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SOCIETE

Guerre. Entre la “nouvelle routine” des Marocains du Golfe et le cri du cœur d’un exilé iranien au Maroc

Alors que les tensions militaires redessinent le quotidien dans plusieurs pays du Golfe, des Marocains installés dans la région relatent une vie rythmée par les alertes, mais qui continue presque normalement. Au Maroc, un ressortissant iranien en exil livre, lui, un témoignage brutal sur la situation de son pays et le poids du régime.

Nasser Bourita détaille les mesures de protection des Marocains dans les pays du Golfe face à l’instabilité au Moyen-Orient.
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Le 6 mars 2026 à 17h10 | Modifié 6 mars 2026 à 19h34

Pour les plus de 220.000 Marocains (statistiques officielles de 2024) résidant dans les pays du Golfe, ce mois sacré de Ramadan 2026 se déroule sous une menace inédite. Pourtant, dans la rue, rien ne semble avoir changé.

"Je sors du travail à l'instant. Les centres commerciaux, les bureaux et les rues sont comme d'habitude. Si ce n'est que certains d'entre nous travaillent désormais depuis la maison, l'activité ne s'arrête pas", confie à Médias24 Chady, un MRE de Dubaï (Émirats arabes unis).

Un constat partagé par Najib Bencherif, journaliste et membre du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), qui confirme que, malgré le contexte, "les Marocains du Golfe vaquent à leurs occupations quotidiennes".

La gestion du danger est devenue quasi chirurgicale. Le système de sécurité envoie des notifications d’urgence sur les smartphones : "Éloignez-vous des fenêtres, restez à l'intérieur".

Pendant que les batteries de défense interceptent les engins au-dessus de la ville, les habitants s'exécutent. "Cela dure environ 15 à 20 minutes. Puis, un second message tombe : "Tout est revenu à la normale, vous pouvez reprendre vos activités". Et la vie reprend immédiatement", explique Chady, qui souligne avoir une confiance totale dans la puissance de l'État émirati.

Cette sérénité doit beaucoup à l'organisation locale. Najib Bencherif souligne d'ailleurs cet engagement institutionnel : "Les autorités émiraties ne ménagent aucun effort pour que les habitants des Émirats, y compris les Marocains, continuent à mener leur vie malgré la situation actuelle."

"On appelle nos familles tous les jours en vidéo pour les rassurer. On leur dit de ne surtout pas croire ce qui circule sur Facebook ou Instagram. C’est très exagéré. La réalité sur le terrain est bien plus maîtrisée que ce que montrent les écrans".

Face à l'épreuve, la "Tamaghrabit" s'exprime pleinement. Sur les groupes WhatsApp et Facebook, la communauté s'organise. Au-delà des simples nouvelles, une solidarité concrète s’est mise en place : des Marocains résidant dans des zones excentrées, jugées plus sûres, proposent d'héberger ceux qui habitent près des sites sensibles. "Surtout pour les familles avec des enfants qui pourraient avoir peur", précise Chady.

À Dubaï, entre deux alertes, les Marocains prouvent que la solidarité et la résilience sont des boucliers tout aussi puissants que les missiles de défense aérienne.

Confidences d'un exilé iranien au Maroc : "Ce régime efface l'Iran petit à petit"

Au Maroc, loin de l'effervescence de Dubaï, un exilé regarde le même ciel, mais avec un regard radicalement différent. Préférant garder l’anonymat pour protéger sa famille restée en Iran d'éventuelles représailles de la part du régime des Mollahs, un ressortissant iranien qu'on nommera Hadi livre à Médias24 un témoignage glaçant sur un régime auquel il est farouchement opposé.

Pour cet Iranien installé au Maroc depuis 2008, l’escalade des tensions au Moyen-Orient ne se traduit pas par des notifications sur smartphone, mais par un mélange complexe d’espoir et d’amertume.

"Quand la nouvelle de l’escalade est tombée, ma première pensée a été pour les innocents. Mais pour le gouvernement, je n'ai aucune sympathie". Pour lui, le décalage entre la perception internationale et la réalité vécue par les Iraniens est abyssal. "Les étrangers voient de la géopolitique ; nous, nous voyons 40.000 personnes tuées lors des dernières manifestations".

L’Iran a en effet été secoué par une vague de manifestations déclenchées fin décembre 2025 à Téhéran, dans un contexte de forte inflation et de crise économique. Les protestations, initialement motivées par la hausse des prix et la dévaluation du rial, se sont rapidement transformées en contestation politique visant les autorités de la République islamique et le guide suprême Ali Khamenei.

Le mouvement s’est étendu à plusieurs grandes villes, dont Ispahan, Shiraz et Mashhad. Les autorités ont réagi par une répression sévère, marquée par des arrestations massives et des affrontements meurtriers. Une coupure nationale d’Internet a également été imposée pour limiter la coordination des manifestants et la diffusion d’informations.

"En 2008, un dollar valait 1.000 tomans (toman : superunité iranienne équivalent à 10.000 rials). Aujourd'hui, il en vaut 170.000. La monnaie a été divisée par 170 en dix-sept ans", souligne Hadi.

"Tout l’argent du pétrole part dans les missiles, les drones et le soutien aux groupes armés à l’étranger, pendant que le peuple s’enfonce dans la misère".

Percevant cette stratégie comme une impasse tragique, il pointe du doigt l'échec d'un système qui sacrifie sa propre population pour nuire à ses voisins, sans jamais réussir à stabiliser sa propre économie. "Ils veulent rayer des pays de la carte, mais c’est l’Iran qu’ils effacent petit à petit".

Malgré l’exil, Hadi garde un lien indéfectible avec sa terre natale. Il observe avec admiration la nouvelle génération, qu'il juge "bien plus courageuse" que la sienne.

"On nous a lavé le cerveau dès l’école, on nous faisait marcher sur des drapeaux étrangers. Mais les jeunes d'aujourd'hui n'ont plus peur. Ils voient que les partisans du régime ont tous plus de 60 ans. Ce système est à bout de souffle".

Étonné du relatif silence médiatique qu'il a perçu au Maroc lors des événements de décembre 2025, il rappelle avec nostalgie l'époque où le Roi Hassan II et le Shah d'Iran entretenaient une amitié profonde. "Aujourd’hui, nos pays ont rompu toute relation. C’est une tristesse immense."

Pourtant, comme les Marocains de Dubaï, Hadi croit en la résilience de son peuple. Il leur envoie, par-delà les frontières, un message de solidarité et l’espoir d’un avenir où l'actuel régime iranien ne sera plus qu’un lointain souvenir.

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Le 6 mars 2026 à 17h10

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