La Cour des comptes alerte : “l’eau dessalée reste trop chère au Maroc”
La Cour des comptes alerte sur le coût élevé de l’eau dessalée au Maroc, largement supérieur aux tarifs appliqués, générant des déficits. Elle souligne aussi la nécessité d’accélérer la production pour répondre aux besoins croissants en eau potable et pour l’irrigation agricole.
Le recours au dessalement de l’eau de mer s’impose au Maroc comme une solution incontournable face au stress hydrique croissant, mais son coût élevé constitue un défi majeur pour les finances publiques et le secteur agricole.
Dans son rapport 2024-2025 publié ce 28 janvier, la Cour des comptes met en garde contre ce coût élevé et souligne la nécessité d’accélérer la capacité de production pour répondre aux besoins en eau potable et pour l’irrigation agricole.
Le coût de l’eau dessalée dépasse largement les tarifs appliqués, générant des déficits
La Cour souligne que le système actuel de tarification de l’eau potable ne reflète pas le coût réel du dessalement, qui varie entre 4,48 et 23,55 DH/m3 pour l’eau non subventionnée. À titre de comparaison, le prix de vente à la production se situe entre 1,65 et 4,88 DH.
A titre d'exemple, à Agadir, l’Etat accorde à l’Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE) une subvention d’exploitation afin de compenser la différence entre le coût d’achat auprès du partenaire privé et le tarif appliqué à la Société régionale multiservices (SRM).
Cette subvention a atteint 684 millions de DH (MDH) sur la période allant de janvier 2022 à juin 2024. Sur la durée totale du contrat, fixée à 27 ans, le déficit opérationnel devrait atteindre environ 9 milliards de DH (MMDH).
Dans les stations de dessalement à Safi et El Jadida, gérées par le Groupe OCP, le déficit s’élève à environ 1,02 DH/m3. L’OCP assure ainsi le soutien financier nécessaire à sa filiale chargée de la réalisation et de la gestion de ces projets, pour garantir leur équilibre.
Pour les stations de dessalement gérées par l'ONEE dans les villes d’Al Hoceima, Akhfennir, Boujdour et Laâyoune, le coût de production et de distribution dépasse largement les tarifs appliqués. A Laâyoune par exemple, le coût moyen en 2023 était de 23,41 DH/m3, contre un tarif de 5,06 DH, générant un déficit opérationnel total de 212 MDH.
Selon les ministères de l’Economie et de l’Equipement et de l’Eau, adopter un coût de production inférieur à 4,5 DH/m3 contribuerait à réduire cet écart. Pour y parvenir, les SRM doivent réaliser des études visant à actualiser le système tarifaire actuel, en se basant sur le coût réel de production de l’eau.
Fluctuations contractuelles et risques liés au coût
La Cour note par ailleurs dans son rapport que le coût du dessalement varie selon la taille de la station, la qualité de l’eau, le coût de l’énergie et les clauses contractuelles.
A Agadir, le coût de référence de l’eau potable est passé de 8,86 à 10,29 DH/m3 en 2024, soit une augmentation de 16%, en raison de coûts imprévus liés notamment à la pandémie du Covid-19 et à l’absence d’exonérations fiscales attendues.
En ce qui concerne le projet de station de dessalement à Casablanca, le coût du mètre cube a été fixé, selon le référentiel du contrat de partenariat public-privé, à 4,48 DH/m3, ce qui constitue un tarif compétitif. Toutefois, ce coût reste susceptible d’évoluer, car le prix du mètre cube dessalé est exposé aux risques de fluctuation des taux de change, à l’inflation et à d’autres facteurs.
Auditionnés par la Cour des comptes, dans le cadre de son rapport, les mêmes ministères ont souligné que pour les projets futurs, le coût du mètre cube dessalé ne dépassera pas 4,50 DH/ m3, grâce à l’utilisation d’énergies renouvelables pour le fonctionnement des stations et à l’intégration des projets pour augmenter les capacités de production.
Ils ont également assuré que le prix du mètre cube peut connaître certaines fluctuations, comme pour le projet d’Agadir. Toutefois, ces variations ne concernent que les cas de force majeure ou des événements exceptionnels, qui sont prévus dans les clauses contractuelles. Les risques liés à l’inflation ou aux fluctuations du marché sont anticipés et intégrés dès le plan d’affaires initial du partenaire privé, et ne constituent donc pas des événements imprévus.
216 Mm³/an d'eau dessalée prévus d’ici 2026, mais l’effort reste limité
La Cour a par ailleurs appelé à l'accélération du rythme de construction des stations de dessalement, afin d'augmenter la production de l'eau dessalée.
La capacité totale de production d’eau dessalée au Maroc s’élevait à 324 millions de m3 (Mm3)/ an vers fin 2024, avec une augmentation annuelle moyenne de 35 Mm3 entre 2015 et 2024.
Les projets en cours devraient ajouter 216 Mm3/an d’ici 2026, mais cette cadence reste insuffisante pour atteindre l’objectif de 2,2 milliards de m3 (MMm3)/an fixé par le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027.
D'après la Cour, quatre projets en cours, représentant 532 Mm3/an, porteront la capacité totale à 856 Mm3/an, soit 41% de l’objectif. Parallèlement, des études sont menées pour de nouvelles stations à Souss-Massa, Rabat, Tanger et l’Oriental, pour une capacité supplémentaire de 1,1 MMm3/an, afin d’accélérer le rythme de construction des capacités de dessalement.
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