La suppression par la Chine des droits de douane peut-elle profiter au Maroc ?
À partir du 1er mai 2026, la Chine supprimera les droits de douane sur les exportations africaines. Pour le Maroc, cette mesure pourrait représenter une opportunité réelle à saisir, selon Mehdi Laraki, président du Conseil d’affaires Maroc-Chine, notamment en se positionnant sur des segments maîtrisés et moins concurrentiels. Éclairage.
La suppression des droits de douane chinois sur les exportations africaines concerne désormais 53 pays du continent. La mesure entrera en vigueur à partir du 1ᵉʳ mai 2026.
À noter que 35 pays, principalement les moins avancés, bénéficiaient déjà d’un accès en franchise de droits au marché chinois.
La nouveauté réside donc dans l’élargissement de cette mesure à l’ensemble des 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec la Chine, à l’exception de l’Eswatini, seul État africain à reconnaître Taïwan.
Les exportations marocaines peuvent-elles en profiter ?
Une telle décision devrait, en principe et de manière mécanique, améliorer la compétitivité des produits africains sur le marché chinois.
Il convient toutefois de rappeler que la Chine affiche un large excédent sur la plupart de ses équilibres extérieurs. Il est donc difficile d’anticiper que ces suppressions tarifaires produiront un changement profond ou significatif dans la structure des exportations africaines, en particulier si celles-ci se positionnent sur des segments où la Chine maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur, avec des facteurs de production hautement productifs et une compétitivité-prix quasi impossible à concurrencer.
Cependant, pour un pays comme le Maroc, cette évolution peut représenter une opportunité réelle.
Dans ce cadre, contacté par Médias24, Mehdi Laraki, président du Conseil d’affaires Maroc-Chine, accueille cette mesure favorablement.
"Dire que la suppression des droits de douane par la Chine ne peut pas bénéficier au Maroc, au seul motif que nous enregistrons un déficit commercial avec elle, relève d’une analyse réductrice. Il faut se repositionner sur des niches où le Maroc a une identité, une qualité, un savoir-faire, et donc un avantage comparatif réel", explique-t-il.
Le Maroc devrait ainsi se concentrer sur les produits dans lesquels il dispose d’un réel avantage, notamment les produits du terroir et l’artisanat.
"Quand je parle de repositionnement, je pense surtout aux produits du terroir et à l’artisanat, comme l’huile d’olive ou l’huile d’argan. Sur l’argan, il n’existe pas de véritable concurrence. Aucun pays ne peut rivaliser avec le Maroc sur ce produit, car il nous est propre", souligne Mehdi Laraki.
"En Chine, l’huile d’argan se vend très bien comme produit cadeau. Une petite bouteille peut atteindre 30 à 40 dollars. C’est précisément sur ce type de produits que les opérateurs marocains doivent chercher à créer davantage de valeur".
Une opportunité à conquérir
La suppression des droits de douane, à elle seule, ne garantit rien si les opérateurs marocains ne vont pas prospecter et ne cherchent pas activement des clients.
Pour Mehdi Laraki, c’est à ce stade que l’effort doit être fourni afin de transformer cet avantage douanier en gain de compétitivité.
"Pour capter cette opportunité, il faut aller sur le terrain. Il faut acheter un billet, aller voir le marché, les circuits et les importateurs, mais aussi rencontrer les Chinois pour comprendre leurs traditions et leurs comportements de consommation", précise-t-il.
"Il y a d’ailleurs un salon au mois de juin à Pékin. C’est une opportunité pour capitaliser sur l’avantage douanier. Selon mon expérience, peu de Marocains exposent leurs produits. En revanche, d’autres pays voisins, comme la Tunisie, arrivent avec une vingtaine d’exposants. Ceux qui réussissent sont ceux qui vont chercher des marchés et qui s’organisent pour y être visibles".
Mehdi Laraki souligne que les conditions d’accès au marché chinois sont facilitées pour les exportateurs marocains, notamment grâce à la présence d’une importante diaspora et au dynamisme de l’ambassade.
"L’ambassade du Maroc en Chine fait un très bon travail. Elle accompagne, elle facilite, elle aide réellement les opérateurs. Et il ne faut pas oublier la diaspora marocaine sur place, qui peut servir de relais, ouvrir des portes et accélérer des démarches", indique-t-il.
"On aura un gain de compétitivité-prix. Mais le véritable bénéfice ne viendra pas tout seul, il dépendra de notre capacité à nous positionner intelligemment sur les bons produits et les bons canaux", conclut notre interlocuteur.
À découvrir
à lire aussi
Article : Viande de mouton : une inflation organisée qui défie l’État et prend l’Aïd en otage
À quelques semaines de Aïd al-Adha, le marché du mouton semble défier toutes les tentatives de stabilisation. Les prix ne reculent pas. Ils s’installent au contraire à des niveaux jamais observés, brouillant les repères habituels des consommateurs comme des professionnels.
Article : Un ancien inspecteur des finances, des universitaires, une chercheuse en France… qui sont les nouveaux membres du Conseil de Bank Al-Maghrib ?
Publiée au Bulletin officiel, la liste des nouveaux membres fait entrer au sein de l’instance monétaire six profils issus de la finance publique, de l’université, de la recherche économique et des institutions internationales.
Article : JK Hôtels : Saham Bank obtient à son tour un paiement anticipé sur une créance de 160 millions de DH
Après la BCP, la BMCI et la Banque Populaire Marrakech-Béni Mellal, l’ex-SGMB vient à son tour d’obtenir le feu vert du tribunal de commerce de Marrakech pour récupérer une partie de sa créance dans le dossier JK Hôtels.
Article : Raja-Wydad (Botola Pro 1) : quelle heure, quelle chaîne
Ce derby entre le Raja et le Wydad, qui arrive à un tournant décisif à seulement dix journées de la fin du championnat, pourrait bien dessiner les contours du futur champion.
Article : Marrakech accueille le 2e Congrès international sur l’économie bleue durable
Le Centre de conférences de l’Université Cadi Ayyad accueille la 2e édition du Congrès international sur l’économie bleue durable, réunissant experts, scientifiques et décideurs autour des enjeux de gouvernance maritime, de droit de la mer, d’innovation technologique et de développement durable des espaces océaniques.
Article : Maroc-UE : une délégation européenne à Dakhla pour évaluer les retombées des accords agricole et halieutique
Le CRI de Dakhla-Oued Eddahab a reçu une délégation de l’Union européenne dans le cadre du suivi des accords de partenariat dans l’agriculture et la pêche maritime, deux secteurs clés pour l’attractivité économique de la région.