Pour Baraka et Mezzour, c’est la fin du diplôme à vie
Lors de la première rencontre régionale de l’Alliance des économistes istiqlaliens (AEI) à la Faculté de médecine de Casablanca, Nizar Baraka et Ryad Mezzour ont tout deux appelé à une refonte profonde du modèle de développement national.
Mardi 17 février 2026. L’ambiance est aux réformes de fond à la Faculté de médecine de Casablanca. Devant un auditoire composé de ministres, de parlementaires et de 15.000 jeunes, Nizar Baraka a présenté sa vision pour la décennie 2026-2035.
L’éducation : un investissement massif face à un déficit de confiance
Le constat est paradoxal pour Baraka : le Maroc investit 6,5% de son PIB dans l’enseignement, dépassant la moyenne de l’OCDE. Le pays a réussi la généralisation de l’accès, avec 8 millions d’élèves et un taux de préscolarité de 83%. Pourtant, la machine grippe.
Nizar Baraka a pointé du doigt les "chiffres de la fracture" :
- 37% de chômage chez les jeunes.
- 19% de chômage chez les diplômés, un chiffre qui grimpe à 24% chez les femmes.
- 1,5 million de jeunes (NEET) sont actuellement hors du système scolaire, du travail et de la formation.
- 280.000 abandons scolaires par an.
- Une disparité géographique violente : 3,2 années de scolarité en moyenne dans le monde rural contre 7,9 années en ville.
"La question n'est plus technique, elle est psychologique. C'est une question de confiance", a-t-il affirmé, appelant à introduire un coaching psychologique dans les écoles pour protéger les enfants des pressions des réseaux sociaux et du harcèlement.
Pour Baraka, la souveraineté industrielle passe par la maîtrise technique. Il a partagé une anecdote révélatrice sur la reconstruction du Stade Moulay Abdellah de Rabat : si 100 PME marocaines ont réalisé le gros œuvre avec succès, il a fallu importer des soudeurs de Pologne pour des soudures de haute précision.
"C’est là que se joue notre bataille", a-t-il martelé. Il prône une rupture avec la vision dévalorisée de la formation professionnelle, rappelant que les métiers techniques (automobile, aéronautique) offrent souvent de meilleurs revenus que la fonction publique. L'objectif est que chaque jeune possède une compétence certifiée à l'international pour booster la valeur ajoutée interne.
L'IA et l'Université du futur
Nizar Baraka a salué l'initiative du ministre Ryad Mezzour d'avoir intégré l'IA dès le cursus à l'École centrale, et a détaillé le modèle des "Écoles-Chantiers" mis en place à l’École Hassania des travaux publics (EHTP). Ici, l'étudiant ne se contente pas de théorie, il valide son diplôme par des rapports de terrain.
L'innovation marocaine est déjà une réalité : il a cité les 240 stations de dessalement mobiles conçues et gérées par des entreprises nationales. Pour l'avenir, il appelle à la création d'un Institut national de l'IA pour garantir que cette technologie reflète les valeurs et l'identité marocaines.
En conclusion, Nizar Baraka a acté la fin de l'ancien contrat social (diplôme = emploi public automatique). Le nouveau pacte repose sur trois piliers :
- L'apprentissage tout au long de la vie : un diplôme devient obsolète après 2 à 5 ans ; un jeune devra changer de métier 4 à 7 fois dans sa carrière.
- La pensée critique : pour distinguer le vrai du faux face aux deepfakes.
- La citoyenneté numérique : une présence en ligne responsable et éthique.
"Nous sommes contre l'attentisme. Le Maroc de 2035 sera celui du mérite, de la transparence et de la lutte contre la corruption", a-t-il conclu, appelant les jeunes à s'impliquer directement dans la décision politique pour transformer la "croissance" en "dignité".
Ryad Mezzour : "Les infrastructures sont le socle de l’égalité scolaire"
Si Nizar Baraka a posé les jalons politiques de cette rencontre, Ryad Mezzour a insisté sur les conditions matérielles de cette "école à une seule vitesse". Pour le ministre, le numérique ne peut réduire les fractures que si le désenclavement suit.
"L'étudiant de la montagne a les mêmes droits que celui des grandes métropoles. Mais pour cela, il est impératif d'apporter le haut débit, l'électricité et des routes carrossables dans chaque commune rurale", a-t-il rappelé.
Selon Ryad Mezzour, l’intelligence artificielle doit devenir l'outil d'une évaluation nationale uniforme et juste, permettant de gommer les disparités de notation et d'offrir les cours des meilleurs professeurs à chaque enfant, peu importe son code postal.
L'un des points les plus saillants de son intervention a concerné l'impact psychologique de la crise post-Covid et la pression des réseaux sociaux. "Nos enfants font face à un désespoir et un harcèlement numérique sans précédent. Construire le citoyen de demain, c’est aussi assurer un suivi psychologique et un coaching au sein même des établissements".
Il a également insisté sur une orientation précoce, dès le collège, pour éviter que les jeunes ne choisissent des filières "par facilité" plutôt que par passion ou potentiel.
Revenant sur l’exemple de Baraka sur la rénovation du Stade Moulay Abdallah, Ryad Mezzour a déploré que le Maroc doive encore importer des soudeurs de haute précision.
"C’est inadmissible. Nous devons valoriser la formation professionnelle pour qu’elle ne soit plus un choix par défaut, mais une voie d’excellence qui rapporte parfois plus que la fonction publique", a-t-il martelé.
Sa vision de la souveraineté industrielle est claire : ce qui attire l'investisseur étranger en 2026, ce ne sont plus seulement les incitations fiscales ou le prix du foncier, mais la productivité et la disponibilité de compétences certifiées internationalement.
La fin du diplôme "à vie"
Le ministre a également bousculé les idées reçues sur le cursus universitaire. Face à l'IA, un doctorat ou un diplôme technique peut devenir obsolète en moins de cinq ans. "Le jeune d’aujourd’hui n’aura pas un seul métier, mais 4, 5 ou même 7 carrières différentes au cours de sa vie", a-t-il prédit.
Cette agilité nécessite un apprentissage tout au long de la vie et une université qui "crée ses propres solutions". Mezzour a notamment cité :
- Le Cluster sur le dessalement de l’eau : où des entreprises marocaines produisent désormais des stations mobiles avec une technologie 100% locale.
- L’IA "made in Morocco" : à l’École centrale et à l’EHTP, l’IA est intégrée pour que chaque étudiant développe son propre outil technologique, basé sur les valeurs et l’identité nationales.
Le nouveau contrat 2026-2035 repose sur l’auto-entrepreneuriat, l’économie sociale et solidaire et l’esprit critique. "Nous sommes contre l'assistanat", a conclu Ryad Mezzour.
Pour lui comme pour Nizar Baraka, le Maroc de demain se gagnera par la méritocratie, la transparence et la capacité de chaque citoyen à devenir un acteur de la "puissance montante" qu'est devenu le Royaume sur l'échiquier international.
à lire aussi
Article : Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”
Le Honduras a annoncé la suspension de sa reconnaissance de la pseudo “rasd”, une décision officielle notifiée à Rabat et aux Nations Unies.
Article : Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc
Entre le blocus d'Ormuz qui paralyse la production indienne, les restrictions chinoises à l'export et la crise agricole américaine, le marché mondial des engrais phosphatés traverse une période de turbulences sans précédent. Dans ce contexte, l'Inde, plus exposée que jamais à la désorganisation des flux, consolide sa dépendance au Maroc.
Article : Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay
Prévu pour l’été 2026 aux portes d’Agadir, l’établissement comptera 250 chambres avec vue sur l’océan, plusieurs espaces de restauration et 600 m² dédiés aux réunions et événements.
Article : La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain
Cinq directeurs généraux nommés par le Roi, des indicateurs présentés comme probants dans une région pilote, mais des syndicats qui contestent et des décrets toujours manquants. La réorganisation du système de santé public marocain autour de groupements sanitaires territoriaux s'accélère. Le plus dur reste à faire.
Article : Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer
Le Mégarama de Casablanca ne fait l’objet d’aucun projet de destruction, a indiqué à Médias24 une source autorisée au sein de l’établissement, réagissant à des informations relayées en ligne sur une possible démolition de plusieurs installations du littoral.
Article : SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente
Partenaire officiel du SIAM, Maroc Telecom présente ses dernières innovations Agritech fondées sur l’IoT, l’intelligence artificielle et la 5G, afin d’accompagner la transformation digitale du secteur agricole.