Guerre au Moyen-Orient. Pourquoi l’or ne profite pas de la crise
Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient auraient normalement dû pousser l’or à la hausse, le métal jaune stagne, voire baisse. En cause, un retour des craintes inflationnistes, des anticipations haussières sur les taux et un dollar fort.
En temps normal, l’or profite immédiatement des tensions géopolitiques. Lorsque l’incertitude augmente, les investisseurs se tournent naturellement vers les actifs les plus sûrs. Et en matière de valeur refuge, l’or reste la référence.
Mais dans la phase actuelle, ce mécanisme ne joue qu’en partie. Le métal jaune a d’abord reculé au début du conflit, avant de se redresser légèrement puis d’évoluer sans véritable élan.
Cette configuration traduit une logique de push and pull, dans laquelle deux forces contraires s’affrontent. D’un côté, la demande de sécurité soutient les cours. De l’autre, la remontée des anticipations de taux élevés pèse sur l’or et limite sa progression. Et pour l’instant, c'est ce second facteur qui domine.
L’or ne verse pas d’intérêt...
La raison est essentiellement macroéconomique. La guerre ne produit pas seulement de l’aversion au risque. Elle fait aussi monter les prix de l’énergie, notamment du pétrole, et ravive donc les craintes inflationnistes.
Au moment de la publication de cet article, le Brent se négocie près de 100 dollars le baril, tandis que le dollar est plus fort que ce à quoi les marchés s’étaient habitués récemment. Dans le même temps, les marchés ont commencé à intégrer l’idée d’une possible politique monétaire restrictive, non seulement à court terme, mais aussi à moyen terme.
Et c'est là que l’or commence à céder et subit une pression baissière normale et logique. Quand les rendements des obligations américaines montent, ou quand le marché anticipe une Fed moins rapide à baisser ses taux, le coût d’opportunité de la détention d’or augmente.
Un investisseur peut préférer se réfugier dans le dollar ou dans la dette américaine plutôt que dans un actif qui protège, mais ne rémunère pas. Dès le 5 mars 2026, la hausse des rendements américains et la force du dollar avaient fini par éclipser la demande refuge liée au conflit.
À titre d’exemple, le dollar avait gagné plus de 1,5 % contre un panier de grandes devises, soutenu à la fois par son attractivité défensive et par le fait que les États-Unis sont exportateurs nets d’énergie.
Or, un dollar plus fort pèse directement sur l’or, puisque celui-ci est coté en dollars. Pour mieux illustrer ce mécanisme, les acheteurs hors États-Unis qui veulent acheter de l’or le trouvent plus cher, parce que l’achat se fait en dollars et que le dollar s’est apprécié.
Cela réduit une partie de la demande internationale et empêche les cours de refléter pleinement la nervosité géopolitique.
À cela s’ajoute le risque d’inflation, qui devient de plus en plus réel. La hausse du pétrole alimentait déjà les inquiétudes sur l’inflation américaine. Dans un tel contexte, l’or subit une pression, parce que le même choc qui crée la demande refuge nourrit aussi les anticipations de politique monétaire restrictive.
Le mécanisme à l’origine de la stagnation de l’or est le suivant :
Guerre ⇒ hausse des prix du pétrole et de l’énergie ⇒ retour des tensions inflationnistes ⇒ anticipations de politique monétaire plus restrictive ⇒ renforcement du dollar et hausse des rendements des actifs obligataires, notamment des bons du Trésor ⇒ stagnation, voire baisse, de l’or.
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