-t-il aussi, sans autre forme de démonstration.
Il est vrai que Le Roy n'a pas été seul à endosser le costume de l'indignation. De plateaux télé en réseaux sociaux, ils n'ont d'ailleurs pas manqué à l'appel ceux qui ont privilégié la commodité de la conspiration à l'examen du règlement. Rarissimes ont été ceux qui ont essayé d’analyser et d’argumenter.
Une indignation sous projecteurs
Mais dans le cas du concerné, la charge est d’autant plus cocasse qu’elle n’émane pas d’un simple observateur extérieur, mais d’un personnage qui fut lui-même, le soir de la finale Sénégal-Maroc le 18 janvier 2026 au Stade Prince-Moulay-Abdellah, l’un des rouages de la séquence ayant précisément donné naissance au contentieux.
Rappel des faits : nous jouons la 95e minute du match quand, suite à une faute en pleine surface de réparation sur le meneur de jeu marocain Brahim Diaz, l'arbitre kino-congolais Jean-Jacques Ndala siffle un penalty totalement justifié en faveur des Lions de l'Atlas, appuyé en cela par le signalement préalable de la VAR.
Dans la foulée, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw, déjà chauffé à blanc la veille par sa sortie sur l’accueil de son équipe à Rabat, commence à faire de grands gestes de la main pour que ses joueurs regagnent les vestiaires.
Un seul joueur demeure sur le terrain, à savoir la star Sadio Mané, qu’à un moment les caméras, présentes aux abords de la pelouse, filment en pleine discussion avec… Le Roy : les deux protagonistes, qui se connaissent de longue date, sont en fait en train de conférer sur l’attitude à tenir face à la rupture du jeu en cours, comme ils le révéleront eux-mêmes par la suite. "Je lui ai dit : va chercher tes potes et revenez sur le terrain", confiera Le Roy lui-même.
Le piège des faits
D’aucuns, dans les milieux du football, commencent alors à présenter ce dernier comme celui qui aurait sauvé la finale, un rôle qu’à force de le rejouer médiatiquement, il cherche aussi de toute évidence à incarner.
Et à cette occasion, on est bien loin de sa nouvelle posture de censeur professionnel, puisque lui-même reconnaît, dans certaines de ses prises de parole, que l’arbitre s’était retrouvé seul, dépassé et "complètement perdu", tout en admettant implicitement, par son attitude même ce soir-là, que la rupture provoquée par le banc sénégalais avait fait basculer la finale dans une zone de péril réglementaire et non respect des règles. Pour preuve, sa présence sur la pelouse alors qu'il ne devait pas y avoir accès.
Par conséquent, la contradiction est totale : l’homme qui se pose aujourd’hui en procureur tonitruant d’un prétendu complot anti-sénégalais est aussi celui qui, dans le feu de l’action, avait parfaitement compris que le Sénégal s'était mis en faute. Et en cela, ses récentes saillies déclaratoires ne relèvent pas seulement de l’incohérence ; elles sont même, relues à l’aune de sa propre implication, diffamatoires aussi bien envers le Jury d’appel de la CAF, implicitement présenté comme une officine aux ordres, qu’envers le Maroc, de nouveau taxé de manœuvres occultes alors que, dans la réalité des faits, c’est lui qui a subi l’interruption, et non provoqué le désordre.
Bien sûr, libre à Le Roy de chercher à renouer avec les bancs de touche, ambition qu’il ne cache pas lui-même. Mais encore faut-il, pour y prétendre, emprunter les chemins de la droiture plutôt que ceux de l’outrance et de l’à-peu-près.
Car à force de brouiller les faits, on finit moins par convaincre que par disqualifier sa propre parole. Et avec elle, la part de respectabilité que ses anciennes campagnes africaines lui laissaient encore.
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