Ali Seddiki dresse le bilan d’une année record et met en lumière les priorités nationales en matière d’investissement et d’exportations
Invité de la nouvelle émission "Le 12/13", diffusée chaque jeudi sur la chaîne Youtube de Médias24, le directeur général de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations, Ali Seddiki, est revenu sur la performance exceptionnelle de l’AMDIE en 2025 et les axes stratégiques de 2026.
L’année 2025 s'impose désormais comme la nouvelle année de référence pour l'investissement au Maroc, surpassant le précédent record de 2018.
Les chiffres validés lors du conseil d'administration tenu le 26 janvier sont éloquents : sur un objectif annuel déjà ambitieux de 75 milliards de DH, l’agence a réussi à engranger 72 MMDH dès la clôture du premier semestre.
Cette performance se traduit par un taux de réalisation des objectifs de CAPEX supérieur à 90%, tandis que les engagements en matière de création d’emplois ont atteint plus de 80% des prévisions annuelles.
Globalement, le flux des Investissements directs étrangers s'apprête à franchir la barre symbolique des 5 milliards de dollars. Lors de son passage sur l'émission Le 12/13, Ali Seddiki a insisté sur le fait que cette réussite n'est pas le fruit d'une opération isolée ou erratique, mais bien le résultat d'une tendance haussière structurelle entamée en 2022, confirmant la résilience de l'économie nationale.
Le "temps de l'investissement": pourquoi les chiffres ne se voient pas immédiatement ?
Face aux interrogations sur le décalage perçu entre les annonces de milliards investis et les indicateurs sociaux comme le chômage, le directeur général de l'AMDIE a apporté un éclairage technique sur le cycle de vie des projets industriels.
Il a rappelé que chaque investissement s'inscrit dans une règle contractuelle dite "T+5", engageant l'opérateur sur une période de cinq ans. Concrètement, entre la signature d'une convention et le début de la production, un délai incompressible est nécessaire : environ 24 mois pour la construction des infrastructures, et 6 mois supplémentaires pour la montée en charge technique, le fameux "ramp-up".
Ali Seddiki précise que l'AMDIE ne comptabilise que le "signé" et l'"engagé", c'est-à-dire des projets ayant fait l'objet de protocoles d'accords fermes ou de dépôts officiels auprès des centres régionaux d'investissement, garantissant ainsi la véracité des flux futurs.
Davos 2026 : le Maroc, "porteur de certitude" dans un monde incertain
Lors de sa participation à la délégation officielle à Davos en 2026, Ali Seddiki a positionné le Maroc comme un pôle de stabilité dans un contexte mondial dominé par l'incertitude sur les prix de l'énergie et la disruption des chaînes de valeur.
Dans ce "forum de la crédibilité", l'agence a capitalisé sur les réalisations des vingt-cinq dernières années pour séduire les investisseurs en quête de visibilité. Le message porté par le Royaume est celui de la lisibilité stratégique. Là où d'autres régions subissent des revirements politiques, le Maroc déploie une vision royale de long terme.
Cette certitude est devenue un produit d'appel majeur, permettant de casser les clichés sur le continent africain et de démontrer que le Maroc offre des services et des talents de classe mondiale, répondant directement aux pénuries de compétences qui frappent les pays développés.
Ciblage stratégique : l'Allemagne, nouveau partenaire de poids
La percée sur le marché allemand constitue l'un des succès les plus emblématiques de la stratégie de ciblage géographique de l'AMDIE. Longtemps tournées vers l'Europe de l'Est, leur hinterland naturel, les entreprises allemandes, et particulièrement les PME industrielles, font désormais du Maroc une priorité.
En 2024, l'Allemagne s'est ainsi hissée au rang de deuxième plus gros investisseur étranger au Royaume. Ce basculement s'explique par la saturation du marché du travail en Europe centrale et par l'offre marocaine imbattable en matière de décarbonation. Pour les grands donneurs d'ordres allemands de l'automobile et de l'électronique, le Maroc n'est plus seulement une base de production à bas coût, mais une solution stratégique pour respecter leurs engagements de durabilité et leurs enjeux RSE.
Guerre commerciale USA-Chine : le Maroc "bénéficiaire par ricochet"
L'analyse de la conjoncture géo-économique, notamment marquée par les tensions douanières de l'administration américaine, révèle des opportunités inattendues pour le Royaume.
Ali Seddiki explique que le Maroc profite d'un effet ricochet positif. Grâce à l'Accord de libre-échange avec les États-Unis, le pays bénéficie d'un tarif douanier préférentiel de 10%, alors que des concurrents directs comme le Vietnam ou le Mexique subissent parfois des barrières s'élevant à 40%.
Cet avantage compétitif massif incite les investisseurs internationaux, notamment dans le secteur des batteries électriques et de l'électronique, à choisir le Maroc pour mitiger leurs risques et sécuriser leurs exportations vers le marché américain, transformant ainsi les crises commerciales globales en leviers d'attractivité locaux.
Afrique et Sénégal : la fin du mythe de la domination
Sur le volet continental, l'entretien a permis de lever les doutes sur une éventuelle volonté de domination économique marocaine au Sénégal. Ali Seddiki prône une vision de complémentarité logistique et industrielle à travers un réseau portuaire intégré, où Dakhla Atlantique, Dakar et Tanger Med collaborent plutôt qu'ils ne s'affrontent.
Avec l'horizon 2030 qui verra le démantèlement de 90% des positions tarifaires grâce à la ZLECAf, le Maroc mise sur des co-entreprises dans des secteurs clés comme le textile, l'agroalimentaire et la valorisation des produits de la mer.
L'AMDIE a d'ailleurs élargi ses prérogatives pour accompagner désormais activement les investisseurs marocains souhaitant se déployer au-delà des frontières nationales, favorisant ainsi une croissance partagée et une intégration économique Sud-Sud réelle.
Soft power : l’impact "world class" de la CAN et du Mondial
Le sport est devenu un pilier central de la stratégie de promotion économique nationale. Le sponsoring de la Coupe d'Afrique des nations par la marque "Morocco Now" a généré une exposition médiatique colossale, avec plus de 2 milliards de téléspectateurs et des records d'audience historiques sur BeIN Sports, notamment lors de la demi-finale opposant le Maroc au Nigeria.
Les retombées économiques directes et indirectes de cet événement sont estimées à 1,5 milliard d'euros.
Au-delà des chiffres, la qualité impeccable de l'organisation et des infrastructures sportives sert de vitrine physique à la proposition de valeur du pays. Ali Seddiki souligne que chaque grand stade et chaque succès logistique lors de la CAN constituent une répétition générale réussie pour le Mondial 2030, rassurant définitivement les investisseurs sur la capacité du Maroc à gérer des projets de classe mondiale.
Digital et start-up : l’ambition des licornes
Enfin, la question de l'innovation et du digital a été abordée, avec la volonté ferme de rattraper le retard relatif du pays. Ali Seddiki a détaillé une synergie institutionnelle étroite entre l'AMDIE, le ministère de la Transition numérique, l'ADD, l'UM6P et la CGEM pour dynamiser l'écosystème des start-up.
Le rôle du Fonds Mohammed VI est jugé crucial, agissant via des fonds de fonds pour injecter les liquidités nécessaires au passage à l'échelle des jeunes pousses marocaines.
À travers une présence remarquée sur des scènes mondiales comme le CES de Las Vegas, le Maroc prépare le terrain pour l'émergence de ses premières licornes d'ici 2030. Le directeur général conclut en affirmant que les dépenses massives liées aux futurs événements sportifs et aux infrastructures numériques créeront un sillage technologique dont les pépites marocaines seront les premières bénéficiaires.
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